‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 49 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

fallait-il avoir un motif tel quel à leur donner. L'esprit subtil de Jacques ne pouvait le laisser en défaut. Ce roi, qui, selon Sully, était le plus sage fou de l'Europe S ce despote raisonneur et sophiste entreprit contre l'Irlande une guerre digne d'un procureur.

Après des siècles de guerre civile et d'anarchie, il existait nécessairement dans les titres de la propriété foncière, en Irlande, une grande incertitude et une grande confusion : bien des usurpations avaient été commises sans doute, mais le seul vice de presque tous les titres, c'était d'être ii réguliers. S'emparant de cette irrégularité, grief bien digne de son génie, Jacques résolut de dépouiller de leurs terres tons ceux qui ne seraient pas en règle, et de faire revenir leurs propriétés à la couronne. En conséquence et sur son ordre, une nuée d'hommes de loi, intéressés dans la spohation p;jr l'espoir qu'on leur avait donné qu'ils en auraient leur part, s'abattirent comme autant d'oiseaux de proie sur toute l'Irlande, secouèrent la poussière des vieux parchemins, prirent la loupe de la chicane, et, ingénieux à découvrir dos ambiguités dans les actes, les défauts de forme, et tous . les vices réels ou imaginaires qui pouvaient s'y rencontrer, ] ils firent si bien que, désormais, il n'y eut pas en Irlande un ' propriétaire qui jouît de la moindre sécurité ; que le roi i rentra dans un nombre très-considérable de domaines, et j qu'à la place des cathohques irlandais, si habilement ruinés, il put placer de nouveaux colons prolestants ^. \

Colonisation protestante. — Charles /". |

Jacques avait imaginé un expédient de tyrannie dont ne J manqua pas de s'emparer son successeur, Charles 1". Il y avait en Irlande une province qui jusqu'alors avait ,

' Linjiard, Règne de Jacques I", c. iv.

-Leland, t. II, 459.— Gordon, 1. 1, 522-333. — Encyclop. britann.,v°Ire- j

lund, 567. — Lingard, t. IX, p. 175. 450 000 acres firent retour à la I

couronne, en vertu de ces procédés. — Hallam, Hist.constit., t. V, 262. \

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échappé à toute tentative de colonisation ; c'était celle de Connaught. Lord Strafford (alors Wenlworth), vice-roi, résolut de déposséder tous les habitants de celte vaste contrée, et de la faire rentrer dans le domaine du roi, qui en disposerait ensuite selon son bon plaisir. Pour mener à bien cette entreprise, il prit avec lui des hommes de justice et des soldats : les premiers, pour fausser la loi; les seconds, pour lui faire violence. Ces deux espèces d'agents répondirent admirablement à son attente. Les gens de loi découvrirent tout d'un coup que les diverses concessions faites par les précédents rois aux propriétaires actuels ou à leur» pères étaient nulles, et que le Connaught n'avait pas d'autre propriétaire légitime que le roi. Mais ce n'était pas tout que de découvrir ce vice dans les titres de propriété; il fallait encore que les propriétaires eux-mêmes les reconnussent, et se retirassent; et, s'ils ne s'en allaient pas de bon gré, qu'ils fussent contraints par la force à l'abandon de leurs terres : ce serait l'affaire des soldats. Précédé d'une armée imposante, Strafford parcourut le pays, et, semant partout la terreur, recueillit sur ses pas les soumissions les plus ser> viles. Cependant, arrivé au comté de Galway, Strafford fu| arrêté dans sa marche par la résistance des habitants ; et comme dans ce pays, courbé sous le despotisme le plut dur, il y avait cependant de certaines formes légales inhé* rentes au gouvernement et aux mœurs des conquérants, o|i remit à douze jurés le soin de prononcer entre les habi«^ tants du comté de Galway, qui prétendaient garder leurs^ terres, et la couronne, qui voulait les leur prendre. Rien né fut épargné par Strafford pour obtenir de ce jury un ver^ dict favorable au roi. Cependant, et ce fait prouverait à lui seul tout ce qu'il y a de protection et de garanties dans ci tribunal du pays, en dépit des subtilités de la chicane et ai mépris des menaces de l'épée, les jurés repoussent la demande du roi, et maintiennent les habitants du comté dam la possession de leurs domaines. Kn entendant la sentenc(

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