III
Indépendance du parlement irlandais.
La loi Poynings, appelée ainsi du nom du vice-roi sous l'administration duquel elle fut rendue, au temps de Henri VII, établissait qu'on n'assemblerait en Irlande aucun parlement, sans que les motifs de sa convocation et les projets de loi qu'on se proposait d'y discuter fussent préalablement examinés et approuvés par le gouvernement anglais K Cette loi, qui plaçait le parlement irlandais dans les liens absolus de l'Angleterre, n'avait jamais cessé d'exciter les plaintes de l'Irlande.
Le 19 juillet 1782, le parlement irlandais se déclare indépendant du parlement anglais, et proclame le principe délibéré hautement par les volontaires, qu'aucun pouvoir sur la terre n'a le droit de faire des lois obligatoirr^s pour rirlande, si ce n'est le roi, les lords et les communes d'Irlande ^.
Dans la foule des combattants parlementaires, il faut distinguer un grand chef, Henri Grattan : il est rarement donné à un seul homme d'avoir une plus grande part dans un mouvement national, et de contribuer plus à un succès amené d'ailleurs par des causes générales.
C'est sur sa parole vive et puissante que le parlement d'Irlande adressa au roi celte déclaration énergique :
« Que ses sujets d'Irlande sont un peuple libre : que la couronne d'Irlande est une couronne impériale inséparablement unie à la couronne d'Angleterre par un lien d'où dépendent le bonheur et l'intérêt des deux peuples ; mais que le royaume d'Irlande est un royaume distinct, ayant son
* Leland, t. II, 108. — Lingard, t. VII, 386. — Plowden, t. I, 395.
2 That no power on earth, save the king, the lords, and the com-
monshadtherighttomake laws for Ireland —Plowden, 1. 1, 513 et 620.
parlement à lui et sa législature propre; que nul au monde n'est compétent pour faire des lois qui obligent cette nation, sinon le roi, les lords et les communes d'Irlande.. . ^ » Cette adresse, appuyée sur une armée de soixante mille hommes, eut plein succès auprès du parlement d'Irlande, qui abolit expressément les lois dans lesquelles l'Angleterre puisait son droit de prédominance et de suprématie législative sur l'Irlande ^.
§ IV. — 1782
Conséquences légales de cette déclaration d'indépendance.
On peut considérer l'acte par lequel le parlement d'Irlande se déclara indépendant comme un écho de la déclaration d'indépendance des colonies américaines.
L'Amérique du Nord inspira ce mouvement : l'association des volontaires irlandais donna à l'Irlande la puissance nécessaire pour Texécuter.
Ce serait pourtant très-mal comprendre la situation constitutionnelle de l'Irlande vis-à-vis de l'Angleterre, que de l'assimiler à celle des colonies américaines vis-à-vis de la métropole.
Rien n'est plus fréquent que d'étabhr cette comparaison; on a vu l'Irlande gouvernée pendant des siècles par la force seule, et l'on pense que la force était le seul lien qui l'attachait à l'Angleterre. Adopter un pareil point de vue, c'est méconnaître entièrement la nature du contrat existant entre l'Angleterre et l'Irlande.
Il n'est pas douteux que l'Irlande n'ait été, lors de la conquête et encore longtemps après, à la merci de l'Angleterre et on conçoit aisément que celle-ci eût pu, si tel avait été son bon plaisir, établir en Irlande un gouvernement pure-
* Plowden, t. I, 595.
2 Ibid., 1. 1, 626; t. II, 20.