PARTIE HISTORIQUE
pas me la ravir? L'homme qui s'endort libre sur la foi d'un autre homme mérite de se réveiller esclave.
Us whiteboys.
La persécution religieuse s'était tempérée de manière à se rendre supportable ; en cela, les auteurs des lois pénales atteignirent leur but; mais l'oppression sociale dont ces lois contenaient la source devint trop lourde pour être soufferte en silence; et un jour, lasse du fardeau, la population irlandaise s'agita pour le secouer.
La révolte ne fut point générale, ni fondée sur un plan commun à tous ceux qui subissaient les mêmes souffrances; elle se composa de mouvements partiels successifs, dépourvus d'ensemble et de liaison ; elle fut absolument inintelligente, telle qu'on devait l'attendre d'une population tenue dans de profondes ténèbres.
La révolte se manifesta par les actes de la plus atroce et de la plus révoltante barbarie ; elle fut telle qu'on pouvait l'attendre d'une population avilie par la misère et dégradée parla servitude.
Ce fut vers l'an 1760 qu'éclatèrent les premières insurrections des whiteboys (les enfants blancs; ou niveleurs, ainsi appelés parce qu'ils portaient 'des chemises blanches par-dessus leurs habits, en signe de reconnaissance, et parce que l'un de leurs principaux objets était la destruction et le nivellement des barrières placées à l'entour des terres nouvellement encloses ^ Les whiteboys étaient poussés à la révolte par beaucoup de causes, dont les plus considérables étaient : 1° le taux exorbitant des fermages exigés de la population agricole par les propriétaires ; 2° les exactions du clergé protestant, auquel la population catholique était tenue de payer la dîme.
^ G. Lewis, Irish Disturbançes, 4.
Voici comment Arthur Young décrit les violences auxquelles les whiteboys avaient coutume de se livrer :
« Us ont l'habitude deparcourir le pays réunis par bandes, font prêter serment aux habitants des campagnes de ne jamais les trahir, et les contraignent à ce serment au moyen de menaces souvent mises à exécution; ils se constituent les redresseurs de tous les torts, infligent des châtiments à tous ceux qui spéculent sur le prix des terres, ou qui surenchérissent sur le loyer des fermes, et, prenant en main l'administration de la justice, ils en font une singulière distribution; ils forcent les maîtres à ^relâcher leurs apprentis, enlèvent les filles des riches fermiers , et mettent celles-ci dans l'obligation de les épouser; on cite quatre exemples de cette nature arrivés dans le cours d'une quinzaine. Us lèvent des taxes sur les petits fermiers et sur ceux de moyenne condition, afin d'avoir un fonds pour soutenir leur cause, pour payer des avocats dans les procès criminels dont ils sont l'objet; quelquefois, à l'aide de ces contributions, plusieurs d'entre eux vivent des années sans travail ; quelquefois ils s'introduisent avec violence dans les habitations et y commettent des vols considérables, sous prétexte d'injustice à réparera Au milieu de ces excès, il leur arrive souvent de brûler les habitations et de détruire tout le mobilier de leurs ennemis. Les actes de barbarie qu'ils commettent sont révoltants ; un de leurs châtiments favoris, et qu'ils pratiquent au miHeu de l'hiver, consiste à arracher de son lit l'individu désigné à leur vengeance, à lui faire faire tout nu une longue course à cheval, après
* Les whiteboys -volent rarement ; souvent ils prennent des armes, non pour eux, mais pour leur parti. Exemples de plusieurs qui, dans leurs expéditions, trouvent de l'argent sous leur main, et ne le prennent pas. G. Lewis, Irish Disturbances, '212. —Ils ne prennent de l'argent que comme moyen de défense de leurs compagnons poursuivis en justice. Ibid., p, 275. — Ils ont, à cet effet, des collecteurs, des percepteurs, un trésorier, une caisse. Ibid., p. 276-278.