PARTIE îirSTORIQUE
coupables sont le plus souvent inconnus ou insolvables, il importe d'offrir aux victimes de ces violences une réparation qui ne pèse pas sur les protestants. En conséquence, la loi déclare qu'en pareil cas une indemnité sera donnée aux intéressés par le moyen d'une taxe levée sur les catholiques du comtés
Ainsi, la propriété du catholique sera sans cesse chargée des taxes les plus iniques et les plus arbitraires. Il sera imposé pour les besoins de l'État, par un parlement protestant; pour les besoins du comté, par un conseil protestant (le grand jury) ; pour les besoins de la paroisse, par une^ assemblée protestante (le vestry) ; pour les besoins de la ville, par un corps protestant (la corporation). De quelle sécurité pourra-t-il jouir au milieu de tant d'atteintes et de menaces?
Et, en supposant qu'elle ne soit point attaquée par les lois, la propriété des calhohques sera-t-elle protégée par les magistrats qui les appliquent? Il est bien difficile de le penser, lorsque l'on considère que le catholique qui paraît en justice, soit pour intenter une action, soit pour se défendre, est obligé d'employer un avoué protestant, de se servird'un avocat protestant, de plaider devant un juge protestant et devant un jury protestant. Il peut, sans doute, espérer quelque justice, lorsque son adversaire est un cathohque comme lui ; mais quelle chance de succès aura-t-il si son antagoniste est un protestant?
Quel sera donc, pour le catholique engagé dans les pénibles travaux du commerce et de l'industrie, l'aiguillon qui le poussera sans cesse et entretiendra son ardeur? 11 n'aura, quels que soient ses efforts, ni la chance de se créer une fortune solide, ni une fortune brillante. Tout lui sera obstacle pour grandir, et, s'il s'élève, ce sera
* Presentment on popish inhabitants of the county, to reimburse robberies, by privateers, etc., George II, ch. vi, §5.
pour être sujet aux abaissements les plus humiliants;^ non-seulement il n'usera point librement de sa pro- 1 priété, mais encore celle-ci sera sans cesse caduque entre ^ ses mains, tantôt menacée par la loi, tantôt mal défendue ' par le juge. Et la loi ne se borne pas à l'empêcher de * s'enrichir, elle travaille encore à le dépouiller de ce qu'il' possède. I
C'est ainsi qu'elle étabht que les règles prescrites en général pour la conservation des propriétés, dans les familles | protestantes, n'existeront point les mêmes en faveur des' .cathoUques. Ainsi, comme c'était et comme c'est etj-' core aujourd'hui en Angleterre un axiome politique que ' le partagé égal des successions sape dans sa base la propriété foncière, et que le droit de primogéniture peuti seul la conserver, on décida que les successions des cathohques se partageraient également ^ Singulier égarement de la persécution ! on soumet les catholiques d'ir^ lande à une loi juste, dans l'idée qu'on pratique envers! eux une injustice. Cette loi doit cependant atteindre lei but de ses auteurs; car elle fractionnera à l'infini le peu dei terres restant en la possession des catholiques, pour les-j quels le sol trop divisé ne suffira plus, et qui, à raison dej leur condition sociale, n'auront aucun autre moyen d'exis-^ tence. j
Ainsi, obstacle d'une part à ce que le catholique acquiérel et s'enrichisse; de l'autre, certitude que celui qui possèdej une propriété la perdra dans un temps donné. -
Ce n'est point dans de pareilles conditions que l'homme' peut se montrer actif, entreprenant, constant dans ses efforts , ferme dans ses épreuves , et qu'avec les qualités né-; cessaires au commerce et au travail il en possède les pas-i sions. ■
* Inheritanceofpapistshall descend in Gavel-Kind. 2 Ann., ch. § 10 (1703).