‹ L'irréligion de l'avenirChapitre 31 sur 104 · Actes de la Société Lelvét. des se. nat., août · texte numérisé non relu

Actes de la Société Lelvét. des se. nat., août

porte guère. «Et encore : (( Te voilà guéri, ne pèche plus. » Jésus lui-même devait avoir conscience , comme Socrate et Empédocle, mais à un plus haut degré encore, de posséder une puissance à la fois morale et physique, une « vertu » dont il ne se rendait pas compte à lui-même et qui lui semtlail un don divin. D'une part il se sentait, en un sens moral etsymbolique, le guérisseur des sourds, des aveugles et des paralvtiques, le médecin des âmes; d'autre part des guérisons d'hystériques, plus ou moins temporaires mais réelles, le forçaient à s'attribuer encore un autre pouvoir surhumain sur les corps eux-mêmes.

La science du système nerveux, qui s'est formée de nos jours seulement, apparaît à un certain point de vue comme une constatation perpétuelle et un commentaire du miracle. Peut-être un quart des faits merveilleux observés et révérés par l'humanité rentrent-ils dans le domaine et sous la compétence de cette science nouvelle. Le médecin ou l'observateur entouré de ses « sujets » est dans la situation du prophète : ceux qui l'entourent sont forcés sans cesse de reconnaître en lui une puissance occulte qui les dépasse et qui le dépasse lui-même ; les uns et les autres vivent dans l'extraordinaire. Les faits d'insensibilité partielle, de catalepsie sui\de d'un réveil par lequel le mort semble ressusciter, de suggestion mentale même à distance, tous ces faits qui seront connus et expliqués chaque jour davantage sont encore pour nous en ce moment sur les confins du miracle: nous les sentons se détachant à peine de la sphère religieuse pour tomber dans la sphère scientifique. L'observateur qui constate pour la première fois qu'il peut envoyer un commandement presque invincible dans un regard, dans une pression de la main, et même, semble-t-il, à distance, par la simple tension de sa volonté traversant l'espace, doit éprouver une sorte d'étonnement, de frayeur même, de trouble presque religieux à se sentir armé d'un tel pouvoir. Il doit comprendre comment l'interprétation mystique et mythique de ces faits n'est, pour ainsi dire, qu'une affaire de nuances que les intelligences primitives ne pouvaient pas saisir.

Même les miracles qui ne se rattachent pas directement aux phénomènes cachés du système nerveux apparaissent de plus en plus à l'historien et au philosophe comme ayant un fondement objectif; ce qui est subjectif, c'est le merveilleux, le pro\identiel. lisse produisent réellement, mais dans le cœur : au lieu d'engendrer la foi, ils en procèdent et s'ex-

pliquent par elle. Un missionnaire anglais', de voyage en Sibérie, raconte qu'au moment où il arrivait à Irkustk, un incendie consuma les trois quarts de la ^ille : une chapelle seule avant été épargnée, le clergé russe "sit dans ce fait un miracle ; le missionnaire anglais l'explique parla bonne raison que toute la ville était en bois et la chapelle seule en briques. Mais le pasteur qui vient de nier sur ce point toute intervention providentielle l'admet le même jour sur un autre point, car il nous raconte que, sans la fuite d'un de ses clievaus, il serait arrivé trop tôt à Irkurtsk, et aurait eu son bagage brûlé dans l'incendie; il rend donc grâces à Dieu de ce que son cheval a eu l'inspiration de rompre ses traits. Les mêmes causes naturelles qui suffisent, selon cet excellent missionnaire, à expliquer pourquoi l'église russe a été sauvée, ne suffisent plus quand il s'agit de son petit bagage à lui, missionnaire anglican, protégé spécialement par son Dieu. Chaque croyant se trouve fondé ainsi à interpréter d'une manière miraculeuse les faits qui lui sont arrivés à lui-même. Du haut d'une stalle d'église ou d'une chaire on voit les événements de ce monde sous un angle particulier, mais en passant dans la chaire d'un autre temple le coup d'œil change; il faudrait, pour avoir la vérité scientifique, passer successivement du point de vue d'une foi au point de vue d'une autre foi. en faisant aussi la contre-épreuve, — à moins qu'on ne rejette toute foi d'un seul coup.

Les religions créent le miracle par le besoin même qu'elles en ont, parce qu'elles se prouvent par lui; il entre comme élément nécessaire dans l'évolution mentale qui les engendre. La « parole de Dieu » se reconnaît en ce qu'elle dérange d'une manière ou d'une autre l'ordre des phénomènes. Le mahomélisme seul s'est introduit dans le monde sans s'appuyer sur aucun témoignage visible et grossier, en éclatant non aux yeux, mais aux esprits, comme dirait Pascal ; sous ce rapport il avait peut-être à son origine une élévation intellectuelle plus grande que le judaïsme et le christianisme. Mais, si Mahomet s'est refusé le don des miracles, avec une bonne foi que Moïse ne semble pas avoir eue, ses disciples se sont empressés de le lui restituer en entourant sa vie et sa mort d'une merveilleuse légende. Il faut bien avoir des raisons de croire, il faut bien que l'en-

1. Throurjh Siberia, by Henry Lunsdcll, witli illustrations and niaps; Londres, 188-2.'

voyé de Dieu ait un signe visible auquel on le reconnaisse. On le voit, la providence ou protection divine devait commencer par être conçue comme toute spéciale, non comme agissant d'après des lois générales. C'était une continuelle intervention dans le cours des choses et dans les affaires des hommes : les divinités se trouvaient mêlées à la vie humaine, à celle de la famille et de la tribu. Ce résultat était en rapport avec le caractère même de l'humanité primitive: l'homme primitif, qui est le plus crédule, est évidemment aussi celui qui a le moins le sentiment de la responsabilité : incapable de se gouverner lui-même, il est toujours prêt à s'abandonner aux mains d'autrui ; en toute circonstance il a besoin de se décharger sur quelqu'un de la part de responsabilité qui lui incombe. Qu'un malheur lui arrive, il s'en prend à tout, excepté à lui-même, tout répond à sa place. Ce trait de caractère, qu'on remarque chez bien des hommes, est surtout visible et accentué chez les enfants et les peuples enfants. Ils n'ont pas la patience de suivre, sans sauter un anneau, la chaîne des causes; aussi ne comprennent-ils pas comment une action humaine a pu produire un grand effet, et en général ils sont toujours frappés de la disproportion qui existe entre les effets et les causes. Une telle disproportion ne s'explique à leurs yeux que par l'intervention d'une cause étrangère. De là ce besoin, si frappant chez certains esprits faibles, de chercher toujours à un phénomène une explication autre que Texplication réelle ; il n'est pas pour eux de raison vraiment «suffisante. » Pour un soldat vaincu, la défaite n'est jamais expliquée suffisamment par des raisons scientifi- {^ues, par exemple sa propre lâcheté, la mauvaise disposition des corps d'armée, l'ignorance des chefs; pour que l'explication soit complète, il faut toujours qu'il y ajoute l'idée de trahison. De même, qu'un homme du peuple se donne une indigestion, il n'accordera pas qu'il avait absorbé une quantité de nourriture trop grande, il dira que les aliments étaient de mauvaise qualité et peut-être même qu'on a voulu l'empoisonner. Au moyen âge, quand il y avait la peste, c'était la faute des Juifs ; à Naples, le peuple bat ses saints quand la moisson n'est pas bonne. Tous ces faits s'expliquent de la même manière : un esprit encore inculte no peut pas consentir à accepter un résultat qu'il n'a pas voulu, il ne peut se résoudre à se voir soudain déconcerté par les choses, à dire avec Turenne à qui on demandait comment il avait perdu une bataille : c( Par ma faute. »

L'idée de providence spéciale vient fort à propos en aide à ce penchant naturel : elle permet à l'homme de se décharger sur elle, de se laver les mains en face des événements. Uii résultat qui coûterait trop à prévoir et à obtenir par des moyens naturels, on le demande à la providence, on l'attend au lieu de le produire; et si on est déçu dans son attente, on s'en prend au caprice divin. Dans la Bible, les rois ne commettent jamais de faute qu'envers Dieu; leur incapacité n'est que de l'impiété; or il est toujours plus facile d'être pieux que d'être capable.

En même temps que l'irresponsabilité naïve des peuples primitifs s'accommodait du gouvernement providentiel des dieux, elle s'accommodait non moins bien du g-ouvernement despotique d'un monarque ou d'une aristocratie. Le principe du despotisme est identique au fond à celui de la providence surnaturelle et extérieure : c'est une sorte de renoncement à la direction des événements, d'abdication. On se laisse aller, on se confie ; on ignore par ce moyen les déceptions les plus cruelles, celles de la volonté vaincue : un autre veut à votre place. On se borne à désirer, h espérer, et les oraisons ou les placets remplacent l'action, le travail. On flotte au cours des choses, dans une molle détente; si les choses vont mal, on a toujours quelqu'un à accuser, à maudire ou à fléchir; — si au contraire tout va bien, le cœur s'épanche en bénédictions, sans compter qu'en soi-même (l'homme est ainsi fait) on s'attribue encore une certaine part dans le résultat obtenu; au lieu de se dire : j'ai voulu, on se dit : j'ai demandé, j'ai prié. Il est si facile de croire que Ton contribue à mener l'Etat ou la terre quand on a murmuré deux mots à l'oreille d'un roi ou d'un dieu, et, comme la mouche du coche, bourdonné un instant autour de la grande machine roulante du monde. La prière propitiatoire a une puissance d'autant plus immense qu'elle est plus vag^ue, elle semble pouvoir tout précisément parce qu'elle ne peut rien de précis. Elle relève l'homme à ses propres yeux en lui faisant obtenir le maximum d'effets avec le minimum d'effoi'ls. Quelle tentation exercèi'cnt toujours sur les peuples les providences et les « hommes providentiels! » Conmie tous les plébiscites en faveur de ces hommes ont été prêts à rallier les suffrages des masses! Le sentiment de soumission aux décrets de la providence, nouveau destin personnifié, a été l'excuse de toutes les paresses, de toutes les rouliucs. Lorsqu'on le pousse jusqu'au bout, qu'est-ce autre

LA rnOYIDEXCE ET LA SOCIÉTÉ AVKC LES DIEUX. G9

chose que le sophisme paresseux des Orientaux? 11 est, vrai qu'on corrig-e habituellement la parole : « le ciel t'aidera, » par le précepte : « aide-toi toi-même. » Mais, pour s'aider goi-mème efficacement, encore faut-il avoir l'initiative et l'audace, encore faut-il se révolter contre les événements au lieu de se courber devant eux ; il ne faut pas se contenter de dire : « Que la volonté de Dieu soit faite, » mais : « Que ma volonté soit faite; » il faut être comme un rebelle au sein de la multitude passive des êtres, une sorte de Prométhée ou de Satan. Il est difficile de dire à quelqu'un ^ Tout ce qui arrive, tout ce qui est, est par l'irrésistible et spéciale volonté de Dieu, » et d'ajouter cependant : « Xe te soumets pas à ce qui est. » Les hommes du moyen âge, sous la tyrannie et dans la misère, se consolaient en pensant que Dieu même les frappait, et n'osaient se lever contre leurs maîtres, crainte de se lever contre Dieu. Pour conserver l'injustice sociale, il a souvent fallu la diWniser : on a fait un droit divin de ce qui n'était plus un droit vraiment humain et réel.

Le sentiment d'initiative, comme celui de responsabilité, est tout moderne et ne pouvait se développer dans l'étroite, société où l'homme a longtemps vécu avec les dieux. Se dire : « je puis, moi, entreprendre quelque chose de nouveau ; jaurai l'audace d'introduire un changement dans le momie, d'aller de l'avant ; dans le combat contre les choses, je lancerai la première flèche, sans attendre, comme le soldat antique, que les devins aient fini d'interrog-er lep dieux et donnent eux-mêmes le sig-nal; )• voihà une choso qui eût paru énorme aux hommes d'autrefois, eux qui ne faisaient point un pas sans consulter leurs dieux et les portaient devant eux pour s'ouvrir la route. L'initiative semblait alors une olTense directe à la providence, un empiétement çur ses droits; frapper le rocher, comme Aaron, avant d'avoir reçu l'ordre du dieu, c'était s'exposer à sa colère. Le monde était une propriété particulière du Très-Haut. 11 n'était pas permis à l'homme de se servir à son gré des forces de la nature , comme il n'est pas permis aux enfants déjouer avec le feu; encore n'était-ce pas pour la même raison, car nous ne sommes pas «jaloux» des enfants. La jalousie des dieux est une conception qui s'est propagée jusqu'à nos jours, quoiqu'elle cède et recule sans cesse devant le prog-rès de l'initiative humaine. La machine, cette œuvre de l'âge moderne, est la plus puissante atteinte portée à l'idée de providence extérieure et de Gua-

lité extérieure. On sait comment rinnocente vanneuse à blé fut maudite par les prêtres et regardée de mauvais œil par les paysans, parce qu'elle mettait au service de l'homme et employait h un travail dégradant cette force providentielle : le vent. Mais les malédictions furent inutiles, le vent ne put refuser de trier le blé , la machine vainquit les dieux, hh, comme partout, l'initiative humaine l'emporta. La science se trouvait, par sa direction même, opposée à l'intervention spéciale de la providence, puisqu'elle s'efforçait d'approprier les forces naturelles à un but en apparence non naturel et non divin. Un savant était un perturbateur dans la nature, et la science semblait une antiprovidence.

Avant les premiers développements de la science, l'homme primitif se trouvait, par l'effet de son imagination, dans un état de domesticité analogue à celui où il réduit lui-même certains animaux; or cet état influe profondément sur les habitudes des animaux, leur ôte certaines capacités pour leur en donner d'autres. Tels d'entre eux, comme certains oiseaux, deviennent, en domesticité, presque incapables de trouver par eux-mêmes la nourriture qui leur est nécessaire. Des animaux plus intelligents, comme le chien, qui pourraient à la rigueur se suffire, contractent cependant auprès de l'homme une habitude de sujétion (jui crée un besoin correspondant : mon chien n'est tranquille que quand il me sait près de lui; si par hasard je m'éloigne, il est inquiet, nerveux; au moindre danger, il accourt entre mes jambes au lieu de se sauver au loin , ce qui serait l'instmcl primitif. Ainsi tout animal qui se sait surveillé et protégé dans le détail par un être supérieur perd nécessairement de son indépendance primitive, et si on vient à lui rendre cette indépendance, il est malheureux, il éprouve des craintes mal définies, le sentiment vague d'un affaiblissement. De même pour l'homme primitif et inculte; une fois qu'il s'est habitué à la protection des dieux, cotte protection devient pour lui un véritable besoin; s'il vient à en être privé, il peut tomber dans un état de malaise et d'inquiétude inexprimables. Ajoutons que, dans ce cas, il ne s'en laissera pas priver longtemps : pour échapper à la solitude intolérable que fait en lui le doute, il courra bientôt se réfugier près de ses dieux ou de ses fétiches,

foussé par un sentiment identique h. celui qui ramené animal entre les jambes de son maître. Pour comprendre toute la force d'un tel sentiment chez les premiers individus

humains, il faut songer que la surveillance des dieux sur les hommes apparaissaitcomme beaucoup plus étendue encore et plus méliculeuse que ne l'est celle de l'homme même sur les animaux domestiques, du maître sur ses esclaves. L'homme primitif sent son dieu ou son génie derrière lui dans toutes ses démarches, dans toutes les circonstances de la vie; il s'habitue à n'être jamais seul, à entendre quelqu'un marcher partout avec lui; il se persuade que tout ce qu'il dit ou fait a un témoin et un juge. L'animal domestique lui-même n'est pas accoutumé par nous à une telle sujétion; il remarque très bien que notre protection n'est pas toujours efficace, que d'ailleurs nous nous trompons sur son compte, que nous le caressons quand il mériterait d'être puni, etc. Les chats, par exemple, savent que l'homme n'y voit pas la nuit : un soir, un chat blanc s'apprêtait à commettre à deux pas de moi quelque abominable méfait, ne se doutant pas que sa couleur le trahissait, même dans l'ombre , pour un œil attentif. Les anciens hommes avaient quelquefois de ces ruses à l'égard de leurs dieux; ils ne croyaient pas encore à l'entière souveraineté, à l'ubiquité de la providence. Mais, par une évolution logique, la providence finit par s'étendre à tout, par envelopper la vie entière ; la crainte de Dieii finit par être la perpétuelle défense de l'homme contre la passion, l'espoir en Dieu son perpétuel recours dans le malheur. La religion et la science ont ceci de commun, qu'elles aboutissent à nous envelopper également dans un réseau de nécessités ; mais ce qui distingue la science, c'est qu'elle nous fait connaître l'ordre réel de causation des phénomènes, et par là nous permet de modifier cet ordre quand il nous plaît; en nous montrant notre dépendance, elle nous donne l'idée et le moyen de conquérir une liberté relative; dans la religion, au contraire, l'élément mythique et miraculeux fait intervenir au milieu des événements un facteur imprévu, la volonté divine, la providence spéciale; par là, il trompe sur les vrais moyens de modifier le cours des choses. Quand on croit dépendre de Jupiter ou d'Allah, on accorde toujours plus d'efficacité à la propitiation qu'à l'action; il s'ensuit que. plus on voit sa dépendance, plus elle est sans remède ; plus on se soumet à son Dieu, plus on est soumis aux choses. Le sentiment d'une dépendance imaginaire vis-à-vis d'êtres supra-naturels accroissait donc la dépendance réelle de l'homme vis-à-vis de la nature. Ainsi entendue, l'idée de providence spéciale, de tutelle divine a

eu pour résultat de maintenir longtemps l'âme humaine dans une minorité véritable; cet état de minorité h son tour rendait nécessaire l'existence et la surveillance des protecteurs divins. Quand donc l'homme religieux se refusait à sortir de la dépendance où il s'était placé volontairement, c'est qu'il avait le sentiment vague de sa propre insuffisance, de son irrémédiable minorité; c'est ainsi que l'enfant n'ose s'écarter bien loin du toit paternel et ne se sent pas le courag'e de marcher seul dans la vie. L'enfant qui montrerait une indépendance hâtive, et de bonne heure irait courir les chemins, aurait grande chance d'être tout simplement un « mauvais sujet; » sa précocité pourrait bien n'être que de la dépravation. De même dans l'histoire , les irréligieux, les sceptiques, les athées n'ont été fort souvent que des enfants gâtés, en avant sur leur âge, et dont les libertés d'esprit étaient des gamineries. Le genre humain a eu longtemps besoin, comme l'individu, de grandir en tutelle; tant qu'il a éprouvé ce besoin, nous voyons qu'il ne pouvait manquer de s'appuyer sur l'idée d'une providence extérieure h lui et h l'univers, capable d'intervenir dans le cours des choses et de modifier les lois générales de la nature par ses volontés particulières. Puis , par le prog^rès de la science, on s'est vu forcé d'enlever chaque jour à la Providence quelqu'un de ses pouvoirs spéciaux et miraculeux, quelqu'une de ses prérogatives surnaturelles. Grâce à l'évolution de la pensée, la piété s'est transformée; elle tend aujourd'hui à faire un objet d'affection filiale de celui qui était naguère un objet de terreur, de conjuration, de propitiation. La science, enveloppant la Providence du réseau de plus en plus serré de ses lois inflexibles, l'immobilise pour ainsi dire et la paralyse. Elle ressemble à ces grands vieillards que l'âge a rendus incapables de se mouvoir, qui, sans notre aide, ne peuvent soulever un seul de leurs membres, qui vivent par nous, et qui cependant peuvent être d'autant plus aimés, comme si leur existence nous devenait plus précieuse à mesure qu'elle est plus oisive.

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