‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 67 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

Mais lorsque, dans le cours et à la suite des guerres civiles, une population protestante se trouve établie en Irlande, l'état de l'Angleterre en regard de l'Irlande se trouve autre qu'il n'avait été après la conquête et dans les prenniers temps qui avaient suivi la réformation.

Alors sans doute l'Angleterre fut plus que jamais animée d'une implacable iiiimitié contre les catholiques irlandais; mais, comme ces catholiques détestés se trouvaient entremêlés de protestants ^mis, elle fut gênée dans sa haine, et ne sut comment frapper les uns sans atteindre les autres du même coup. Son embarras alors fut extrême; ses sympathies étaient certainement trés-vives pour cette jeune nation protestante qu'elle venait de fonder en Irlande, composée des hommes qui avaient combattu avec elle sous le même drapeau, pour le même culte et pour les mêmes hbertés, et qui non-seulement avait eu le mérite de faire face en Irlande à l'hydre terrible du papisme, mais encore était destinée à féconder sur cette terre maudite le germe du culte protestant. La passion de l'Angleterre était donc aussi amie des protestants anglais qu'hostile aux Irlandais cathohques.

Il y avait sans doute bien des cas où il était facile à l'Angleterre d'opprimer les uns sans cesser de protéger les autres; mais, dans quelques occasions, la distinction était presque impossible à faire. Ainsi, dans toutes les relations commerciales de peuple à peuple, les restrictions qui nuisaient aux cathohques atteignaient nécessairement les protestants; et pourtant ces restrictions étaient à cette époque considérées par l'Angleterre comme une condition fondamentale de sa prospérité industrielle. La nation anglaise, qui, à la fin du xvii« siècle, était profondément rehgieuse, était aussi déjà, à cette époque, essentiellement commerçante ; elle était ainsi tout à la fois sous le joug de passions

portation en Angleterre du bétail» irlandais. Hist. of England. -=■ Lingard, Charles II.

très-diverses dans leur principe, et d'où résultaient chez elle des sentiments fort opposés envers les protestants d'Irlande : d'une part, sympathie vive et ardente pour des frères protestants; de l'autre, jalousie et rivaUté envers des concurrents d'industrie.

Divisés sur un point, l'Angleterre et les protestants d'Irlande étaient d'ailleurs étroitement unis sur l'autre : l'anéantissement de rirlande catholique avait été leur œuvre commune, et l'Angleterre était aussi intéressée qu'euxmêmes à ce qu'ils conservassent sur les cathoHques d'Irlande leur supériorité sociale et politique.

Dans cet état de choses, l'Angleterre pensa que, si elle prêtait main-forte aux protestants d'Irlande pour les aider à rester maîtres du terrain pris sur les catholiques, elle leur rendrait un office assez considérable pour être en droit de leur demander en retour quelque concession équivalente.

Il s'établit alors, comme par forme de transaction, entre l'Angleterre et les protestants d'Irlande, une sorte de con^ trat tacite qu'on pourrait réduire en ces termes :

« L'Angleterre aidera de toute sa puissance les protestants d'Irlande à opprimer les cathoHques de ce pays, et à main* tenir ceux-ci dans l'abaissement et la misère. A cet effet, elle mettra à leur service ses trésors, ses armées, son parlement; en retour de quoi les protestants humilieront l'Irlande devant l'Angleterre, et sacrifieront à celle-ci le commerce et l'industrie de l'Irlande. L'Angleterre dit à la faction protestante : Livrez-moi les intérêts généraux de votre pays, et je vous ferai régner sur la nation au milieu de laquelle vous vivez. Le protestant d'Irlande répond à l'Angleterre ; Je veux bien être votre esclave, pourvu que vous m'aidiez k être le tyran d' autrui. » \

Ainsi contentement donné aux protestants d'Irlande dans leur besoin le plus impérieux, qui était de rester sur le sol conquis, et pleine satisfaction pour l'Angleterre dans ses

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