‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 94 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

colonies sont en révolte précisément parce qu'on a voulu les taxer. » On conçoit quel devait être le retentissement en Irlande de ces grandes discussions parlementaires où se développèrent, comme par une sorte de rencontre merveilleuse, les plus grands et les plus extraordinaires talents oratoires que l'Angleterre ait produits, Burke, Pitt, Fox, Sheridan, beaux talents, belles âmes, grands génies, dans lesquels Tamour de la gloire s'unissait si intimement à l'amour de la patrie !

L'Irlande est enflammée par ces discussions : en 4776 l'Amérique est libre; l'Irlande veut l'être aussi. La déclaration de l'indépendance américaine a été le plus grand instrument de l'indépendance irlandaise ^ L'Amérique apprend à l'Irlande qu'un peuple dépendant peut devenir libre, et à l'Angleterre qu'il est périlleux de refuser la liberté à qui peut la prendre.

Le mouvement imprimé à l'Angleterre et à l'Irlande par l'émancipation américaine, a eu des conséquences qu'il importe de constater. La première et la plus importante, sans doute, a été l'abolition de quelques-unes des lois pénales portées contre les catholiques d'Irlande ; c'est la première pierre enlevée a l'édifice delà persécution; c'est le premier pas de la réforme. Voyons en quoi il consiste.

Première réforme des lois pénales.

i" On concède aux catholiques le droit de posséder la terre avec bail de neuf cent quatre-vingt-iiix nenfans^K On leur accorde ainsi le droit de possession illimitée, sans leur

* A voice from America Shouted to liberty, dit Flood. Hardy's Life of lord Charlemont, t. I, p. 587.

* Papists may after august 1778 take leases for years net above 999 years 1778. — (George III.) 17-18 Anne, ch. xux.

concéder le droit de propriété. Un des motifs de cette restriction, c'est que la concession du droit absolu de propriété investirait les catholiques d'une trop grande influence dans les élections.

2** On abolit le droit qu'avait le fils d'un catholique, en se faisant protestant, d'être saisi de la propriété de son père, et de dépouiller celui-ci de la libre disposition de ses biens, dont il n'était plus que le fermier ou l'administrateur comptable envers son fils^

5° La loi qui réglait les successions des catholiques entre eux est abolie. En conséquence, le partage se fera désormais entre héritiers catholiques comme s'ils étaient protestants ^.

Une pareille réforme est sans doute bien incomplète, et la persécution demeure armée de rigueurs suffisantes pour frapper cruellement ceux qu'elle attaque. Mais le code de la tyrannie est entamé, et bientôt on le verra tomber pièce à pièce. Le mouvement est imprimé à la réforme : désormais nul grand fait ne s'accomplira sans porter son fruit. A mesure que les événements se présenteront, nous montrerons leur conséquence, et rattacherons immédiatement l'effet à la cause. De même que l'établissement des lois pénales n'avait eu rien de rationnel , il ne faut point s'attendre à trouver de l'ordre et de la logique dans la réforme qui les a détruites. Cette réforme s'est faite comme au hasard, par accidents, selon la circonstance et le besoin du moment. Le législateur qui avait créé les lois pénales sans plan et sans méthode les abolit de même.

< 17 et 18 George III, ch. xux, § 6. 2 Ibitl.

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