‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 85 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

A partir de cette dernière époque, l'Angleterre laissa les protestants d'Irlande à leurs propres mouvements, et ce fut alors que les catholiques furent bien plus attaqués dans leur vie sociale que dans leur religion.

A ce sujet, Arthur Young dit avec une grande raison :

(( Les lois ne paraissent pas autant dirigées contre la religion que contre les biens des catholiques. Par la loi, un prêtre doit être déporté et pendu pour dire la messe, mais on la lui laisse dire très-facilement avec impunité. Que le même prêtre, toutefois, fasse fortune au moyen de ses messes, dès ce moment, il est un objet de persécution. ))

La tolérance rehgieuse n'était pourtant point proclamée : les peines contre la célébration, du culte demeuraient inscrites dans les lois ; les uns, rassurés par l'inaction des persécuteurs, pratiquaient leur culte sans mystère ; d'autres, craignant le retour des maux qu'ils avaient soufferts, s'environnaient de secret : et on voit, en 1743, du temps que lord Chersterfield ^tait vice-roi, une maison particuhère s'écroul'er sous le poids d'une multitude de pauvres catholiques qui s'y étaient clandestinement assemblés pour y entendre la messe, et dont neuf d'entre eux périrent avec le prêtre lui-même au milieu des ruines de l'édifice *. Lord Chersterfield, ému d'une aussi lamentable catastrophe, ordonna qu'on ne troublât point les cathohques dans l'exercice public de leur rehgion.

D'autres jugent avec une grande indulgence les persécutions exercées contre les catholiques irlandais, en raison de celles dont on leur faisait grâce ; pour moi, cette considération ne m'a jamais touché. Alors même qu'on ne persécutait pas, on pouvait toujours persécuter. Or, le pouvoir légal d'infliger une peine est la peine même pour celui

liuit cent quatre-vingt-douze maisons consacrées publiquement au culte catholique. Wyse, Catholic association, 1. 1, 118. » Plowden, t. I, 296. — Encvclop. britann, 381.

qui en est menacé. Je plains profondément celui qui se croit libre parce qu'il n'est pas en prison, quand une loi existe qui permet de l'emprisonner. A ce prix, il n'y aurait pas d'esclave qui n'eût ses heures de liberté ; et pourtant, alors même qu'on a délié ses pieds et ses mains et qu'on le laisse tranquille pour qu'il se repose, l'esclave ne cesse pas un seul moment d'être en état de servitude.

Bien loin d'admettre que le sommeil des mauvaises lois permette quelque bonheur aux peuples, je dis, au contraire, que les mauvaises lois ne sont jamais plus pernicieuses que quand elles dorment. Il n'est point de pire tyrannie que celle qui s'adoucit pour se rendre supportable. Un gouvernement, créé pour l'oppression et qui n'opprime pas, est en quelque sorte irrégulier et menteur, et c'est un vice de plus que je lui reproche. Si les lois pénales portées contre le culte des cathohques, eussent été aussi fidèlement exécutées que celles qui avaient la spoliation pour objet, elles eussent révolté les Irlandais, qui, en reprenant leur rehgion, eussent reconquis leurs autres droits; mais c'est un des arts les plus dangereux de la tyrannie de choisir, parmi ses instruments, ceux qui dépouillent sans blesser.

On ne devrait jamais oubher que le fait, tout grave qu'il est, importe bien moins que le droit, car le fait n'a point de lendemain. Celui qui est indifférent au droit, parce qu'il est en possession du fait, ressemble singuhèrement à l'ani mal domestique qui, lorsqu'on le lâche, se croit hbre fel montre un étonnementstupide quand son maître le remets la chaîne.

Lorsque, sous l'empire de lois justes, on me charge de fers, je me sens protégé dans ma liberté par l'acte même qui m'en prive ; car la loi qui me jette dans une prison fixe le jour où j'en sortirai, et cette loi punit quiconque, illégalement, attenterait à ma personne. Mais qu'est-ce qu'une liberté dont je ne jouis que parce qu'il plaît au tyran de ne

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