PARTIE HISTORIQUE
suite inévitable d'un état de guerre non interrompu, la foi dans le culte catholique et romain était restée l'unique croyance du peuple irlandais. Cette foi régnait en souveraine absolue sur les âmes, sans qu'aucune autre idée rivale partageât son empire. Tandis que les tentatives successives de l'esprit philosophique préparaient l'Europe à la réforme religieuse, l'Irlande, reléguée dans un coin du monde et placée loin du mouvement intellectuel, était toujours vierge du doute ; elle n'avait rien su de Wycliffe ni de Jean Huss ; elle n'avait rien entendu des sourds grondements qui présageaient l'éruption du volcan, ni rien aperçu des brillantes clartés par lesquelles s'annonçait la grande conflagration du xvi^ siècle.
Llrlande était donc de tous les pays d'i^lurope celui qui tenait le plus à ses vieilles croyances et le moins capable de comprendre le nouveau cuUe qui venait de s'établir.
11 faut ajouter que, ses dispositions eussent-elles tté différentes, la réformation s'est offerte à elle dans de telles circonstances, qu'elle ne pouvait pas l'accepter.
Et, en effet, par qui est apporté chez elle ce culte qu'elle ne désire ni ne comprend? Par un peuple avec lequel elle est en guerre depuis quatre cents ans, par un peuple qu'elle hait comme on hait son plus mortel ennemi, et au joug duquel elle espère encore échapper. On peut dire, je crois, avec assurance que, si l'Irlande eût été naturellement portée à réformer son culte, cette tentative de l'Angleterre l'eût empêchée de le faire ; dans les circonstances où elle se trouvait, ce ne pouvait être qu'un motif de plus de combattre l'adversaire qui voulait non-seulement la conquérir, mais encore lui imposer une religion.
Les rois d'Angleterre, demandant à l'Irlande de secouer le joug de Rome, se trouvaient d'ailleurs dans une position d'intîonséquence qui eût invité les Irlandais à la résistance, s'ils n'y eussent été poussés par des motifs plus sérieux. C'était du souverain pontife que le monarque anglais avait
dans l'origine, reçu tous ses droits sur l'Irlande; conimentj donc pouvait-il contester le pouvoir de celui dont il tenait ■ toute sa puissance? Comment mettait-il en doute l'autorité: spirituelle du pape, dont il n'avait point jadis contesté la \ suprématie même temporelle, alors que le pontife romain i s'en servait pour lui donner un royaume ? '
Évidemment l'entreprise de l'Angleterre devait échouer. ; Le despotisme des Tudor, qui en Angleterre impose' rÉglise anglicane, ne fait que révolter l'Irlande. Henri VIII et Elisabeth s'emparent de tous les monastères, confisquent^ avec avidité toutes les propriétés rehgieuses, prescrivent la ; célébration du rit anglican dans toutes les églises catho-! Hques, soumettent à des peines sévères ceux qui n'adoptent pas ce culte ou en pratiquent un autre, et font du serment -. de suprématie religieuse la condition de toute participation ' aux actes de la vie civile et politique ^ Ils n'avaient pas agi autrement en Angleterre : mais les deux pays étaient dans! une situation différente. Après le siècle sanglant des deux' Roses, les Anglais voulurent à tout prix donner du pouvoir! à des rois qui, du reste, étaient bien capables d'en prendre ' de gré ou de force. On ne pouvait refuser à Henri VIII la ' suprématie religieuse, sans diminuer son autorité royale " dont elle faisait partie ; et c'était ce que la nation anglaise , n'avait point alors la volonté de faire. C'était tout au re-! bours pour les Irlandais, qui, bien loin de craindre d'é-^ branler le pouvoir du roi d'Angleterre, aspiraient à s'en af- i franchir, et saisissaient avec bonheur un motif de plus pour le détester. Aussi, tandis que Henri VIII et ÉUsabeth éta- : blissaient à leur gré et selon leur fantaisie la rehgion ré- , formée en Angleterre, tous leurs efforts pour la fonder en\ Irlande n'aboutirent qu'à trois ou quatre insurrections de 1 ce pays contre l'Angleterre, auxquelles, sans doute, le sen- i timent national ne fut pas étranger, mais qui prenaient ce-j
* C'est-à-dire le serment par lequel on reconnaissait, le roi d'Angleterre pour chef suprême de l'Église.