PARTIE HISTORIQUE
Il arrive souvent qu'un ténnoin qui a eu l'imprudence de fiure une révélation au magislrdt est assassiné avant le jour où il doit confirmer sa déclaration devant la justice ^
Dans cet état de choses, les magistrats recourent à des moyens extraordinaires pour se procurer des éléments de conviction contre les coupables.
On encourage les plaintes en les payant ^. Le témoin qui -vient de déposer, ayant peur d'être assassiné, est placé en lieu de sûreté : ordinairement on le met dans la prison % où il reste jusqu'au jour des débats. Lorsque le procès est fini, on donne à ce témoin une garde de police*, qui le protège jusqu'au moment où il quitte le comté. Tout individu qui a figuré comme témoin à charge dans un pareil procès n'a de choix. qu'entre la mort et l'exil ^.
Quelques écrivains ont attribué à des causes politiques les insurrections des whiteboys et le fait même de leur association; leur existence se rattachait, disa't-on, à des intrigues de la France et du fils du prétendant Charles- Edouard. Il est aujourd'hui universellement reconnu que la cause de ces désordres était toute sociale et nullement politique ^ Le pauvre catholique d'Irlande, s'insurgeait non contre l'orangiste, mais contre le propriétaire, non contre le protestant, mais contre le riche; c'est la misère et non l'esprit de parti qui lui mettait les armes à la main.
L'expédition du Prétendant, qui a abouti à la défaite de Culloden, se passa en 1 745, et l'Irlande n'y prit aucune part. C'est en 1761 que les premiers mouvements des whiteboys ont éclaté. Il serait singulier que les Irlandais, qui ne s'é-
* G. Lewis, Irish Disturbances, p. '269.
2 Ibid., p. 271. — It is impossible to oblain information without paiement.
5 Ibid., 262.
* Ibid., 273.
^ Iliid., 265.
« Ibid., p. 14. — Ibid., p. 108
taient pas déclarés pour le descendant des Stuarls à l'instant où il faisait valoir ses droits, se fussent insurgés en sa faveur, vingt ans après, quand sa cause était perdue et oubliée; cette erreur est venue de ceux qui savaient le mieux la vérité : les hommes dont la misère irlandaise était l'ouvrage et qui en jouissaient, voyant de grands forfaits sorlir de leur oppression, s'efforcèrent d'assigner à ces crimes une autre source, et, en les faisant découler de l'esprit de parti, ils intéressaient en leur faveur toutes les passions politiques opposées ^ Ils atteignaient leur but sans beaucoup de peine : comme les rebelles étaient presque tous catholiques, et ceux contre lesquels on se révoltait protestants, ils disaient et l'on croyait que c'était une insurrection excitée par le fanatisme religieux, et l'on ne voyait pas que, dans un pays où tous les partisans de l'Église réformée étaient riches, et tous les catholiques pauvres, si des pauvres s'insurgeaient contre des riches, c'était nécessairement une rébellion de cathohques contre des protestants.
Sans doute il se pouvait trouver chez les whiteboys des passions politiques hostiles au gouvernement en même temps que des passions ennemies des riches. Mais ce n'étaient point les premières qui les dominaient ; elles se mêlaient peut-être dans leur âme aux sentiments haineux qui les poussaient à la rébellion ; mais elles n'étaient point le mobile de leurs complots. Il y a, du reste, deux faits qui prouvent mieux que tous les autres à quel point la passion politique était étrangère à ces insurrections :
Le premier, c'est que, lorsqu'il arrivait au clergé cathohque de se livrer à des exactions envers la population, les whiteboys les combattaient et prenaient contre leurs propres prêtres des mesures de répression non moins sévères que contre les ministres du culte anglican, et, de leur côté, les prêtres cathohques frappaient d'excommunication et d'ana-
* G. Lewis, Irisli Disturbaiices, p. 14.