‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 51 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

§IV

La guerre. — La république. — Cromwell.

On peut dire que, du moment où Charles l*"' ne persécutait plus l'Irlande, et abandonnait la grande pensée du temps qui était de la rendre protestante à tout prix, c'est qu'il n'était réellement plus roi d'Angleterre.

Le véritable souverain alors c'était le parlement. A partir de ce moment, ce n'est plus un roi anglais ni son délégué qu'on voit aux prises avec l'Irlande, c'est l'Angleterre ellemême, c'est l'Angleterre protestante et puritaine, qui n'est plus contenue dans sa haine envers un peuple catholique par un prince moins ennemi des catholiques que des puritains ; c'est l'Angleterre qui va désormais entrer en contact immédiat avec l'Irlande, devenue elle-même plus libre dans ses hostilités contre l'Angleterre, depuis que le roi qui favorisait les catholiques en combattant les puritains a perdu jsa puissance.

! Alors furent poussés deux cris terribles de destruction ; l'un en Angleterre : Guerre aux calhoHques d'Irlande! l'au- !*re en Irlande : Guerre aux protestants d'Angleterre ! Il sepit difficile de dire laquelle de ces clameurs fut proférée pa première, de même que de deux armées en présence également impatientes d'en venir aux mains, il est souvent impossible de décider laquelle des deux a engagé le combat. [ Le jour où le puritanisme écossais fut maître du roi et ie l'Angleterre, l'Irlande catholique fut placée tout entière ous le coup d'une menace d'extermination. Elle n'attendit r as l'agression pour se défendre; et, au mois d'octobre 1641 , \ ne insurrection formidable éclata. Tous ces Irlandais de Jlster, que Jacques \" avait si ingénieusement expulsés de urs habitations et de leurs terres pour mettre à leur place I is Anglais et des Écossais, se soulevèrent en masse el < mbèrent sur les colons protestants. En quelques jours I. 4

o2 PREMIÈRE PARTIE. '

O'Nial, chef de la rébellion, se trouva à la tête de trent mille combattants * .

On put, dans cet instant solennel où toutes les passion des Irlandais étaient en jeu, juger celle qui dominait dan leur âme, et il est remarquable que, dans le premier me ment, pas un seul Écossais ne fut tué; leur vengeance s porta d'abord sur les Anglais^. N'est-ce pas que le senti ment national était alors chez eux supérieur encore à la pas sion religieuse? Les Écossais étaient bien par leur purita nisme les plus terribles ennemis de l'Irlande catholique mais c'étaient des ennemis nouveaux, tandis que leurs en nemis invétérés, leurs ennemis de cinq siècles, c'étaier les Anglais, les Anglais de Henri II, premier envahisseui les Anglais de Henri VIII et d'ÉHsabeth, derniers conque rants, les Anglais de Jacques P'", colons spoHateurs et prc testants ^.

Dans l'exécution de cette terrible vengeance, où se résu maient tant et de si anciens ressentiments, il se commit de cruautés dont on se sent à peine le courage de présenter 1 récit.

D'abord Tinsurrection fut en quelque sorte régulière ; le rebelles se bornèrent à reprendre les biens qui leur avaier jadis appartenu, sans commettre aucune violence inutile ' Leur succès rapide et d'abord non contesté leur donnait 1 générosité de la force; mais des résistances s'étant offertes et leurs premiers triomphes ayant été suivis de quelques n vers, leur violence ne connut plus de bornes; ils devinrer meurtriers et sanguinaires; ils firent serment de ne pa laisser dans le pays un seul Anglais ^

» Lelatid, t. III, 95. — Gordon, t. I, 58i. — Hallam, Ilisl. constit t. V, 275. — Plowden, t. ï, 151. — Lingard, t. X.

'^ Leland, t. III, 103,120 et 118. "»'

^ Hallam, Hist. constit. t. V, 265.

* They proceeded witli uuusual regularity. Theslieriff suniraor tlie popish inhabitants to arms. — Leland, t. III, 117.

^ They vowed not to leave one Englishman in their countrv.

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