‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 50 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE. SO · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE. SO

du jury, Strafford entra dans une grande colèie, prononça de sa propre autorité une amende de 1,000 livres sterling contre Darcy, le shériff, coupable d'avoir convoqué un mauvais jury, fit arrêter les jurés eux-mêmes, et les fit comparaître devant la chambre étoilée, à Dublin (the s(ar-chamber), où chacun d'eux fut condamné à payer une amende de 4,000 hvres sterhng (100,000 francs), et à déclarera genoux devant le vice-roi, non-seulement qu'il s'était trompé en jugeant comme il l'avait fait, mais encore qu'il avait commis un véritable parjure : condition humiliante que tous [eurent le courage de refuser ^. Quoique temps après, Strafford écrivait à Wanderford, autre serviteur de Charles I" :

« J'espère qu'on ne me refusera pas la vie du shériff Darcy : mes traits sont cruels sans doute pour blesser aussi mortellement (my arrows are cruel that wound so mortally) ; mais il faut bien que le roi conserve ses droits. . . ^ »

Le shériff ne fut point exécuté ; mais il mourut en prison, par suite de mauvais traitements ^. Sous l'influence salutaire de ces violences, un nouveau jury fut convoqué, qui décida que, de tout temps, le comté de Galway, comme le reste du Connaught, appartenait au roi * ; et cette sentence mit tous les habitants à la merci du prince et de son séide. Le jury, de même que les institutions les plus vitales, ne préserve pas le pays des violences du despotisme, quand le despotisme est étabh ; cependant il défend les citoyens mieux qu'aucun autre tribunal. S'il cède à la corruption, il étonne les peuples qui le croyaient indépendant; s'il résiste et succombe dans ses résistances, il ne sauve pas ceux qu'il

* Leland, t. III, 30. — Lingard, t. X, 57. — Hardiman, Hist. oi Galway, 105.— Encyclop.britann.,\»lreland, 568.— Plowden, 1. 1, l'25.

; 2 Hardiman, HisL oI" Galway, 105.

5 Owing to severe treatement. Hist. of Galway, p. 105.

* Leland, t. III, p. 59. —Hardiman, Hist. of Galway, p. 105. On y :rouve les termes mêmes de la question posée au jury.

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a voulu protéger, mais, associé à leur infortune, il rend leur cause plus populaire, et plus éclatante l'oppression qui pèse sur eux : dans l'un et l'autre cas, il met mieux en re-^ lief la tyrannie.

Si on consulte les termes de la sentence portée contre Strafford par le parlement d'Angleterre, on est porté à croire que ces violences contre le jury de Galway ne furent poinl les seules ni les plus graves que Strafford ait commises er Irlande. Voici l'un des motifs du jugement : « Gonsidéraril que des jurés, qui avaient rendu leur verdict selon leui conscience, ont été censurés dans la chambre étoilée. soumis à de grosses amendes, quelquefois exposés au pilori ; que là on leur a coupé les oreilles, percé la langue et quelquefois marqué le front d'un fer rouge, et autre: châtiments infamants ^ »

Trop heureux de pouvoir plaire au parlement anglais er exerçant sa royale prérogative, Charles ^'" eût sans dout( dépouillé de bon cœur toute l'Irlande catholique, et rem placé les propriétaires irlandais par des Anglais protestants mais sa tyrannie sur l'Irlande n'avait pu lui faire pardonnei l'arbitraire avec lequel il gouvernait l'Angleterre, et voye; même à quel degré la haine contre lui était parvenue! oi faisait de cette tyrannie envers l'Irlande un grief contre soi ministre Strafford! Déjà son autorité royale était fortemen ébranlée (1640) ; alors il cesse tout à coup d'opprimer le! Irlandais, dont il veut, en cas de catastrophe, se ménagef l'appui. Tout projet de colonisation est donc abandonné; (^ assure les Irlandais que jamais on n'a songé à prendre leui terres. Quand vous voyez un Stuarl équitable envers ï lande, comptez que son pouvoir est bien chancelant en glelerre...

* Hardiman, Hist. of Galway, 105. — Plowden, 1. 1, 127.

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