‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 36 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

reparaissait, et devenus envahisseurs à leur tour au regard de leurs vainqueurs eux-mêmes, ils échouaient devant la colonie anglo- normande qui, outre l'avantage de lutter contre des agresseurs, faibles parce qu'ils étaient divisés, opposait aux Irlandais ce même éparpillement de forces sociales qui, pour repousser l'invasion, est si puissant, (-hacune des deux parties était forte quand elle se défendait chez elle, et faible dès qu'elle attaquait son adversaire chez lui.

Second obstacle à l'achèvement de la conquête ; la situation des conquérants anglo-normands vis-à-vis de r.\nglelerre, et réciproquement de l'Ânsfleterre vis-à-vis de ceux-ci.

La population conquérante renfermait deux éléments bien distincts; une partie était composée de seigneurs normands occupant en Angleterre une situation secondaire, et qui, les armes à la main, venaient chercher en Irlande des terres et un rang plus élevé : c'était la portion féodale des conquérants, elle s'emparait des campagnes. A la suite de l'armée venaient une foule d'aventuriers de la pliis basse classe, appartenant aux races bretonne, saxonne et danoise, races conquérantes les unes des autres, toutes conquises par les Normands. Ceux-ci venaient en Irlande pour faire le commerce ; ils s'établissaient dans les villes. Les premiers prenaient le sol pour y vivre du travail des indigènes réduits en servage; les seconds espéraient s'enrichir dans les villes par les professions industrielles. Or il y a eu, dès l'origine, un fait qui, favorable à l'arrivée de ces colons, a été éternellement contraire à leur ètabhssement en Irlande : je veux parler du voisinage de l'Angleterre.

C'est pour des colons, possesseurs d'une terre ou d'un comptoir, une grande chance de succès, qu'ils soient assez éloignés de leurs pays pour être forcés d'adopter la terre

conquise comme une patrie nouvelle ; qu'ils n'aient ni la i pensée ni les moyens de l'abandonner pour revenir au sol \ natal ; qu'il leur soit aussi difficile de la quitter qu'il l'avait i été d'y venir, et qu'en mettant le pied sur la contrée en- » vahie, ils sentent profondément qu'il leur faudra désormais i en demeurer les maîtres, ou laisser leur vie dans la lutte. ; Malheureusement telle n'a point été la situation des Anglo- Normands qui, d'Angleterre, sont .venus en Irlande. Ces \ émigrants n'ont jamais quitté leur pays sans esprit de re- h tour; jamais l'Irlande n'a été pour eux une patrie adoptive, | ils l'ont toujours prise en quelque sorte à l'essai, et sous la | condition de se séparer d'elle s'ils n'en étaient pas contents : ^ l'épreuve, fût-elle malheureuse, n'avait pour eux rien de ' fatal; ils en étaient quittes pour revenir en Angleterre où ils avaient toujours leurs principaux intérêts. Presque tous les i seigneurs normands qui prenaient des terres en Irlande ne ' cessaient pas d'être propriétaires en Angleterre S et pour,] plusieurs marchands des villes, le commerce en Irlande \ n'était qu'une branche de leur étabhssement commercial j dans une ville anglaise. Pour le seigneur normand, l'Irlande ^ était une ferme ; pour l'aventurier breton, un comptoir : si j ni l'un ni l'autre n'y faisaient leurs affaires, ils s'en retour- i naient sans grand dommage. Il résultait de cet état de choses qu'un grand nombre des nouveaux habitants de l'Irlande avaient, en arrivant, un intérêt plus ou moins i grand à la quitter; et, alors même qu'ils y demeuraient,! c'était toujours précairement et avec l'arrière-pensée de n'y i pas rester; ce n'était point une résidence sincère, définitive; ' en se donnant à l'Irlande, ils ne cessaient pas d'appartenir! à l'Angleterre ; de là cps perpétuelles allées et vendes d'un | pays dans l'autre, qui donnent l'apparence à l'Irlande, nnnl d'une colonie anglais^, }i(im d'un |iew 4e pèlerinage; de là

< Mac-Geoghan, Essai sur l'origine des Anglo-Mormandi?, t. IT, p. 68, |

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