‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 52 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

Ce fut alors que la guerre civile et religieuse se montra dans toute son horreur.

Parlant des prisonniers qu'avaient fait les insurgés, Leland dit :

« Ceux qui les conduisaient les poussaient devant eux comme un vil bétail... Quelquefois ils les enfermaient dans quelques maisons où ils mettaient le feu ; alors ils écoutaient sans compassion les hurlements de leurs victimes dévorées par les flammes, et prenaient au contraire une joie infernale à suivre jusqu'à la fm toutes les angoisses de leur agonie. Parfois les pauvres captifs étaient jetés par leurs guides dans la première rivière qui se présentait. Cent quatre-vingt-dix furent à la fois précipités ainsi du pont de Portadown. On voyait des prêtres irlandais encourager le carnage. Les femmes, oubliant la retenue de leur sexe, accablaient les Anglais de leur exécration, et plongeaient leurs mains dans le sang. Les enfants euxmêmes, dans leur malignité impuissante, essayaient le fer contre la poitrine de malheureux sans défense ^ »

En peu de temps, plus de douze mille protestants, anglicans ou presbytériens, furent massacrés -. Ceux qui ne

land, t. m, 119. Si on en croit l'historien Hume, le massacre des Anglais fut universel, et se fit sans provocation comme sai.s résistance, îvithout provocation, without opposition. — V. vol. lY. Du temps de Hume, il était bien difficile à un Anglais d'être impartial envers l'Irlande.

* Leland, 1. III, 127.

- Douze mille, selon les uns, cent miUe, selon les autres. Le chiffre varie beaucoup, suivant les passions des historiens. J'ai adopté celui «lui me paraît se rapprocher le plus de la vérité. Du reste, la grande cause de divergence vient sans doute de ce que les uns comprennent, dans rénumération des victimes de la rébellion, tant ceux qui ont été l'objet de meurtres individuels que ceux qui ont péri en combattant pendant la guerre civile; tandis que les autres ne font mention que des personnes qui ont été assassinées spécialement pendant le temps de l'insurrection. C'est en adoptant ce dernier mode de compter, que j'ai trouvé le nombre de douze mille, le plus vraisemblable et le mieux justifié V. du reste Leland, t. m, ch. iv. — Rich. Musgrave, Irish Rebellions, 50.— Lingard, t. X,575.— Hallam.Hist. conslit., t. V, 277. Laver-

perdirent pointlavie furent au moins chassés de leurs terre et de leurs habitations, où se replacèrent d'eux-mêmes le: anciens possesseurs.

C'est un grand sujet de dissertation parmi les historien* que la question de savoir quelle a été pour les Irlandais h cause impulsive et déterminante de cette sanglante rébellion. Si l'on croit les uns, ce mouvement ne fut qu'une conséquence directe, quoique éloignée, de vieilles haines accu mulées dans Tâmc des Irlandais, et que la tyrannie d( Strafford avait fait déborder. Les Irlandais, disent ceux-là, n'ont eu pour se révolter d'autre but, sinon de reprendre le! propriétés dont on les avait dépouillés ^ D'autres soutien nent que l'insurrection fut toute religieuse; que la haine du protestantisme arma seule le bras des Irlandais contre lej Anglais leurs ennemis; que leur plan était l'exterminatior de tous les protestants d'Irlande, après laquelle ils auraieni tenté le massacre de tous les protestants d'Angleterre - : que, voyant les Écossais se révolter contre le roi et se liguei pour imposer le culte presbytérien, ils avaient jugé qu'ils pouvaient aussi bien de leur côté former un Covenant cathoHque ^. D'autres disent encore que les Irlandais ne tuèrent les protestants que par la crainte qu'ils avaient d'être tués par eux. Enfin il y en a qui attribuent à une cause plus générale la rébelhon d'Irlande, et qui la présentent comme le résultat d'une intrigue des puissances catholiques du continent *. Faut-il choisir parmi ces causes, et en proclamer une, la seule réelle? Je ne le pense point; il me semble plus juste et plus vrai de dire que tous ces motifs, toutes ces

sion que j'adopte est celle de Warner, Hist. of the Irish rebellions, 397^ — Plowden, 1. 1, 137. — Civil wars in Ireland, 121, Curry. !

* Leland, t. Ill, p. 105. \ 2 Leland, t. III, p. 195.— Olhers contended that to dismiss the en^

glish unmolested were but to give tliem Ihe opportunity of returning]

with double fury... That a gênerai massacre was therefore the safesl§

and most effectuai method of freeing the kingdom from such fears '

'' Lingard, t. X, 201. — Plowden, t. I. 134. — Hallam, t. V, 276. 2

* Hallam. t. V, 275. Leland, t. III, 97. i

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