‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 98 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

meut despotique, uniquement fondé sur le droit de la force et de la conquête. Mais la question n'est pas de savoir s'il était possible qu'elle agît de la sorte, mais bien si elle l'a réellement fait : or, il est constant que telle n'a point été sa conduite envers l'Irlande, et qu'à peine avait-elle envahi ce pays, elle lui a donné des institutions libres; elle lui a notamment reconnu le droit d'avoir un parlement à elle et de ne payer d'autre impôt que celui voté régulièrement par ce parlement. A peine maîtresse de sa grande charte, celle-ci en a étendu les principes à l'Irlande, la hberté individuelle, la garantie de la propriété, le jugement par jury, etc. L'Irlande, pays conquis, s'est trouvée en possession de ces droits, non parce qu'elle constituait un état indépendant, mais parce que le peuple duquel elle dépendait lui en avait fait la concession ; elle tenait ses libertés de celui-là même qui aurait pu ne lui donner que des chaînes.

Maintenant, si l'on réfléchit aux circonstances qui ont accompagné et suivi la conquête, on verra que cette générosité première de l'Angleterre, dotant l'Irlande de liberté au lieu de servitude, ne fut point un accident, et qu'il eût été Irès-difilcile pour elle d'agir autrement qu'elle n'a fait.

Il ne faut point oublier que la conquête de l'Irlande par l'Angleterre fut féodale. On a vu plus haut dans quelles circonstances et à quel titre les vassaux et sujets de Henri II s'établirent en Irlande. Ces Anglo-Normands, pour la plupart nobles d'origine, conservèrent en Irlande tous les privilèges inhérents à leur condition ; et le roi ne songea pas plus à les en dépouiller, que ceux-ci ne pensèrent à contester au roi sa quahté de seigneur suzerain d'Irlande. *

Il faut donc, après la conquête, ne pas voir seulement l'Angleterre aux prises avec des Irlandais indigènes, et faisant peser sur eux le joug du vainqueur; on doit la considérer surtout dans ses rapports avec les conquérants sortis de son sein, tous hommes libres, Anglo-Normands de race,

en face desquels elle se trouve placée, et qu'elle est obligée de traiter comme les habitants de toute autre province relevant du roi. On trouve alors en Irlande des hommes plus ou moins abaissés dans l'échelle féodale, dont la royauté tient le sommet; mais ce sont tous, dans le style de ce temps, des hommes libres, et non des sujets conquis.

A la vérité, pendant un temps très-long, les conquérants de l'Irlande n'occupèrent pas le pays entier; et longtemps aussi la population insoumise des indigènes qui les entourent est traitée par l'Angleterre en ennemie, privée de tous les privilèges accordés par l'Angleterre à ses enfants ; et tant que cet état de choses dure, on peut considérer qu'il y a dans ce pays deux Mandes : l'une anglaise et conquérante, l'autre vaincue ou rebelle ; la première participant aux institutions libres de rAngleterre; la seconde subissant toutes les servitudes attachées à la conquête. Mais la main puissante de Henri VllI s' étant appesantie sur ce pays, les deux Irlandes n'en font plus qu'une; Anglais ou Irlandais d'origine, tous sont sujets d'un même empire; il n'existe pour tous qu'une seule et même loi ; de sorte qu'à partir de ce temps, la condition faite aux colons anglo-normands par les lois antérieures devient le droit commun de l'Irlande entière. Henri n'était pas prodigue de droits et de privilèges; on ne saurait dire si, dans ses vues de tyrannie, il voulait élever les Irlandais jusqu'à la hberté anglaise, ou rabaisser ses sujets anglais jusqu'à la servitude de T Irlande sauvage.

Quoi qu'il en soit, le despote établit le niveau en Irlande; et plus tard l'Anglais de ce pays ne put invoquer un seul droit politique qui n'appartînt également à tout Irlandais.

Ce principe de liberté politique, dû au caractère féodal de la conquête, trouva, lors des guerres religieuses du xvi^ siècle, une singulière occasion de se développer.

Lorsque l'Angleterre protestante se trouva aux prises avec l'Irlande catholique, la question de race s'effaça de-

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