II. — 1778 A
Second effet sur l'Irlande de l'indépendance américaine.
Association des volontaires.
La guerre de l'Angleterre avec ses colonies ne produit pas seulement sur l'Irlande un effet moral ; elle exerce encore sur le pays une influence que l'on peut en quelque sorte appeler matérielle.
A l'occasion de l'Amérique, l'Angleterre se trouvant en guerre avec la France, les États-Unis et l'Espagne, il y a nécessité de retirer d'Irlande une partie de l'armée anglaise pour l'envoyer en Amérique.
Les côtes d'Irlande étaient menacées journellement d'une descente et d'une invasion de l'étranger; l'Irlande demando du secours ; mais on lui répond qu'elle ait à se défendre comme elle le pourra *.
L'Angleterre était comme étourdie de la multitude d'embarras qui pesaient sur elle, tant auprès d'elle qu'au loin.
Ces embarras de T. Angleterre viennent ajouter à la force de l'Irlande, déjà enhardie par le succès d'une première concession obteime. En ce moment d'ailleurs, l'Irlande était vivement irritée de ce qu'on lui refusât la liberté commerciale et maritime qu'elle réclamait. Des associations s'étaient formées, dont l'objet était de repousser toute marchandise anglaise, afin que les Anglais, qui contestaient à l'Irlande les avantages commerciaux, en fussent eux-mêmes privés.
Dans cet état de choses, le vice-roi avait déclaré que le trésor était tellement épuisé, qu'il n'avait pas de quoi entre-
* Plowden, t. I, 487, 492, 505. — Gordon, t. I, 263. — Ilardy's Life of lord Charlemont, t. I, 580.
tenir une milice régulière ^ Alors, comme par un mouvement universel et sponlané, l'Irlande se couvre d'une milice volontaire y qui s'arme, s'enrégimente, s'organise selon sa fantaisie, nomme ses chefs, se fait ses règles de discipline, sans que le gouvernement y ait aucune part soit directe ou indirecte, soit d'action soit de surveillance. L'association commerciale se transforme en une association militaire.
Le gouvernement semble agir in^prudemment en laissant se former et organiser ces corps ; mais comment s'y fût-il opposé? Sans doute il l'aurait pu à la rigueur; mais il ne le voulait pas, et il avait raison ; avant tout, il fallait se mettre en garde contre l'invasion étrangère, qui était imminente, et conjurer ce péril, qui était un péril de mort.
11 est bien malheureux pour les gouvernements tyranniques d'avoir quelquefois un impérieux besoin des peuples; car une fois que ce recours a eu lieu, le prestige est dissipé : le peuple sait par là qu'il est fort, et que son tyran est faible. Une saurait défendre le gouvernement sans apprendre l'art de se défendre lui-môme contre celui-ci.
Le gouvernement anglais subit la nécessité de se jeter entre les bras de l'Irlande, et de lui remettre à elle-même le soin de sa propre conservation. Le vice-roi fait distribuer seize mille sabres ou fusils à la milice volontaire. Une force imposante est bientôt sur pied : quarante mille hommes s'organisent en un cHn d'œil à leurs frais, et sans autre impulsion que celle du sentimeut national. L'Irlande fut sans doute dés ce moment à l'abri des coups de l'étranger, mais dès ce jour aussi elle eut le secret de sa force contre l'Angleterre.
Ces corps armés, n'ayant d'autre discipline que celle qu'ils s'imposent eux-mêmes, refusant toute institution royale, se proclament souverains, en ce sens qu'ils ne veu-
* Plowden, t. I, 487-492.