‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 96 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

lenl tenir que d'eux-mêmes leurs droits de citoyens armés.

Alors ils discutent les affaires de l'État, et se considèrent comme les vrais représentants de la nation ; ils forment une espèce de parlement militaire ; et l'Irlande ne fait plus à l'Angleterre une pétition qui ne soit présentée au bout des baïonnettes. Ils demandent pourquoi le droit des citoyens se bornerait à porter les armes, et pourquoi ils n'auraient pas le droit de délibérer sur les affaires publiques. Ils se réunissent à des jours marqués ; chaque corps nomme ses représentants; des assemblées élues par la majorité des citoyens prennent des résolutions, approuvent ou blâment la conduite du gouvernement, lui recommandent telles ou telles mesures, censurent amèrement les actes du parlement qui lui paraissent nuisibles au pays. A vrai dire, le pouvoir parlementaire est dans les masses populaires^ et les masses forment une armée. Une circonstance mémorable s'oppose aux désordres qu'un pareil état de choses semblerait devoir faire naître en grand nombre : c'est que tout ce qu'il y a de riches, de propriétaires, de gens notables, soit dans le commerce, soit dans les rangs de la bourgeoisie et de la noblesse, sont à la tête des corps de volontaires; ils y sont d'abord entrés par un sentiment national qui a saisi l'Irlande entière quand on a donné l'alarme de l'invasion étrangère; et puis lorsque les volontaires se sont organisés en corps politique déUbérant sur les affaires de l'intérieur, ces notables bourgeois ou nobles, restent à leur poste par calcul et par raison. Ils voient avec terreur la marche des événements ; ils comprennent tout ce qu'a de périlleux une armée délibérante ; mais ils pensent combien plus dangereuse elle serait si ses chefs se retiraient d'elle ^

\. es volontaires apprennent à l'Angleterre qu'il y a une Irlande redoutable, et avec laquelle il faut compter. Composés pour la plupart de prolestants, ils apprennent à TAn-

* Ilardy's Life of lord Cliaiieraont, t. II, p. 154.

gleterre et à l'Irlande elle-même que chez beaucoup de protestants les préjugés contre les catholiques sont affaiblis, puisque ces mêmes volontaires qui demandent les armes à la main un commerce libre et un parlement indépendant, prennent aussi la résolution suivg^nte :

« Que comme hommes, comme Irlandais, comme chrétiens et comme protestants, nous nous réjouissons de voir s'adoucir les lois pénales existantes contre nos concitoyens les catholiques romains, et que nous attendons de la mesure proposée au parlement les conséquences les plus heureuses pour l'union et la prospérité de l'Irlande ^ »

C'est de ce jour que date la naissance en Irlande d'un parti hbéral parmi les protestants de ce pays. Jusqu'alors il y avait eu seulement des protestants patriotes, en ce sens qu'ils auraient voulu que l'Irlande ne fût pas asservie à l'Angleterre; mais ces patriotes qui souffraient impatiemment le joug anglais trouvaient bon que la population catholique subît le leur. Aujourd'hui ils commencent à invoquer la liberté non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous leurs concitoyens.

Ils ne réclament, il est vrai, que d'une voix timide la fin des persécutions contre les calhoHques; mais enfin ils constatent l'injustice en demandant qu'elle cesse ; et la population sur qui pèsent les lois pénales a désormais des auxiliaires dans les rangs de ses oppresseurs.

Les volontaires, leurs actes, le mouvement qu'ils impriment en Irlande à l'opinioi: publique, leur effet moral sur l'Angleterre, amènent l'indépendance du parlement irlandais.

* Plowden, t. I, 567.

Page 1