PARTIE HISTORIQUE
îents ans, divisa la colonie *. Ainsi l'Irlande avait à peine 'chappé aux premières violences de la conquête, qu'elle oniba dans toutes les misères de l'anarchie féodale -, et 'anarchie féodale fut plus désastreuse en Irlande qu'ailleurs, )arce que, loin de leur seigneur suzerain, les vassaux nornands se livraient sans frein et sans réserve à toutes sortes le désordres et d'excès ^. C'était une féodalité sans roi. linsi abandonnés aux conseils de leur égoïsme, les conquéants perdirent de vue l'intérêt commun; aucun plan généal ne présida à la conquête ; chacun se consola de voir 'affaiblir la puissance de tous, pourvu que la sienne propre ût augmentée, et celui qui avait agrandi son domaine se ouciait peu que le cercle des possessions anglaises en rlande se fût rétréci. 11 n'y avait pas une cause d'accroisement pour les individus, qui ne fût, pour la masse, une ause dei-uine. Situation étrange! les vassaux du roi d'Anleterre, en Irlande, étaient trop loin de lui pour être conenus par son autorité; et cependant ils en étaient assez irés pour lui demander de l'appui toutes les fois qu'ils cuvaient en avoir besoin. De là une triste conséquence : 'est que leur tyrannie, qui n'était tempérée par aucun pouoir supérieur, pouvait s'exercer impunément sur tous îs habitants de l'Irlande. Ils n'avaient qu'un faible intérêt rendre heureuses les populations dont le secours contre ^ roi ne leur était pas absolument nécessaire; et ils pouaient les opprimer sans réserve, parce que le secours u roi contre elles leur était assuré.
On voit combien d'obstacles à la conquête naissaient de Me situation première des conquérants anglais vis-à-vis 3 l'Irlande. D'autres difficultés non moins graves résul lient de leur situation vis-à-vis de l'Angleterre.
Dès le premier jour de l'invasion, on vit éclater une col-
* Mac-Geoghan, t. II, p. 76, 82, 121, 230. - Hardiman, Hist. ol' Galway, p. 56.
'"' Leland, t. I, p. 225.
U PRK.MIÊIIL l'A RUE.
lision violente entre deux intérêts bien distincts, l'intérê des seigneurs normands, auteurs de la conquête, et celui di roi d'Angleterre.
Les seigneurs normands devaient, pour arriver à leu but, subjuguer entièrement les pays envahis, occuper les terres, réduire en servage les indigènes, et, une lois mai très des populations, les gouverner avec équité, se fondri peu à peu avec elles, en un mot conserver, par la paix e par la justice, ce qui avait été obtenu par toutes les violence et toutes les iniquités de la guerre. C'est à ce prix seule ment que la conquête, toujours fondée sur l'usurpation peut se légitimer par les siècles.
D'un autre côté, les rois d'Angleterre craignaient que, s leurs vassaux normands pactisaient trop étroitement ave, les populations irlandaises, et se fondaient tout à fait ave elles, il naquît de ce mélange un peuple nouveau, asse fort pour se rendre indépendant, trop voisin pour n'être pa redoutable; ils pensaient que si, au contraire, les conque rants ne cessaient jamais d'être anglais ; s'ils ne se confor daient jamais avec les indigènes, et restaient comme de intermédiaires entre ceux-ci et l'Angleterre ; si, en un mol ils demeuraient de simples colons sous la tutelle de 1 mère-patrie, alors l'Irlande conquise ne causerait à l'An gleterre aucune alarme, et ne serait plus pour elle qu'un possession précieuse.
Tout le mal est venu, dans l'origine, de cette oppositioi d'intérêts ; il en est résulté, pour l'Irlande, un gouvernemen mixte, semi-féodal, semi-colonial, dont le roi était trop éloi gné pour que ce fût une .féodalité bien réglée, et où il avait des vassaux trop forts pour que ce fût une coloni royale obéissante. On voit pendant quatre siècles se conti nuer, avec des chances diverses de fortune, ce conflit de rois anglais et de leurs vassaux ; et, par suite de ces viciss tudes, l'Irlande, conduite tantôt par la féodalité anglo-noi mande, qui, au milieu de ses mauvaises passions, cé(