‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 83 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

!ie sorte; il n'organisait point de système général sur des -les solennellement établies, parce que ce n'est point sa nière de procéder ainsi. Mais il était animé contre les holiques d'une haine violente, d'autant plus solide elle était appuyée sur des intérêts; infotigable à le conller, parce qu'elle était toujours écoutée avec faveur; gale dans ses mouvements, mais toujours agissante ; et te haine, qui régnait despotiquement sur son âme, n'a pas ;sé durant soixante années d'inspirer toutes ses actions, [l y a dans les œuvres d'une grande passion une logique nstinct qui se retrouverait difficilement dans les combisons les plus régulières de la raison et du génie.

La persécution légale ne se renferme point dans la loi.

Ce serait une grande erreur de croire que les persécuns dont les catholiques étaient l'objet se bornaient à lès qui étaient prescrites ou autorisées par les lois. 3n est enchn à penser que le cathohque, qui, en vertu de ; lois, est banni de la société politique, éloigné des prosions civiles, privé même de la plupart de ses droits de lille, souffre assez de ces exclusions légales pour qu'on it pas l'idée de chercher en dehors des lois un moyen ggraver son sort; et l'on croit naturellement que, frappé tant d'interdictions, il aura du moins la pleine et hbre lissance du petit nombre de droits dont on ne l'a pas Douille. Ces droits sont de jouir avec sécurité du peu qui appartient; de ne pouvoir être attaqué, dans ses biens dans sa personne, si ce n'est conformément aux lois; voir le libre accès de la justice pour se plaindre et se endre, de trouver un tribunal équitable, un juge indéidant et un jury impartial, etc.

Cependant qui ne verra, en y réfléchissant un peu, que catholique d'Irlande était trop écrasé par toutes les lois persécution pour respirer librement le peu d'air que ces

lois paraissaient lui laisser? A défaut de lois tyranniqueâl l'opinion publique l'opprimait encore. '■

En 1771, le vice-roi d'Ii lande était sur le point de fai grâce à un catholique injustement condamné, mais, voyai à quel point cet acte de clémence ou plutôt de justice sera impopulaire : « Je vois, dit-il, qu'on veut absolument i mort; qu'il meure donc tout de suite, » et l'ordre de se exécution fut expédié *.

Et comment les protestants, exécuteurs quotidiens ( lois iniques contre les catholiques, s'en seraient-ils teni rigoureusement à l'injustice légale, et ne l'eussent-ils pi dépassée envers ceux qu'ils persécutaient par conscienc et qui étaient eux-mêmes trop affaiblis et trop abattus p; l'oppression permise pour résister à la tyrannie usurpé(

On peut dire avec certitude que toute constitution poi tique, qui, en conférant un pouvoir exorbitant aux goi vernants, ne donne pas aux gouvernés des moyens de rési tance analogues, organise une tyrannie qui, outre sa mesiii légale et fixe, a une portée extra-légale qu'il est impossib de déterminer.

Aucune loi sans doute ne conférait aux grands propri taires d'Irlande le droit de posséder dans leurs châteai des prisons et d'y renfermer, sous leur bon plaisir, les gei de la classe inférieure; nulle loi ne leur attribuait le pouvo de mener à coups de fouet ou à coups de bâton leurs d mestiques ou leurs ouvriers. Il est cependant contant q( de pareils abus d'autorité étaient famihers à l'aristocrat d'Irlande ^

* Plowden, t. î, 414.

- It lias not been unusual for great landed proprietors to liavc r gular prisons in tlieir houses ibr Ihe summary punishment of the low orders. Indictments prelerred against gentlemen for similar exercise power beijond law are always tlirown eut. hy the grand juries. To hor Avliip or beat a servant or labourer is a fretpient mode of correction. • V. Inquiry into llie causes of popular discontents in Ireland by an Iri country gentleman, p. 20.— Y. G. Lewis, Irish Disturbances, p. 53.

PARTIEHI&T^RIQUE. 131

En 1718, 011 représenta sur le Théâtre-Royal de Dublin me comédie intitulée le Non juror (le récusant papiste), et [ont le prologue contient les quatre vers suivants :

(1 Ne craignez rien ce soir, tories et whigs, et n'espérez •as de rire aux dépens les uns des autres ;

« Nous comptons jouer ici le Vieux Satan et le Pape, qui l'ont sans doute ici ni parents ni amis ^ »

Nulle loi sans doute n'interdisait aux Irlandais les plaisirs lu théâtre, mais c'était un droit dont ils ne pouvaient alors iser sans se voir, eux et leur religion, livrés à la risée pudique.

Abandonner quelques droits à ceux que l'on a privés de eurs droits essentiels, c'est un semblant d'indulgence qui l'a point de valeur; le défaut des uns rend les autres nuls, t le pouvoir est trop fort par tout ce qu'il a pris pour ne )as rendre illusoire, quand il veut, ce qu'il a laissé.

Tous les rapports des hommes entre eux ne sont pas railleurs écrits dans les lois : ce qui est de sympathie 'chappe à la régie. Et comment s'étonner si un propriétaire )rolestant est un maître impitoyable et dur envers ses ermiers catholiques? S'il abuse, qui l'arrêtera dans ses ixcès? S'il exige au delà de ce qui lui est dû, qui le modéera dans ses exactions?

Il faut donc pour juger la condition des catholiques l'Irlande tenir compte, non- seulement des peines infligées )ar le juge, mais encore de toutes les injures auxquelles est ujet, par ses mœurs, le faible en contact avec l'arbitraire lu plus fort. Celui qui douterait que tel ait été le cours des ;hoses en Irlande, n'a qu'à hre ce qu'en dit Arthur Young, (ui parcourait l'Irlande en i778, et quij quoique Anglais et

» To night ye whigs and tories, both be safe. nor liope, at one anolier's cosl to laugh ; — \\é meau to sousc old satan and the pope; — bey, ve no relations liere, nor friends "vve hope... Miscellaneous racts. Vol. XXIX, Irisli office.

protestant, jugea ce pays avec une impartialité peu commune chez ses compatriotes :

« En Irlande, dit-il, le propriétaire d'un domaine occupé par des tenanciers catholiques est une espèce de despote, qui, dans tous ses rapports avec eux, ne reconnaît d'autre règle que celle de son bon plaisir.... Il ne saurait guère imaginer d'ordre que ses domestiques ou les cultivateurs dans sa dépendance osassent ne pas exécuter. Rien ne le satisfait qu'une soumission sans limites. 11 peut, avec la plus parfaite sécurité, punir de la canne ou du fouet toute insulte et tout manque de respect envers sa personne. Le pauvre malheureux qui ferait signe de vouloir se défendre serait sur-lechamp terrassé et broyé de coups. Assommer un homme est chose dont on parle en Irlande d'une manière qui confond toutes les idées d'un Anglais. Des gens considérables du pays m'ont assuré que beaucoup de leurs tenanciers se croiraient fort honorés si leur maître daignait recevoir dans son lit leurs femmes et leurs filles : signe certain de la corruption d'une longue servitude. Bien plus, j'ai ouï parler de personnes à qui on a ôté la vie sans avoir à craindre l'examen d'un jury. (Ju'on ne croie pas que de pareils faits soient fréquents ; jadis on en voyait tous les jours de semblables, mais la loi reprend quelque empire. Il n'est pas de \oyageur si indifférent qui, passant sur les routes d'Irlande, n'ait vu parfois les valets d'un gentleman pousser violemment dans le fossé toute une file de charrettes appartenant à de pauvres paysans, pour faire place au carrosse de leur maître; peu importe que les voitures versent ou se brisent, le mai est souffert en silence ; si les victimes élevaient la voix pour se plaindre, on leur répondrait par quelques coups de fouet... Si un pauvre s'adressait à un magistrat pour avoir justice contre un gentleman, sa plainte serait regardée comme une sorte d'outrage envers celui-ci, qui serait bien vite mis hors de cause. La vérité est que tout pauvre qui a une querelle avec un riche devrait... Je m'arrête, car j'allais dire une

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