RENAISSANCE ET AFFRANCHISSEMENT DE L IRLANDE
Pendant près de cent années l'Irlande catholique a été comme si elle n'existait pas. Les protestants établis en Irlande, minorité faible et presque imperceptible, se sont po-
est, sans contredit, un des plus curieux, en même temps que l'un des plus importants ouvrages qui aient jamais été publiés sur l'Irlande.
Note de la septième édition. — M. G. Lewis, dont l'ouvrag-e est si souvent cité dans le cours de ce livre, est aujourd'hui sir G. Cornwall Lewis, membre du parlement, qu'on a vu successivement ministre de l'intérieur, chancelier de l'échiquier, et qui est en ce moment ministre de la guerre.
* A war of the peasantry against the proprietors and occupiers of the land. — (G. Lewis, Irish Disturbances, p. 106.)
ses vis-à-vis de l'Angleterre comme composant la nation irlandaise; c'est à ce titre qu'ils traitent, qu'ils agissent au dedans el au dehors. Us disent qu'ils sont l'Irlande, et ils finissent par le croire : ils proclament légitime le pouvoir tyrannique qu'ils exercent, et ils sont peut-être de bonne foi. Assez forts pour se diviser entre eux, en présence de leur ennemi désarmé et abattu, ils finissent par oublier que cet ennemi est en possession d'une terrible puissance, celle du nombre; ils ne songent pas, le voyant endormi, qu'il peul se réveiller; pleins de confiance en eux-mêmes, ils le perdent de vue, et font comme si cet ennemi n'était point parmi eux; ils ne se souviennent plus de lui, et constituant en dehors de lui, de ses besoins, de ses mœurs, de tous ses intérêts, une société qui leur est propre, ils regardent cette société comme la seule existante, la seule réelle, la seule possible ; tout ce qui n'est point cette société n'est rien à leurs yeux; tout ce qui se passe hors de son sein leur paraît méprisable et indigne de leur attention.
11 y a au fond d'une pareille situation un vice capital et de grands périls. Car, tandis que, dans son égoïsme confiant, cette minorité ferme les yeux à l'entour d'elle, et se rephe tout entière sur elle-même, il se forme dans le lointain des orages qu'elle ne voit point; la majorité opprimée ourdit des trames de liberté, fait des rêves d'affranchissement, se relève peu à peu de sa dégradation ; elle travaille, elle s'enrichit, elle prend des forces, rappelle son courage évanoui, ramasse ses armes abandonnées, et se prépare pour le combat. La faction ne voit rien de ce que fait contre elle ce peuple qu'elle est habituée à mépriser. Son administration protestante fonctionne bien ; elle a des agents dociles, la législature lui est dévouée ; pas une voix ennemie ne s'élève contre elle, elle a toutes les illusions d'un bon gouvernement : elle arrive ainsi par une navigation douce et facile au milieu d'une mer semée d'écueils et féconde en naufrages.
Lorsqu'un peuple tenu sous le joug nourrit secrètemen des projets d'indépendance, et contient des germes de régé nération, il peut rester longtemps encore inerte et muet mais souvent aussi il ne faut, pour le tirer du silence et d( l'engourdissement, qu'une circonstance extraordinaire, ui accident fortuit. Cette circonstance favorable, cet acciden heureux, ne manquèrent point à l'Irlande.