‹ L'irréligion de l'avenirChapitre 21 sur 104 · Alfred Fouillée, La liUrté el te déteiminisme, 2' partie · texte numérisé non relu

Alfred Fouillée, La liUrté el te déteiminisme, 2' partie

LA PHYSIQUE EELIGIEUSE ET LE S0CI0SI0RPHIS3IE. l7

le vague et comme dans l'iautilité l'idée de l'infini insaisissable.

Pas plus que l'idée d'infini, nous ne pouvons placer au début de la pensée religieuse, une autre notion voisine de la première : celle d'unité embrassant la pluralité, de 1'?/?* tout. Celle notion panthéiste et moniste, à en croire M. rlo Harlmann, serait le point de départ des religions. A moitié disciple de Hegel, à moitié de Schopenhauer, M. de Hartmann ne pouvait manquer d'attribuer à l'humanité et d'appliquer à l'histoire les formules de sa dialectique. « L'hénothéisme, dit-il, a son fondement dans V identité pusitice que l'on reconnaît être à la base de tontes les divinités de la nature, identité qui permet d'honorer, dans la. persofine de chaque dieu, principalement dans celle de chacun des principaux dieux admis dès l'origine, la divinité au sens absolu, le divin, Dieu. Par suite il devient indifférent, en quelque mesure, d'adorer la di^"inité sous lel de ses aspects particuliers plutôt que sous tel autre : la fantaisie, quauG elle se représente Indra sous la forme d'un buffle, ne prétend pas exclure par là la possibilité de le représenter l'instant d'après sous la figure d'un aigle ou d'un faucon ; quand elle offre ses hommages à la divinité suprême sous le nom du dieu de la tempête Indra, elle ne veut pas exclure par là la possibilité de l'adorer l'instant d'après, soit comme Surya, dieu du soleil, soit comme Rudra- Varuna, dieu du ciel. L'hénolhéisme ne doit donc pas sa naissance au défaut d'association d'idées et à l'oubli que montreraient des polythéistes qui, en adressant leurs hommages à Surya comme au dieu suprême, perdraient de vue, par une incroyable faiblesse de mémoire, qu'il y a encore d'autres dieux, adorés par d'autres gens, et qu'eux-mêmes naguère invoquaient. » — Se figure-t-on l'humanité primitive déjà au courant de la philosophie de l'unité, avec son symbolisme de puissances diverses prises tour à tour pour les manifestations de l'unité fondamentale ? Même pour rinde , cette terre de la métaphysique panthéiste , une telle philosophie est le produit tardif d'une ciWlisalion déjà raffinée Jamais les peuples n'ont commencé à penser par des abstractions. Ils n'ont pu d'abord concevoir la divinité en général, pour la représenter ensuite par Indra, Surya ou Rudra-Yaruna, comme par des aspects dont aucun ne l'épuisé, — sorte de litanie où l'Un-ïout prendrait successivement les noms les plus divers. Une telle

subtilité de conception panthéiste est un produit ultérieur de la spéculation métaphysique. A l'orig-ine, on ne disting-uait pas la figure du dieu et le dieu lui-même. C'est à grand'pcine que l'humanité est arrivée à la conception de la différence de l'esprit et du corps; a fortiori est-ce beaucoup plus tard qu'elle a pu en venir à se représenter l'unité de l'esprit suprême sous la multiplicité de ses modes.

Une dernière forme de ce vag"ue idéalisme qui a inspiré MM. Max Millier et de Hartmann, comme ilavaitdéjà inspiré Strauss, c'est la théorie de M. Renan sur a l'instinct religieux » , sur la « révélation de l'idéal » . M. Renan entend par là quelque chose de mystérieux et de mystique, une voix du ciel s'élevant en nous, une révélation subite et presque sacrée. «La religion dans l'humanité, écrit-il, est l'équivalent delà nidification chez l'oiseau. Un instinct s'élève tout à coup mystérieusement chez un être qui ne l'avait jamais? senti jusque-là. L'oiseau qui n'a jamais pondu ni vu pondre sait d'avance la fonction naturelle à laquelle il va contribuer. Il sert, avec une sorte de joie pieuse et de dévotion, à une fin qu'il ne comprend pas. La naissance de l'idée religieuse dans l'homme se produit d'une manière analogue. L'homme allait inattentif. Tout à coup un silence se fait, comme un temps d'arrêt, une lacune de la sensation : — Oh ! Dieu! se dit-il alors, que ma destinée est étrange! Est-il bien vrai que j'existe? Qu'est-ce que le monde? Ce soleil, est-ce moi?Rayonne-t-ilde mon cœur?... 0 père, je te vois par delà les nuages ! — Puis le bruit du monde extérieur recommence; l'échappée se ferme; mais, à partir de ce moment, un être en apparence égoïste fera des actes inexplicables, éprouvera le besoin de s'incliner et d'adorer'. » Cette belle page, oii l'on retrouve les onctions et les extases des Gerson et des Fénelon, nous semble résumer fort bien l'opinion de ces nombreux modernes qui s'efforcent de substituer au respect des religions chancelantes le respect du sentiment religieux. Par malheur M. Renan nous raconte ici un véritable mythe. Jamais à l'origine l'homme n'a rien éprouvé de semblable. M. Renan semble confondre complètement les idées et les sentiments qu'il a pu éprouver lui-même, his-

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