‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 44 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

point dans mon sujet de développer ici, comment la France et l'Espagne demeurèrent liées à la cour de Rome tandis que l'Angleterre et l'Ecosse s'en détachèrent. La dispute religieuse du xvf siècle ne fut pas seulement un combat d'idées et de croyances luttant entre elles sur la scène de l'intelligence et de la foi ; ce fut une guerre politique de peuples à peuples ; ce fut un engagement solennel entre le principe de Tautoritè, représenté par la puissance immobile de Rome, et l'esprit d'indépendance dont la réformation était le symbole.

J'ai dit tout à l'heure que l'Angleterre se rangea du côté de la réformation : de là la cause capitale des malheurs de l'Irlande pendant la période qui nous occupe. L'Angleterre, devenant prolestante, dut vouloir que Tlrlande le devînt aussi, et c'était vouloir une chose impossible.

Elle dut le vouloir ; et, en effet, cet esprit de prosélytisme qui animait alors le monde chrétien n'était pas moins ardent chez elle que dans les autres pays d'Europe ; ses réformateurs étaient aussi enthousiastes et aussi intolérants que les cathohques qu'ils avaient vaincus ; et, ne fût-ce que par fanatisme rehgieux, les Anglais devaient nécessairement tenter de convertir à leur nouveau culte les Irlandais ; ils avaient, d'ailleurs, pour l'essayer une raison politique impérieuse : c'est que, s'ils n'imposaient pas à l'Irlande le culte réformé, ils étaient fondés à craindre que l'Irlande ne vînt rétablir chez eux l'Éghse catholique. Tandis qu'ils flétrissaient la croyance romaine sous le nom de superstition et d'idolâtrie, les catholiques repoussaient avec horreur la doctrine des réformateurs, qu'ils appelaient hérétique etimpie; ils disaient « que, comme Moïse avait fait mettre à mort les blasphémateurs, il était du devoir d'un prince chrétien d'arracher l'ivraie du champ de l'Église de Dieu, de couper la gangrène, afin qu'elle n'infectât pas les portions les plus saines*. » Dans ce temps de foi ardente, il semblait

' Lirigard, t. VIT, p. 241.

que, pour garder son culle, on dût détruire celui d'autrui. A la vérité, l'Irlande, au \\f siècle, étnit par elle-même peu redoutable pour l'Angleterre; mais elle était à craindre i\ cause de l'étranger. A peine la grande querelle du protestantisme et du catholicisme avait- elle éclaté en Europe, que l'Irlande était devenue le point de mire de tous les pay^ catholiques qui voulaient renverser le protestantisme er Angleterre. Elle était l'espoir de la cour de Rome et h centre où venaient aboutir toutes les intrigues des papes de l'Espagne et de la France. Dès l'origine de la réforma tion, le souverain pontife indiqua le parti qu'il comptait ti rer en répandant une vieille prophétie de laquelle, disait-il il résultait que la chaire de saint Pierre ne serait poin ébranlée tant que l'Irlande demeurerait cathohque^

Ainsi, lors même que l'Angleterre n'eût pas été con duite par la passion seule de l'intolérance à combattre h rehgion catholique en Irlande , elle y eût été poussée pai le soin de sa propre défense et par l'intérêt même de sa li berté.

Mais j'ai dit aussi qu'en voulant rendre l'Irlande proies tante l'Angleterre avait voulu une chose alors impossible C'est ce qui se démontre sans peine.

Des causes qui empêchaient l'Irlande de devenir protestante. :

Après la longue nuit du moyen âge, de vives lumière! avaient soudainement lui parmi tous les peuples de l'Eu rope , et la société avait partout marché à grands pas, ex cepté en Irlande, où, les dissensions civiles et les luttes d( la conquête n'ayant pas cessé un seul instant, tout était de meure stationnaire. !

Au miheu du chaos politique et de l'anarchie morale

* Plowden, t. I.

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