LE SOUVENIR
elle fut comme fascinée ^ elle prit le livre; le nom de Fulgence y était gravé en lettres dorées, elle y posa ses lèvres, le lui rendit, et se isauva.
La porte du cabinet était retombée ; Fulgence , appuyé sur le bord extérieur de la fenêtre , resta comme en extase devant son bonheur.
Stéphanie était montée dans sa chambre , où elle se promenait avec agitation , en se disant : « Qu'ai-je fait? Est-ce la ce que je me suis promis? Où est la réserve que je m'imposais? Moi qui ai toujours gardé vis-à-vis de mes supérieurs une modestie fière, une dignité convenable à ma situation , voilà qu'un jeune homme de dix-sept ans me fait oublier mes belles^ésolutions. Ce sont des enfantillages, oui, mais délicieux, et qui émeuvent.... Où me conduiront-ils? Est-ce le commencement des ennuis que je dois attendre de la société? car ce bonheur que j'ai ressenti , il porte un germe destructeur qui tuera mon avenir peut-être.... Il faut que j'en parle à Salicetta!... Oh! elle est tout occupée de sa joie
LB SOUVENIR. lyS
et de son mari ; je ne suis plus autant son amie depuis qu'elle est heureuse!... Pauvre, pauvre Stéphanie ! . . . Que je suis folle ! Ce jeune homme n'est pas un séducteur.... Allons ! je m'effrayais à tort.... Cette scène d'enfant s'effacera vite de son esprit ; et , peut-être , moi-même je l'oublierai » Elle souleva le rideau au bruit
du cabriolet de M. Lavitéal qui sortait de la cour.
Le soir, elle n'en parla pask Salicetta en la déshabillant ; Salicetta lui semblait rêveuse , préoccupée, un soupir effleura ses lèvres.
Quand la jeune femme s'agenouilla pour prier Dieu, elle ne demanda pas à son mari de s'unir à sa prière ; elle fut plus distraite ; elle se détournait involontairement. Chaque mouvement qu'il faisait lui rappelait son sourire , chaque geste lui semblait être une mocquerie.
Juviessy n'était pas précisément athée ; il vivait dans l'indifférence la plus complète ; son bien-être, et les moyens de l'accroître sans cesse^
byGoOgl