‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 39 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

souvent à l'intérêt de tous les vainqueurs, qui est de se mêler aux vaincus, tantôt par le pouvoir royal, qui croyait ne pouvoir conserver sa puissance sur les vaincus et les vainqueurs qu'en les empêchant de s'unir.

A peine Henri II sait-il les heureuses expéditions, d'abord de Fitz-Stephen, puis de Strongbow, qu'en sa quahlé de roi, il en revendique l'avantage; et, voulant assurer ses droits, il rappelle en Angleterre ses vassaux conquérants, leur défend de poursuivre la conquête, et, pour l'achever luimême, il se rend en Irlande.

Il est permis de s'étonner que Henri II, si jaloux de maintenir sa supériorité royale sur ses sujets conquérants de l'Irlande, ait cependant, le premier, fondé à leur profit cette puissance féodale, qui, plus tard, fut rivale de la sienne. Tout le pouvoir leur vint, en effet, des grandes distributions de terres qu'il leur fit ou leur laissa faire ^; mais Henri agit ainsi parce qu'il ne pouvait agir autrement.

Une conquête ne se faisait point au moyen âge comme elle se pratiquerait aujourd'hui. De notre temps, le prince qui s'empare d'un pays y place une armée soldée et permanente; et, soit qu'il aide ses sujets à devenir colons, soit qu'il laisse la possession du sol aux indigènes, il demeure javec ses soldats maître du pays conquis.

Rien de semblable ne pouvait arriver à une époque où le roi ne possédait ni armée permanente, ni soldats propre- 'inent dits. Ses forces mihtaires ne lui appartenaient point personnellement, mais lui étaient fournies par ses vassaux, qui, en échange des terres concédées, lui rendaient la prestation d'un service militaire renfermé dans d'étroites limites. L'année féodale ne pouvait être requise par le roi que dans dis cas déterminés. Obligée à une guerre de résistance, elle n'était point tenue à une guerre d'invasion. Lors donc qu'une entreprise de conquête se pratiquait, tous ceux qui

* Plowden, 1. 1, p. 38.

accompagnaient le roi lui étaient soumis sans doute dai l'ordre delà hiérarchie féodale; mais nul n'était tenu de suivre ; et, quand ses vassaux venaient le joindre en pan cas, c'était à la condition expresse ou sous-entendue qi le pays conquis serait partagé entre tous, selon l'importani du rang de chacun. Henri 11 n'aurait pu conquérir l'Irlanc sans ses vassaux ; sans eux, il ne pouvait la conserver ; o il ne pouvait payer leurs services passés et s'assurer de lei dévouement à venir qu'en leur donnant des terres; il lei distribua toute l'Irlande, sauf les réserves royales * ; à ( prix il eut une armée \

La difficulté était, en leur donnant une puissance qu' ne pouvait leur refuser, de conserver la sienne ; ici noi voyons reparaître un fait, qwi se représente sans cesse dar l'histoire de l'Irlande, et qui, sous quelque face qu'on Ter visage, est toujours ou un malheur ou un embarras; je veii parler de la situation géographique de l'Irlande vis-à-vis cl l'Angleterre. Tout à l'heure, quand nous considérions 1 condition en Irlande des Anglo-Normands, possesseurs d terres ou marchands, nous avons reconnu que rien ne leu était plus contraire que l'extrême voisinage de l'Angleterre Maintenant, si nous prenons un autre point de vue, celt de l'intérêt royal, nous trouverons qu'au lieu d'être tro près, l'Irlande était trop loin. A vrai dire, par le fait seul d l'absence du roi, ses vassaux setrouvâient indépendants c placés hors d'atteinte de son autorité ; aussi disait-on de sujets du roi d'Angleterre en Irlande, qu'ils étaient plu Irlandais que les Irlandais eux-mêmes : Ipsis Hijbernis Hy herniores '". Nous avons vu plus haut quel triste usage le grands vassaux faisaient de cette indépendance, et com ment ils poursuivaient leurs desseins égoïstes au mépris dt

•■* ^ Plowden, t. I, p. 58. *'

- Mac-Geoghan, t. II, p. 22, 139, 140. —Voyez de quelle manier, f'jdouard III convoque l'armée féodale.

^ Plowden, t. I, p. 58.

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