PARTIE HISTORIQUE
grande des causes décidée par des rencontres de patrouilles *. » Si vous cherchez pourquoi de si petits faits sont si grands, pourquoi cette guerre d'escarmouches va décider du sort des peuples , vous n'en trouverez pas d'autre raison que le principe même au nom duquel cette guerre est livrée. Ce principe, c'est la résistance juste et légale contre l'oppression et la tyrannie. C'est l'idée qui trouble le monde, et non le fait. Attila passe sur les peuples comme l'ouragan sur les mers. Le fléau étant passé, on le maudit et on l'oubhe. Un petit peuple se remue; à peine le sang coule ; il est à deux mille lieues de nous ; nous n'avons rien à craindre de ses agitations, et nous en sommes profondément émus : le fait est minime, mais le principe est immense.
La grande impression de la crise américaine sur les peuples est venue de ce qu'il ne s'est jamais rencontré de cause juste qui ait été si bien posée ; car il ne suffit pas qu'elle soit juste, il faut encore que l'équité de la cause apparaisse. Les Américains ne se sont pas révoltés contre l'AngleterrCj par celte raison seule qu'il vaut mieux être Ubre que dépendant; leur cause ainsi présentée eût été contestable, car il y avait un contrat existant entre la mère patrie et les colonies. Mais d'après ce contrat même, qui les hait à l'Angleterre, celles-ci ne pouvaient être taxées que par leurs propres représentants. Cependant l'Angleterre veut directement les soumettre à un impôt et les contraindre par la violence : la résistance était leur droit ; elles combattent, triomphent, secouent le joug, et le monde entier applaudit en voyant le triomphe du droit sur la force. Il se fait alors chez tous les peuples un mouvement d'indépendance :
* Après avoir assisté aux grandes manœuvres de Postdam, la Fayette dînait chez le grand Frédéric, lorsque celui-ci lui ayant un peu ironiquement demandé quelle était l'importance des armées qu'il avait, commandées en Amérique, la Fayette lui fit cette modeste et spirituelle réponse.
comme il y a partout des tyrannies, on tente partout des essais de liberté. Ces grandes époques d'effervescence commune et d'efforts simullanés vers le droit sont rares; il faut que les peuples en profitent pour conquérir des garanties, car dès qu'elles sont passées, il y a autant d'apathie générale qu'il y avait d'agitation universelle.
Il n'est point de pays sur lequel la révolution d'Amérique ait été plus puissante que l'Irlande. Il y avait alors analogie dans la situation des deux peuples. Les colonies de l'Amérique du Nord étaient, il est vrai, beaucoup plusheureuses que l'Irlande, quoiqu'elles ne fussent que des colonies; traitées comme telles, elles avaient le bonheur d'être loin de l'Angleterre. L'Irlande, qui ne constituait ni une colonie, parce qu'elle n'avait jamais été occupée à ce titre ; ni une partie de l'Angleterre, parce qu'on ne lui appliquait point les lois anglaises; ni un pays libre, puisqu'on faisait en Angleterre des lois destinées à la gouverner; l'Irlande, dis-je, avait pourtant un point commun avec les États-Unis, c'était d'être en lutte avec l'Angleterre sur ses droits : elle demandait la liberté pour sortir de sa misère, tandis que les colonies américaines, riches et prospères, voulaient seulement qu'on n accrût pas leur dépendance.
Ces analogies saisirent aussitôt tous les esprits en Angleterre et en Irlande. Au parlement anglais, pas une discussion n'a heu sur l'Amérique sans qu'on tourne ses regards vers l'Irlande, u Voyez, disaient les orateurs wighs dans le parlement anglais, voyez quel est l'effet d'une prétention injuste des gouvernants sur les sujets; craignez d'engager avec l'Irlande une lutte inique, dont l'état de vos colonies d'Amérique peut vous faire pressentir le dénoûment.» « L'Angleterre, s'écrie un ennemi de la liberté irlandaise, en 1774, a aussi bien le droit de taxer l'Irlande que les colonies ^ — Oui, répond un membre de l'opposition, et les
* M. Rigby master ofthe rolls.Plowden, t. I, 428. — V. aussi idem, p. 429, 450, 453, 450.