‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 88 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE. î · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE. î

VOUS quittiez le pays, votre mort est assurée. — Si^nè Capitaine Rock K »

C'est dans celte forme que l'association des whiteboys promulgue ses décrets. Si un propriétaire menace son fermier de le renvoyer de sa ferme faute de payement; s'il annonce l'intention d'accroître le prix delà ferme-; s'il appelle dans le pays des ouvriers étrangers, dans tous cas, il encourt les peines portées par le code pénal des whiteboys, et reçoit l'avis du châtiment qui le menace.

L'intimidation produite par de tels procédés est extrême; cependant, lorsque la menace est impuissante, la vengeance a coutume de la suivre de près. Les peines les plus ordinairement employées par les whiteboys pour servir de sanction à leurs ordonnances sont :

1° La mort ; 2*^ les châtiments corporels dont on a vu plus haut quelques exemples^; 3" le rapt des jeunes filles qui ont une dot assurée, et qu'ils forcent au mariage en les déshonorant; 4" la destruction des propriétés. Tantôt ils brûlent les habitations, tantôt ils mutilent le bétail, coupent les oreilles des chevaux, bêchent des prairies entières*. Et cette exécution de leur code pénal, toute barbare qu'elle

* G. Lewis, Irisli Disturbances, 221.

" Voici un exemple d'avertissement de ce genre : — « Talie ndtice..; Tliat unless you grive iip your transgressing and violating and attemtingpersecuting poor objects or poor misérable tenants, remarlv tlie country is not deslitute of friends; or oïlierwise if you dô not give overyour foolishness or ignorance, you will be made au example in Vie- countrv tbat never ivas beheld. Captain Rock. » — Ibid., p. 101.

5 Ibid., 225, et aussi Carding. — Ibid., 107, 146 et 226.

* Ibid., 226.

est, s'accomplit avec une sorte de régularité. L'association désigne celui de ses membres qui infligera tel ou tel châtiment décrété par elle pour une infraction à ses lois; et le membre ainsi désigné obéit. On lui commande d'aller tuer à tel endroit, à dix, à vingt lieues de là, tel individu qui a mérité la mort ; et il se conforme aussitôt à cette instruction. Beaucoup, qui auraient horreur d'être assassins, n'hésitent point à être bourreaux.

La vengeance des whiteboys étant accoraphe, il en résulte une terreur générale qui prévient ce qu'ils veulent empêcher, et leur fait obtenir ce qu'ils désirent.

Cependant c'est l'instant où la société régulière, dont ils attaquent ouvertement les institutions, se montre armée contre eux de toute sa puissance, et travaille avec force à les plier au joug de ses lois.

Mais, ici encore, les whiteboys trouvent dans leur association de singuUères ressources pour combattre la justice de la société ; et nulle part leur puissance ne se montre plus formidable que dans leur résistance à l'autorité des magistrats ; car, s'ils ont un code pénal sévère pour mettre leurs lois en vigueur, ils en ont un bien plus terrible encore destiné à combattre les lois dont ils sont menacés eux-mêmes.

Le premier article de ce second code peut se réduire à ces termes :

« Quiconque portera témoignage en justice contre un whiteboy sera puni de mort K »

A peine une poursuite judiciaire est-elle commencée contre un whiteboy, que toute l'association est en émoi, et s'agite pour paralyser le cours des lois. Les plus terribles menaces sont placardées à la porte de quiconque peut être appelé comme témoin. La plainte est interdite aux victimes mêmes de l'attentat. Rien n'est donc plus difficile que de rassembler quelques éléments de conviction contre les- auteurs d'un crime de wliileboysme.

^ G. Lewis, Irish Disturbanccs, p. 250 et 265.

Page 1