‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 84 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE. i · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE. i

absurdité. Ce pauvre sait trop bien sa condition pour penser à demander justice ; il n'y a qu'un seul cas où il puisse l'obtenir : c'est quand un riche prend fait et cause pour lui contre un autre riche ; alors son patron le protège comme il défendrait le mouton dont il compte faire son repas*. » Dans tous les actes d'oppression rapportés par Young, il n'y en a pas un seul qui soit légal, et qui cependant ne soit une conséquence naturelle des lois.

Quelle cause ont eue les persécutions quand la passion religieuse a cessé de les inspirer.

On a vu les persécutions d'Irlande découler de deux causes principales, de la passion rehgieuse et de l'intérêt.

Pendant longtemps ces deux influences sont tellement mêlées l'une à l'autre, qu elles se confondent, et qu'on ne saurait distinguer l'action particulière de chacune d'elles; on ne sait, quand une violence est exercée contre les catholiques, si c'est un intérêt général qui la prescrit, ou si elle est commandée par la voix secrète de quelque intérêt privé. Un prêtre cathoHque se montre-t-il en Irlande avec les insignes de son ordre, on crie : A bas le papisme! (No popery!)

Une voix indépendante s'éléve-t-elle pour réclamer en faveur des catholiques le droit d'acquérir des propriétés, on jcrie de même : No popery! point de papisme^ ! Ces deux iclameurs sont les mêmes ; cependant procèdent-elles de la Itnême cause?

i Vers le milieu du xyiii" siècle, on ne pouvait plus guère, ?n Angleterre, craindre l'Irlande comme auxiliaire du parti

* Arthur Young. t. I, 81.

' Ouaiul on demandait, dans l'intérêt du pays et des pauvres liabi- .ants, que les immenses marais qui couvrent llrlande fussent desséchés, et qu'on tentât de les livrer à la culture, le parti protestant s'y jpposait, sur le prétexte que ce serait un encouragement au papisme. /. Plowden, t. I, 416.

dant, l'annonce d'un débarquement français ou espagnol sur les côtes d'Irlande, suffisaient pour raviver la persécution ; on voyait alors le culte des catholiques interdit de nouveau avec la plus grande sévérité, les églises fermées, les prêtres bannis, les religieux proscrits et les couvents démolis.

C'est un fait assez remarquable que, dans un pays où les persécutions avaient un principe et un but religieux, la seule qui se ralentît de temps à autre était celle qui s'adressait au culte ; c'est que l'objet religieux des persécutions était perdu de vue, tandis que les avantages matériels qu'en retiraient les protestants ne cessaient pas d'être présents et vivement sentis.

En général, la persécution contre le culte, la guerre au catholicisme même se faisait par l'inspiration de l'Angleterre ; celle qui s'en prenait à la personne et aux biens des catholiques était l'œuvre spontanée des protestants étabhs en Irlande ; la première venant surtout de la passion ; la seconde, de l'intérêt.

L'instinct du protestant était de n'emprunter aux lois pénales que les dispositions qui lui assuraient le monopole des biens sociaux et politiques ; mais de temps en temps il recevait un ordre du gouvernement anglais qui lui prescrivait l'exécution littérale de toutes les lois contre les papistes ; telle fut l'injonction qu'çnvoya l'Angleterre à l'Irlande en 1715, lors de la rébelHon écossaise en faveur d'un Stuart; c'est ainsi qu'en 1751 l'Irlande vit renaître tout le zèle de la persécution contre le culte catholique, à la suite d'une discussion parlementaire qui avait eu heu dans la Chambre des lords d'Angleterre, et où il avait été déclaré solennellement que Vinsolence des papistes dans le royaume était grande^.

* Hardiman, History of Gahvay, 475. — Une enquête parlementaire constatait qu'il y avait, outre les chapelles particulières et secrètes,

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