‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 43 sur 333 · GUERRES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

GUERRES RELIGIEUSES

Ce que quatre cents ans n'ont pu faire, nous allons le voir s'accomplir dans le cours d'un siècle : l'Irlande va être définitivement conquise. — Henri VIII commence l'œuvre, Elisabeth et Gromwell l'achèvent. Trois despotes de cette taille n'étaient point gens à vouloir la même chose sans que cette chose se fît; or chacun d'eux désira ardemment, quoique par des motifs différents, la soumission de l'Irlande. Cet achèvement de la conquête nest donc point ce qui doit exciter notre attention ; mais ce qui mérite de l'attirer tout entière, c'est la nature des causes qui l'ont amenée et les conséquences qui l'ont suivie. Jusqu'alors l'Irlande n'avait été pour l'Angleterre qu'un intérêt de second ordre ; pourquoi devient-elle tout à coup l'intérêt principal de la politique anglaise? ÉHsabelh dépense à sa conquête les trésors de l'Angleterre ; Cromwell déploie pour la soumettre toute sa valeur guerrière et toute sa puissance de volonté ; et, quand se dénoue le grand drame religieux et politique qui, pendant le xvii^ siècle, agita si terriblement l'Angleterre et le monde entier, c'est l'Irlande qui est le théâtre du combat; c'est sur les rives de la Boyne que se résout le problème de la servitude ou de la liberté anglaise.

L'Irlande étant conquise, toutes les rébelhons irlandaises étouffées, désormais il n'y a plus qu'une seule loi en Irlande, la loi anglaise ; plus de Pale, plus de provinces irlandaises, distinctes delà colonie ; il n'y a plus qu'une Irlande

anglaise, dont le monarque anglais est le roi et dont touteai les parties sont égalennent soumises à son autorité. D'où vient donc que cette conquête, au lieu de préparer l'uniori du vainqueur et des vaincus, établit entre eux une nouvelle et plus large séparation, rend désormais impossible entre eux tout pacte d'union, et dépose au contraire dans l'âme des uns et des autres un germe de haine mutuelle que la suite des ans et des siècles ne fait que développer? La solution de ces questions se trouve dans un seul fait,: qui est comme l'âme de toute cette période et la clef de toutes les misères irlandaises. Je veux parler de l'opposition qui s'établit alors dans les croyances religieuses des conquérants et du peuple conquis.

Comment l'Angleterre, devenant protestante, doit vouloir que l'Irlande

le devienne aussi. i

Le mouvement philosophique et religieux qui , au xvi^ siècle, aboutit à la réformation, et eut en Angleterre et en Ecosse un immense retentissement, ne parvint point jus^ qu'en Irlande, et, tandis que l'Angleterre et LÉcosse devenaient protestantes, l'Irlande demeura catholique.

Dès son apparition sur la scène du monde, la doctrine de Luther avait divisé les peuples, et ce partage n'arriva poin^ au hasard. -

Quoique la théorie des novateurs fût bien loin encore de^ la hberté, elle avait été forcée, ne fût-ce que pour naître,d'invoquer le nom de celle-ci, et cela suffit pour que la réformation trouvât une sympathie naturelle chez les pt^uplesi qui avaient des institutions libres, tandis que les pays oil le pouvoir absolu dominait durent repousser un culte né dit droit de libre examen et s'attacher plus que jamais à Tancienne foi basée sur le principe de l'autorité .

Ceci explique, avec plusieurs autres causes qu'il n'entre

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