PARTIE HISTORIQUE
pendant leur principale source dans cette nouvelle cause de haine que la religion venait de faire naître.
A la vérité, l'Irlande fut domptée par Elisabeth*; Cette princesse, en moins de dix années, dépensa quatre-vingtsix millions de francs (somme énorme pour ce temps, en 1()00) pour arriver à sa conquête-. Mais le résultat de cette soumission de l'Irlande fut la cessation de la guerre, et non l'adoption du culte anglican. Peut-être eût-on dû prévoir que les Irlandais, tandis qu'on les assujettissait aux lois civiles et politiques, garderaient leurs croyances religieuses et leur culte; car c'est une disposition naturelle à l'homme, quand il subit une violence matérielle, de se réfugier dans son âme, et de s'y proclamer hbre dans le temps que ses bras sont chargés de fers.
Ces premiers essais du despotisme ayant été vains, il n'est resté chez les Irlandais que le souvenir de la tyrannie : ils se rappelaient que, pour les conquérir et changer leur culte, Elisabeth leur avait livré une guerre cruelle , suivie de famines affreuses et de tous les fléaux les plus meurtriers '.
Les Stuarts étant montés sur le trône d^ Angleterre, les Anglais devinrent d'autant plus protestants qu'ils craignaient que ces princes ne le fussent pas. Les Irlandais, au contraire, dans l'idée que les Stuarts étaient catholiques, trouvèrent là un encouragement à demeurer tels. Ceci exphque
* Gordon, t. ï, p. 311.
' * Gordon, 1. 1, p. 512. — Lin^ard, t. VÏII, p. 396. — Encyclop. Dritann., \° Ireland, p. 400. — Plowden, t. I, p. 88. ! ^ La plus grande partie de la population n'existait plus après la conl^uête définitive d'Elisabeth. Gordon, t. I, p. 312. — Toute la contrée changée en un affreux désert. Famine. Peste. Id. — « Le pays, dit m écrivain contemporain, qui auparavant était riche, fertile, très- )euplé, chargé de riches pâturages, de moissons, de bestiaux, est naintenant désert et stérile ; il ne produit plus aucun fruit : plus de ;)lés dans les champs, plus de bestiaux dans les pâturages, plus d'oiseaux dans les airs, plus de poissons dans les rivières; en un mot, r\ malédiction du ciel est si grande sur ce pays, que, qui le parourrail d'un bout à l'autre, rencontrerait à peine un homme, une Vmme, ou un enfant. » Holingshed, 460.
pourquoi, depuis Charles \^% les Irlandais, qui haïssaient les Anglais, aimèrent presque le roi d'Anglelerre. La crainte des amendes, la peur de la confiscation, la terreur de l'em prisonnement, obtinrent souvent une conformité extérieure au culte anglican dans les villes où la puissance du roi d'Angleterre était le mieux établie ; tous ceux qui remphssaien des fonctions publiques, même des charges municipales étaient d'ailleurs tenus, sous des peines graves de suivr( les cérémonies du culte légal ^ ; enfin il y avait toujour! un certain courant de nouveaux venus d'Angleterre, qu^ arrivant protestants en Irlande, restaient ce qu'ils étaient Toutefois, dés que, par suite de quelque événement poli tique, le gouvernement anglais qui imposait ce culte perdai de son empire en Irlande, on voyait toutes les populations anglaises aussi bien qu'irlandaises, abandonner spontanément l'Église angUcane, et revenir tout naturellement à h reUgion catholique. Ceci arriva lors de la mort d'Elisabeth à laquelle succéda Jacques I^"", que l'Irlande croyait fava rable au cathohcisme^ Il en fut de même sous Charles I^' en 1642, lorsque la population crut pouvoir s'insurgei contre le parlement anglais sans cesser d'être fidèle au roi Du reste, même pendant les temps de calme et de soumis sion, l'observance du culte anghcan ne fut jamais que timi dément exigée et rarement obtenue des Anglais eux-mêmes habitants des villes. Pendant tout le règne d'ÉHsabeth, h plus grande persécution lut d'empêcher les cathohquei d'exercer leur culte, mais on n'essaya même pas de leî
* Acte de la deuxième année du règne d'Elisabeth, établissant Vuniformité du culte et du test, c'est-à-dire l'obligation, pour tous fonctionnaires publics, de prêter le serment de suprématie avant d'entrei en fonctions.
-Gordon, t. I, p. 315.— Plowden, 1. 1, 97.— « Those Withiu the Pah were equally tenacious of Iheir ancient faith, as those without it, » etc Plowden, 1. 1, 98. — Jacques P'' fut obligé de faire une proclamationsolennelle pour rectifier les idées de ses sujets irlandais, et leur prouvei toute leur iohe de croire qu'on allait leur donner la liberté de conscience. Id., p. 102.