PARTIE HISTORIQUE
mira souvent de son sort, et manquera plus d'une fois de courage pour le supporter ; elle fonde donc quelque espoir sur la faiblesse du prêtre, et, après lui avoir fait une condition dure, elle lui ouvre une voie de salut. Qu'il se fasse protestant, et non-seulement la loi cessera de lui être sévère, mais encore elle deviendra généreuse envers lui. L'État lui fera une pension annuelle de vingt livres sterling (cinq cents francs) ^ ; et comme on voit, peu efficace cette prime offerte à l'apostasie, on l'augmente bientôt; tour à tour on l'élève à trente ^, puis à quarante livres sterling (mille francs)*.
On voit, par ce qui précède, en quoi consiste la liberté du prêtre irlandais ; examinons maintenant la condition religieuse de tous les catholiques d'Irlande.
A la vérité, on n'exécute plus contre ceux-ci la loi de conformité qui les obligeait, sous des peines rigoureuses, d'assister tous les dimanches à l'office anglican ; mais cette loi existe toujours : et quelle garantie ont-ils qu'elle ne sera pas remise en vigueur? Il n'y a point de pire tyrannie que celle qui sommeille et dans le repos de laquelle on s'endort.
Il est vrai aussi qu'on les laisse désormais assister aux exercices de leur culte; mais voyez à quelle condition.
Tout catholique peut être, à chaque instant du jour, mandé par un juge de paix pour avoir à rendre compte du jour, du lieu et de l'heure auxquels il a entendu la messe, du prêtre qui l'a célébrée, des personnes qui y étaient présentes*; mais le catholique appelé ainsi devant le magistrat
* Convert priest taking the oaths and déclaration to hâve 20 liv. st. during résidence in the countv. —r 2 Anne, c. vu, § 2, t. IV, p. 32.
2 8 Anne, ch. m, § 18, t. W, p. 199. — 50 liv. st. ^ The provision for convert priests increased to 40 liv. st. — H, 12, George III, ch. xxvii, t. X, p. 279.
* 2 justices may summon any papist of 16 years to appear in 3 days, not above 5 miles; on not appearing, or refusing to lesliiy where and when heheard mass, and by whom celebrated and who présent... He shall be imprisonned 12 months unless paying not above 20 liv. st.» to Ihe poor. — 8 Anne, c. m, § 21, t. IV, p. 200 (1710).
iOe PREMIÈRE PARTIE.
ne craindra-t-il pas de compromettre par ses déclarations^ la pratique du culte qui lui est cher, le sort du prêtre et de^ tous les fidèles dont on lui demande de révéler les noms?' Il faudra cependant qu'il s'explique sur tous ces points,lj sinon il payera vingt livres sterling d'amende (cinq centsi francs), et, faute de payer cette somme, il subira un empri-' sonnement d'une année. j
En même temps que la loi dépouille la célébration du/1 culte catholique de toutes ses pompes extérieures, elle in-j^ terdit tout ce qui, dans les mœurs religieuses des Irlandais,*^ parle à leur cœur et à leur imagination. C'était, en Irlande, ;| une vieille coutume d'aller, à de certaines époques, visiter' en pèlerinage, soit une île bénie par saint Patrick, soit| quelque puits consacré. Tantôt le peuple allait prier devantj une certaine image de la Vierge, tantôt il allait s'agenouiller ; devant une croix. Les images furent détruites, les croix' abattues, les pèlerinages interdits sous peine du fouet ^ i
L'Irlandais possède la liberté strictement nécessaire pour* demeurer catholique, mais il souffre constamment de l'être; v on ne lui arrache pas son culte, mais il ne peut le professera sans rencontrer mille froissements, et c'est ce que veut la loi. La loi veut qu'il souffre incessamment de garder sa ren ligion et de n'en pas adopter une autre; et cette souffrance, il ne l'éprouvera pas seulement dans la vie religieuse, il la< sentira partout dans la vie civile et politique. La loi met en| effet moins de réserve à frapper dans l'Irlandais le citoyen^ que le cathoHque, parce que les coups portés au premier, \ tout en l'atteignant dans ses intérêts les plus chers, irritent moins que dans le second les passions dont elle redoute^ l'effervescence. Et c'est ici que se montre sous son véritable^ jour le système légal de corruption, substitué, dans le gou-i vernement de l'Irlande, au régime de violence brutale qui,
* Pilgrinagcs and meetings at wells deemed riots; magistrates to.j destroy ail crosses, piclures, publickly set up, and occasipning suchv^ superstitions. — 2 Anne, c. vi, § 26 et 27, t. IV, p. 29 (1704). j