PARTIE HISTORIQUE
Ainsi, après les premiers chaos de l'invasion, la population anglo-normande et les Irlandais indigènes, au lieu de tendre à se mêler par des habitudes de vie commune, ne cessent pas de former deux peuples séparés, ayant chacun son gouvernement distinct et ses lois propres '.
Cette séparation posée par les lois dans la société politique s'introduit la même dans la cité sous l'empire des règlements municipaux.
Immédiatement après la conquête, il s'était étabhdans les villes d'Irlande des populations anglo-normandes qui, venues là dans un but de commerce et d'industrie, ne tardèrent pas à s'attribuer le monopole de l'un et de l'autre. Ces villes reçurent successivement des chartes qui leur conféraient de certains privilèges et les constituaient des corporations municipales.
Comme l'intérêt unique et exclusif d'une ville toute composée de marchands est un intérêt de commerce, on comprend sans peine que les corporati'ons municipales d'Irlande ne furent par le fait que des corporations commerciales. Or, ces corporations suivirent aussitôt le penchant naturel à tous les corps privilégiés, qui est une tendance exclusive.
Les villes anglo-normandes étaient bien intéressées sans doute à faire le commerce îivec les indigènes ; mais elles eurent, dès l'origine, un double intérêt à exclure les Irlandais de leurs murs : le premier, parce que les statuts royaux leur prescrivaient de le faire, et qu'elles ne pouvaient impu-
* Voyez aussi Hardiman, History of Galway.p. 68. — No fact is better authenticaded than that, for many centuries, the native Irisli continued to enact laws in their own districts to prevent any intercourse whatever with the english settlers, whose rapacity and want of principle, says the historian, were so notorious that Ihey became proverbial.
With one of english race no friendship make; Shouldst Ihou destruction will thee overtake; He'll lie in wait to ruin thee, when he can: Such is the friendship of an English roan.
nément enfreindre la paix du roi * ; le second, parce qu'admettre un citoyen de plug dans leur sein, c'était introduire chez elles un concurrent commerciale De sorte que, tout en s'efforçant de lier avec les indigènes des relations de commerce, elles se gardaient bien de faire participer ceux-ci à leurs privilèges commerciaux.
Les Irlandais indigènes, que les lois générales excluaient de l'État, étaient donc aussi repoussés de la cité.
Telle est cependant l'irrésistible sympathie qui porte à s'unir les populations les mieux séparées, qu'en dépit de tous ces obstacles les Irlandais et leurs vainqueurs s'efforcèrent maintes fois de se rapprocher. Et comme la loi anglaise ne permettait pas à l'Irlandais de devenir Anglo-Nor mand, il arriva que l'Anglo-Normand se fit Irlandais*: le vaincu ne pouvant prendre la loi du vainqueur, ce fut celuici qui alla prendre la loi du vaincu.
« On voit bien, dit sir John Davis, par le préambule du statut de Kilkenny (rendu en 156G sous Edouard III), que les Anglais d'Irlande étaient à cette époque devenus tout à fait Irlandais dans leur langage, dans leurs noms, dans leurs costumes, dans toutes leurs mœurs; qu'ils avaient abandonné leurs propres lois pour se soumettre à celles des Irlandais, avec lesquels il avaient formé, par mariage ou autrement, plusieurs alliances tendant à la ruine et à la destruction de la colonie ^. »
Ainsi, au mépris des statuts royaux, les vassaux anglais
* Hist. of GaJway, p. 60, 80.
* V. Peines portées par la corporation de Galway contre ceux qui entretiennent de certains rapports commerciaux avec les Irlandais, ceux qui les font entrer dans la ville, etc. — Hist. of Galway, p. 64 199, 201, 202, 205, 213.
spiowden, t. I, p. 41. — Leland, t. II, p. 119, dit : « Wathever causes may be assigned for il, the old english race had by this (Henri YII, 1 491), proceeded so far to a coalition with the old natives^ that even in the Pale and the very seat of the government the Iridi manners and language were generally prédominant. » J