PARTIE HISTORIQUE
but n'avaient point réussi ; on était las des rébellions de l'Irlande et de leur répression ; on essaya une autre influence, celle des lois pénales. Voyons comment les gouvernants anglais procédèrent dans cette voie, et suivons-les dans toutes les phases de leur entreprise.
Il faut ruiner en Irlande le culte national! Arracher à tout un peuple sa religion ; voilà, remarquez-le bien, une entreprise funeste. A la vérité, on veut accompHr cette destruction sans révolter le peuple irlandais ; mais qu'importe qu'on veuille persécuter par le fer ou par les lois ? C'est toujours une tyrannie que l'on tente , et de toutes les tyrannies la plus dépravante ; car c'est celle qui se prend le plus profondément à l'âme.
Et d'abord on veut persécuter sans révolter, c'est-à-dire pratiquer la même oppression sans provoquer les mêmes résistances ; mais c'est un problème difficile. Comment s'y prend-on pour le résoudre? Une loi existait, depuis la réformotion, qui interdisait absolument l'exercice du culte catholique*; on n'abolit pas cette loi, mais on en suspend l'application.
Une autre loi de la même époque prescrivait, sous de certaines peines, à tous les catholiques la pratique du culte protestant ; on laisse aussi subsister cette loi, que cependant on cesse d'exécuter ^.
Ainsi le catholique d'Irlande, qui a prouvé que nulle violence, quelque cruelle qu'elle fût, ne saurait lui arracher
* Gabbets Digest. 5 et 6. Edward, 6. — Six mois d'emprisonnement; en cas de récidive, un an; et, pour la troisième fois, détention perpétuelle contre quiconque prolesse un autre culte que le culte anglican (1555).
2 1558. Elisabeth, c. II, sect. xiv. Amende de 20 liv. st. par mois contre quiconque ne pratique pas le culte anglican : si on s'abstient pendant un an, nécessité de fournir caution de 200 liv. st. — En cas d'obstination à ne point se conlbnner au culte protestant, bannissement du royaume. Ces lois, faites pour l'Angleterre, ne furent, du reste, jamais complètement exécutées en Irlande.
sa foi religieuse, aura toujours son église et son prêtre, 0U5 du moins il peut croire désormais qu'on ne veut lui enle-; verni l'un ni l'autre. ;
Mais, en même temps que la pratique du culte catholiquei et la présence du prêlre sont tolérées en Irlande, au moins i tacitement, une loi est rendue qui bannit à perpétuité du royaume d'Irlande tous les évêques, archevêques ou supé-! rieurs ecclésiastiques quelconques, ayant pouvoir de conférer les ordres religieux^ ; c'était, en d'autres termes, dire) que le culte catholique cesserait, en Irlande, avec la géné-| ration des prêtres actuellement existants. 1
Ce bannissement était sans doute une grande rigueur;, mais, si Ton eût laissé en Irlande des évêques catholiques,] c'eût été y conserverie principe du culte que l'on voulait: abolir. Il fut donc décidé que ceux qui, le l*"" mai 1698,; n'auraient pas quitté le territoire seraient mis en prison,! et y demeureraient jusqu'au jour où on les embarquerait] pour les îles ou pour tout autre Heu de déportation^. ,
Mais que ferait-on s'ils revenaient en Irlande du lieu de l leur exil? Le cas fut prévu, et le fait seul de leur retour: dans la patrie fut puni de mort^ Des châtiments sévères: furent portés contre quiconque les aiderait à aborder dans' leur terre natale *, et contre tout Irlandais qui les recèlerait ^ dans sa demeure^; en même temps la loi promit une ré-i
* Ail popish regular clergy, jesuits, Friars and Bishops or others! exercising ecclesiastical juridiction, to départ before 1»» mai 1698. or' Gaol till transported. — (1698.) V, 9, WiU. III, c. i, vol. III, p. 559. •
— C'est-à-dire, voyez les statuts du parlement irlandais, passés sous, la neuvième année du règne de Guillaume III. cli. i, vol. III, p. 559.1
— Collection en dix-huit volumes. Dublin, 1779. L'auteur a copié tex-j tuellement les citations qu'il fait dans cette collection. i
2 ibid. :
^ Returning, hightreason. Ibid. 1
* Penaltiesonharbnuring them : first offence, 20 liv. st.; second of-, fence, 40 liv. st.;tiiird offence, lands (or life (1704). 2 Anne, c. 5. 1
5 Concealing tliem. First oifence, 20 liv. st. ; second offence, 40 liv. < st. ; third offence, lands for life and Goods. ~ Ibid., § 5. 1