‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 47 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

contraindre au ril anglican*. Jacques P'^fut plus entreprenant sans être plus heureux. On voit, sous le règne de ce prince, la ville de Galway réduite à l'impossibilité de trouver un maire qui veuille bien prêter au roi le serment de suprématie religieuse - ; et Cliichester, vice-roi d'Irlande, rendant compte des efforts inutiles qu'il avait faits pour ramener à l'Église anglicane quelques personnages marquants, dont la conversion était vivement désirée, peignit très-bien l'état du pays en s'écriant que l'atmosphère et le sol même de l'Irlande étaient infectés de papisme^.

Tel était l'état des choses en Irlande, que les tentatives de réforme religieuse ne pouvaient pas s'appuyer sur une persécution pacifique et durable. Elles conduisaient nécessairement et tout d'un coup à une guerre générale. Ln Angleterre, c'était une lutte de partis à partis, assez également divisés pour que l'un fût alternativement maître de l'autre; en Irlande, il n'y avait qu'un peuple de catholiques, qu'on jetait tout d'abord dans la révolte dès qu'on attaquait son culte.

Comment l'Ang-leterre a rendu l'Irlande protestante. — Colonisation protestante. — Elisabeth. — Jacques I".

Convertir les Irlandais au protestantisme était chose impossible, et cependant il fallait absolument que l'Irlande devînt protestante.

Cette nécessité était chaque jour plus impérieuse pour l'Angleterre, qui, outre sa haine envers un principe politique et religieux ennemi du sien, éprouvait plus de crainte de l'Irlande catholique, à mesure que la liberté chez elle était plus contestée, et que les gouvernements absolus du continent ourdissaient plus d'intrigues en Irlande, pour frap-

* Plowden, t. I, p. 98. — Gordon, 1. 1, 312.

* Hardiman, History of Galway, p. 212 et 213. 5 Plowden, t. I, 108.

per du même coup en Angleterre le protestantisme et la « liberté. >

Le premier moyen, tiré de la persécution et de la guerre, ' ayant échoué, un autre fut essayé : ce fut celui des confis- j cations en masse; ce fut l'expulsion des catholiques du sol^ irlandais, et leur remplacement immédiat par des colons i protestants. Ce moyen violent et odieux n'avait rien qui: répugnât aux mœurs du temps, car la confiscation et lai mort avaient été au fond de toutes les querelles politiques et \ religieuses depuis Henri Vil! ; on peut dire seulement i qu'employé sur une aussi vaste échelle il était d'une exé- 1 cution très- difficile, car comment chasser du sol où elle vit^l toute une population? que faire d'elle après l'avoir arrachée^ de ses foyers? comment la luer? comment vivre avec elle! après l'avoir dépouillée, si on ne la tue pas? et puis où'\ trouver subitement un peuple entier pour mettre à la place^ d'un autre peuple? Il n'est pas si facile qu'on pense de pra-i tiquer l'injustice. Toutefois on ne s'arrêta point devant ces\ obstacles. La première tentative de ce genre se fit sousle^ règne d'Elisabeth. Le génie de cette reine avait aperçu le but) vers lequel il fallait tendre, et sa tyrannie avait facilement! adopté le moyen. La révolte de lord Desmond fut l'occa- ' sion^ Près de six cent mille acres de la province de Munster^ étant confisqués, on fit en Angleterre une proclamation* pour offrir ces terres à tous ceux qui voudraient bien les ; prendre sous différentes conditions, dont la première était 1 qu'ils ne souffriraient pas sur leurs terres un seul cultiva- | teur ou fermier qui fût Irlandais d'origine^. Environ deux ] cent mille acres furent ainsi distribués à de nouveaux co-; Ions de race anglaise. Les anciens habitants du sol, dépos-jj sédés de leurs domaines, ne. trouvèrent d'asile qu'au fond'i

* Hallam, Hist. coiistit., t. V, p. 258. — Gordon, t. I, p. 520.'—'; Lingard, t. YIII. — Encyclop. britann., v» Ireland, p. 365.— Leland»^ t. lï, p. 502. ',

2 Leland, t. II, p. 501. — None of the, native Irish were lo be ad-î milted among their tenantry, ^

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