‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 61 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

l'arbitraire, et qui d'ordinaire tombent de leur trône parce qu'ils irritent sans faire peur. Il prenait encore d'autres voies détournées : ne pouvant ouvertement tolérer le catholicisme, il voulut du moins exempter les catholiques des peines qu'ils encouraient en ne se conformant pas au culte anglican ; piais dispenser de l'exécution de la loi, c'était encore la violer. Ceci lui fut démontré très-clairement par les ministres de l'Église anghcane, qui jusqu'alors, il est vrai, soutenus par le roi, avaient professé le dogme de l'obéissance passive aux décrets du souverain, mais qui, le jour oij ce roi s'imagina de faire usage de sa toute-puissance en faveur des cathohques, découvrirent soudain que l'obéissance n'était due au roi que dans la limite des lois et de la constitution ^ Il lui fallut donc renoncer encore à ce biais indulgent en faveur des calholiques; il en essaya bien d'autres, qui ne lui réussirent pas mieux ; et, pour régner, il lui fallut prendre son parti de persécuter ceux qu'il eût voulut défendre.

Lorsque Plunkett, archevêque d'Armagh, impHqué dans une accusation de papisme, fut condamné à mort, Essex, vice-roi d'Irlande, sollicita sa grâce auprès de Charles 11, déclarant qu'à sa connaissance l'accusation ne pouvait être fondée. « Eh bien, milord, lui répondit le roi, que son sang retombe sur votre conscience : vous auriez pu le sauver si vous aviez voulu; pour moi, je ne puis lui accorder son pardon, parce que je ne l'ose pas ^. »

Je crois bien que la persécution des catholiques d'Irlande lui coûta moins que celle des cathohques anglais, parce que, de tout temps, la destinée de la population irlandaise touchait assez peu l'Angleterre et ses rois, qui ne songeaient guère aux Irlandais que quand ils avaient besoin d'eux ; et puis Charles II, forcé de persécuter les catholiques, espérait, en se montrant sévère envers les catholiques d'Irlande,

' Lingard, t. XII, 306, 307.

- Lingard, t. XIII, 544.

qu'on exigerait de lui moins de rigueur contre les catholique^ anglais. L'Irlande fut ainsi toujours une ressource pour les^ Stuarts ; dans leurs jours de ruine, ils imploraient merci d^ l'Irlande contre l'Angleterre, et lui promettaient amitiéi éternelle en échange d'un peu d'or et de soldats; et, quand leur fortune avait changé, quand ils étaient remontés suri leur trône, ils tâchaient de se faire pardonner leur essai de; pouvoir absolu sur l'Angleterre, en faisant peser sur l'Ir-j lande un plus lourd despotisme.

On pardonnerait encore à Charles II les injustices que luii

ont fait commettre son impuissance et la faiblesse même de;

son autorité. On voit bien qu'il ne put- rien en faveur des;

Irlandais catholiques, quand, pour rendre justice à ceux- ci, j

il eût fallu qu'il se montrât sévère envers des protestants]

anglais. Mais ce dont on ne peut l'absoudre, c'est d'a-j

voir pris lui-même sa part des confiscations de l'Irlande. ;

Ormond, son favori, reçut des terres confisquées pour unei

valeur de plus de 70,000 livres sterling de revenu S c est-j

à-dire 1,800,000 fr. de rente. Le duc d'York obtint aussi une i

immense donation; et il n'est pas jusqu'à la femme d'un I

valet de Charles II qui n'ait eu sa part du butin. I

Charles aurait pu, en persécutant les Irlandais, ne pas se

souiller lui-même des dépouilles de ce malheureux peuple. -

Mais, on l'a déjà dit, il n'était point en son pouvoir de ne pas '

persécuter. S'il eût voulu accorder aux catholiques la tolé-|

rance de leur culte, c'est-à-dire, selon l'expression des près- i.

bytériens, légalise7' le Uasphème et iidolâtrie; s'il eût tenté i

de les affranchir de toutes peines de non- conformité; s'il eût ;

voulu les délivrer de la tyrannie des protestants anglais et 'i

écossais, leur rendre la vie civile et politique, les rétablir ]

dans les emplois, restituer aux propriétaires leurs champs, ;

aux habitants des villes leurs demeures; il eût fait exacte- ;

ment ce qu'a voulu faire Jacques II, qui, pour l'avoir tenté, j

est tombé de son trône. I

si

* Encyclop. brit., v« Irel^d, 375, J

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