‹ L'ironie, Volume 1Chapitre 4 sur 25 · DE LA COMEDIE · texte numérisé non relu

DE LA COMEDIE

TEspa^ie contre la républkpe française ^peiv dant què la coalition européenne se ruait sur nos frontières. S«licetta le pleura beaucoup^ puis elle l'oublia. Ses impressions et ses laimes étaiaoït vives^ aboiidantos> rapides; il y aTait des. sou-* rires k trayers ses. pleurs y comme des rayons de soleil dans }es pluies d'ora^.

Cette mobilité d'impression avait été dbminée par .le .johagrin qu'dle eut de la mort de fsoa père. £lle venait d^entlrar dans le monde; plur si^^s prétendans s' étaient présentés; mans.tous avaient suivi les olassîqaes traditions en s'adrèstsant? aux parcws : * aucun d'eux n'avait ;é*è ao- ^ïoeilli. .Les manières fi^nçaises lui paraîssaieni froides et laenteiises^ car elle savait desfoitaianoe^ espagm)les.et mauresques^ où les amaSntes.eou^ paient leurs longs cheveux pendant les joixi^ d'absence^ où les; amans se peFcaknt Jbs; bra6 avec la pointe de leurs poi^ards pOuD dluanier pd?e«ves^d'jamour. .fiefaiguëeM la campagney ^^rès de^ sa tante ^ ^ui ^ ^missant de voîtr les années lui dessécher tous les plaisirs^ scnrtak peu^ Saliceltii

go PREMIÈRE SCèlfB

n'alhit au b«l qm par accident : celte demi^reti<aite entrait dansles/raes de Jnriessy.

Salieetta écooitaît avec distractifiOr une lecture queiui faisait ^Siéphanie^ à Ja fois sa femme de chambm et sa (kmoisdUe de compagnie» <piand elle Finterrompit en lui disant : ce Assez , assez pour aujourd'hui ; causons^ Stéphanie, etnb soyez plusau^i réservée. Je ne tous ai pas dit qu'au dernier bal où je suis allée» M. Fulgence Laritéal m'a invitée a danser une conti^edanse; c'estun jeunç hoiÉum modeste , et d'une -belle figure ^ j'^ promis» et quand il est venu me présenter la main» M', de Jaiàessy esfe venu revendiquer un en^ig&ment que j'avais oùfalié f je me suk excusée, an*» préside M. Lavitàil. Groiries^votis qu'il n'a pas en k pîoi^tesse de récfanyer une. autre contre'éxme ? M . dèJwies^ s'^t alors^ moqué de lui f je n'ai pciail'iempédier desourireii ses épigmmmes» etpoôrtant je ne l'aime pas. »

Op ai^nicfttça M. de Juvkssy. Sl^pbaniç se leva» et aconit. Il paraissait fwt t^ste» Salicetia eut presque pitié de kti.

0B LA GOMUIB. gt

i< Mademoiselle^ dit41 après qu'dle lui eut ùdt signe de s'asseoir, M« et madame /de.Na^Fœrs m'ont anuonoé le fâdkeèx accueil qn'oat reçu mes propositions : j'ai quelques expUoatiotis' à vous démander avant de retibneerà toute espérance ; eJle m'tôt d'un si haut prix, qu'îLm'tsi imposable de rabai]dom[ier sanb'avwir éntmdu mon arrêt de votre boudke. Je pé regaidms: les psoroles vod ]Ha*ens qin ont pipé^édé les mreiH nés, que comme des pr^imitiaires; miais^ si j'é^ tais assez heureuk pcw que votre i^riPlis ne fàl pas définitif, je ne voudrais devoir cet enjeoura^ gement qu'à vous-4néme. li faut que le ooenr s'adresse ail coeto, l'âme à l'àmë.

-*r- Moti ondie «t ma taatet coït été mes îater^ prêtes, monsieur; je suis Ignorée de h dômande qiie vous avet Inea voulu./.. Teiwz, toutes ces phr^es d'étiqueltiem'euDment à mourir, veuil^ lez m'en dispenser.

~ Oui, œtte étiqiwite est froide; je le sené comme vous, mieux que vous : en France, c'est une loi que j'aurais plaisir à fouler aux pieds....

93 PRBMI^Ë SCÈNE

Croyex-vous donc que je n'en ^Kmffre pas ? Sa- Yezî-vous ^ec quelle douleur j'ai vu se pï^nter ici desprét^dans plus brillansque moi? ils n'ont pas. le oœur plus jeune que le mien ?. . .

~ Dé grâce , finissez , monsieur ; je^ n'ai nullement encouragé Tos paroles; elles m'oE^sèdent. » Ces«iilots furent lancés avec tant de vivacité , qu'il en tee^tUit et porta la main à ses yeux. U parut se reoieillir ; puis sa main vint lentemmt rétom^ bér sur le bras du fauteuil. Juviessy avait du charme dâns la physionomie et il la gouvernait àtson:gre; une vive douleur la contractait^ mais iiiie>doideur bien étudiée, pittoresque. .

« Je suis humilié, reprit-il d'uaûe voix étouffëe> de viom iospirer Qutfiâsut d'aversion ; oh I profondiément humilié*... nevoulaés-que vous arracher uin |leu de compassion qui piut me consoler 4ânsmdidisgi^fac6.^é; Rieii'> riefiquedùmépFisi.\. Deux années de silence, d'observatio«s,'d-anxié' tés , aboi^tbsént à ce dédaîgnidux tiefus l Refuser tBém^ de savoir ce que j'ai soxiâart! , « . ; Au moios je saurai vous contraindre ii Testime , mad^noi-

DB h A COliélHE. 95

selle; vous me connaissezbieD inaLL.. Cette âme de feu qui aurait pu vous être si. dévouée , s'inhposera le pénible devoir du silence*... Oui^ pas un mot qui trahisse l'ardent amour que vous m^avez inspiré ! Je prendrai encore ces aj^parenoes frivoles qui cachaient. . . . Pourquoi révéler ce qui doit <l(»*mir dans mon sein ? Eh ! ne me £iut>-il pas vous épargner un langage qui vous blesse dans ma bouche?. . . Allons! que votre volonté soitfaite ! . . . Vous m'avez jugé sans me connaître, sans être initiée à tous les mystères de ma vie et de mon cœur; souffrez que je m'en plaigne à vous, qui êtes la sincérité et la bienveillance mêmes. Je vous conjure de mieux m'étudier afin de m'accorder au moins une estime à laquelle j'ai droit.... Adieu, majiemoiselle ; j'ose espérer que vous me • tiendrez compte de ma réserve : c'est mon exil qui recommence; je m'y condamne moi-même, car c'est leseul moyen de ne pas trop vous déplaire. » II se lève, salue ; et, quand il est près de la porte, il se retourne pour saluer encore; il semble s'arracher avec peine de l'appartement.

94 PUBMIÈRE œÈNE DE LA COMEDIE.

« N'aide pas été trop loin ? pensa Salicetta dès <pi'eUe fut^eule. Ne Tai-je pas jugé trop l^^èrement ? Serai wilirrai que son ironie et son dédain hahituek pussent se passionner? Serait-ce la souffrance qui prend sur ses lèvres ces formes moqueuses? Il a parlé des mystères de lei yie et de son co^ur; a^-t-il été malheureux^ est-il capable d'un attachement inaltérable? Le conçoit-il? Le Teut>*il? Est-ce un besoin pour lui? Craignait-il de ne pas l'obtenir ? »

Elle ignorait que la vérité ne possède ni cette habileté^ ni ce luxe de paroles.

La haute société est une yéritâble mêlée de dupe^ : leâ^fâj^pôm y ^oût devenus compliqués^ rétkpiettê , le cérémonial , les convenances, servent beaucoup les élégdns mensonges qui en tout la monnaie* coùbmte et qui ne trompent jamais

gO MENSONGES ADROITS.

les initiés. Nous avons nos mystères comme l'antiquité : l'initiation , c'est la connaissance approfondie du coem^ humain ; on ne l'acquiert qu'api^ des épreuves souvent rudes et cruelles. Il y a des coeurs qui meurent à la péine.

Il en est qui se réfugient dans le dédain et ^'obstinent à des illusions^ à des types suprêmes^ comme à des consolations ineffables ; ils s'y bercent et endorment quelqu^ois^ de même que les fils du désert^ couchés dans leurs hamacs de verdure , oublient les reptiles qui se glissent sous les plantes à larges feuilles ; ils s'y obstinent comme à des pressentimens d'une nature plus élevée , immortelle .

Çes illusions , Salicetta les gardait dans leur suave fraîcheur ; elle songeait souvent à sa mère, qui avait dû seize années de bonheur à l'amour de son mari; elle en espérait un aussi tendre, aussi dévoué. Qui n'a pas ainsi espéré sur le seuil du monde? Eh Mes meilleurs préservatifs contre les séductions ne sont41s pas l'amour et la foi ! Cette t^dresse mutuelle n'est-elle pjis d^ une

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