‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 87 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE. Iil · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE. Iil

quoi ils l'enterrent jusqu'au menton dans un trou creusé perpendiculairement et garni de bruyères, où ils le laissent, non sans lui avoir coupé une oreille, châtiment cruel, et qui, cependant, n'est pas le plus inhumain de ceux qui sont à leur usage * ! »

Il ne saurait exister, sans doute, d'association complète entre des hommes grossiers et incultes; car rien ne sépare plus les hommes que l'ignorance : cependant les whiteboys s'efforcèrent d'établir dans toute l'Irlande une vaste confédération fondée sur un certain nombre de sentiments et besoins communs-.

Cette confédération, qui a depuis servi de base à toutes les autres associations de même nature formées sous des noms divers^, a eu, dès l'origine, deux caractères essentiels :

Premièrement, tous ses membres s'obligent, sous peine de mort, à garder le secret de tout ce qui se passe dans son sein ;

En second lieu (et c'est là son trait capital"), chaque membre de la société s'engage à faire tout ce que la société lui commandera* ; formidable engagement qui met celui qui le contracte à la merci d'une volonté étrangère, le dépouille de son libre arbitre, le soumet à des lois qu'il ne connaît pas, et dont l'exécution qu'il a jurée aveuglément peut le conduire à tout, même au crime !

Aussitôt que les whiteboys se sont unis entre eux par les liens secrets d'un redoutable serment et d'une obéissance mutuelle, leur premier procédé est d'agir par la terreur.

* Younl^'s Travels, t. ï, 82, édition in-8 de 1780.

^ Wliiteboysm is a permanent association... G. Lewis, Irish Disturjances, p. 124.

3 Telle que les Riglit-Boys en 1785; Peep of day Boys en 1772: 5leel-Boys, Oak Boys en 1764; en 1806, Thrashers, Terry-Alts, Whileect et Blackfeet.

* G. Lewis, Irish Disturbances, p. 164.

Ils proclament donc leur loi, et en annoncent la sanction, Malheur à celui qui fera telle chose interdite! malheur à celui qui ne fera pas telle autre chose voulue par eux! Ce commandement est d'ordinaire donné sur une affiche, soil imprimée, soit manuscrite, et qui se voit placardée à h porte de l'individu auquel il est adressé.

Un propriétaire exige-t-il de ses fermiers un fermage exagéré, il trouve quelque jour affiché à sa porte l'avertissement suivant :

« On vous fait savoir que nous ne supporterons pas plus longtemps l'injustice de payer un fermage double de ce qu'il devrait être... Celui qui ne tiendra pas compte de cet avis sera traité avec la plus grande sévérité ^ — Signé Terrys Mother. »

Des ouvriers sont-ils employés moyennant un salaire considéré comme trop bas, la société publie un décret qui en fixe le minimum.

(( A partir de ce jour, nul ouvrier ne travaillera (poui telle ou telle industrie) si ce n'est avec le salaire de 10 scheUings par semaine. Malheur à quiconque travaillera pour un moindre prix ! — Signé Terrij-Alt ^ »

On voit qu'ici la menace s'adresse plus à l'ouvrier qu: consent à travailler pour de faibles gages qu'au maître qui l'emploie.

De même, veut-on empêcher dans tout le pays le payement de la dîme, des affiches sont apposées partout en ces termes :

Point de dîmes !

Point de dîmes ! Point de dîmes !

Pesez bien la conséquence ; si vous payez la dîme, vous pouvez commander votre bière ; que vous restiez ou que

* ^r. Lewis, Irish Disturbances, 221 .

2 Ibid.

Page 1