PARTIE HISTORIQUE
deux passions les plus ardentes, la religion et l'amour des richesses.
Ce traité ne fut point sans doute rédigé par écrit ; mais, si ce ne sont point les termes exprès, c'en est l'esprit.
Il faut se rendre compte de cette situation mutuelle de l'Angleterre et des protestants d'Irlande pour comprendre les deux sortes d'oppression qui pesèrent sur les catholiques d'Irlande : l'une, que l'on peut appeler générale, et que les prolestants eurent à subir avec ceux-ci ; l'autre, spéciale, et qui portait exclusivement sur les catholiques ; la première frappant les intérêts de la nation entière au profit de l'Angleterre; la seconde atteignant seulement en Irlande la population cathoHque.
Voyons d'abord comment les protestants d'Irlande tiennent leurs engagements avec l'Angleterre.
Le premier sacrifice qui fut exigé d'eux fut de reconnaître la suprématie du parlement anglais sur le parlement d'Irlande. Dans d'autres temps, l'Angleterre avait prétendu imposera l'Irlande cette supériorité législative : la loi Poyning n'était pas autre chose que l'organisation de cette dépendance de l'Irlande vis-à-vis du gouvernement anglais ; mais, avant comme après la loi Poyning, le parlement irlandais, tout en se soumettant à l'empire d'une force majeure, avait toujours protesté contre elle et revendiqué son indépendance nationale. Aujourd'hui ce parlement abandonnait toutes ses prérogatives ; l'Angleterre le déclarait en état de sujétion absolue, et il gardait le silence.
Le parlement irlandais se trouvait donc au service de l'Angleterre, comme le parlement anglais lui-même. Ce que celui-ci décrétait était directement obligatoire pour l'Irlande ; si l'Angleterre voulait que les actes de son parlement fussent ratifiés par le parlement irlandais, ce dernier accordait aussitôt l'approbation demandée; et si quelque acte originaire de ce parlement ne plaisait pas à l'Angleterre, il était comme non avenu. Ainsi le parlement anglais pouvait
imposer à l'Irlande toutes sortes de lois sans le concours de la législature irlandaises et celle-ci n'en pouvait faire aucune pour l'Irlande elle-même sans l'approbation expresse ou tacite du parlement d'Angleterre. Réduit à cette situa tion passive, le parlement d'Irlande répondait parfaitemeni à son objet ; c'était un agent excellent pour consentir touî les actes d'oppression qui lui seraient demandés en exécution du traité. S'agissait-il d'une question agitée entre les protestants et les catholiques d'Irlande, il était laissé souverain dans cette sphère restreinte, et pouvait ruiner, persécuter, écraser ses ennemis, sans que l'Angleterre lu contestât sa puissance. Mais, dès que la question se posail entre l'Angleterre et l'Irlande, le parlement irlandais s'inclinait aussitôt devant celui d'Angleterre, et attendait la lo: sans aspirer à la faire.
Je ne citerai qu'un exemple de ce despotisme législatii imposé par le parlement anglais et accepté par la législa^ ture d'Irlande.
Il y avait dans ce f^ays, à la fin du xvii'^ siècle, une industrie parvenue à un haut point de prospérité, et qui était, notamment pour toutes les provinces du sud, la principale ressource de richesse et de bien-être : c'étaient les manu factures d'étoffes de laine. Elles avaient sur l'état du pays une double influence. Pour produire la laine, il fallait de nombreux troupeaux, qui demandaient eux-mêmes pour se nourrir de vastes pâturages : c'était le bénéfice du propriétaire foncier; et les ateliers où se fabriquaient les tissus de laine appelaient la main d'œuvre : c'était le profit de l'ouvrier. Cependant, comme la supériorité de ces manufactures sur celles de l'Angleterre nuisait aux fabricants anglais , le parlement d'Angleterre décida qu'elles seraieni anéanties; cette résolution, qui contenait la ruine de l'Irlande, fut transmise au parlement irlandais, qui l'accepta*.
* Excepté la loi des subsides.
* "Voir la déclaration des lords anglais du 9 juin 1698 ; la réponse