DU DOUTE A LA FOI
I. — Nous avons ailleurs proposé comme idéal moral ce que nous avons appelé r«/zo/?2?e morale, l'absence de règle apodiclique, fixe et universelle'. Nous croyons plus fermement encore que l'idéal de toute religion doit être de tendre vers Vanomie relùjieuse, vers l'aflrancliissement de l'individu, vers la rédemption de sa pensée, plus précieuse c^ue celle de sa vie, vers la suppression de toute foi dogmatique sous quelque forme qu'elle se dissimule. Au lieu d'accepter des dogmes tout faits, nous devons être nousmêmes les ouvriers de nos croyances. La foi serait sans doute, quoi qu'en dise Montaig-ne, un oreiller bien plus commode à la paresse que celui du doute. C'est pour beaucoup un véritable nid de la pensée oii l'on se blottit à l'abri, où l'on cache sa tête sous une aile protectrice, dans une obscurité tiède et douce; c'est même un nid préparé davance, comme ceux qu'on vend pour les oiseaux domestiques, faits de main d'homme et placés déjà dans une cage. Nous croyons cependant que, dans l'avenir, l'homme prendra de plus en plus l'horreur des abris construits d'avance et des cages trop bien closes. Si quelqu'un de nous éprouve le besoin d'un nid oii poser son espérance, il le construira lui-même brin par brin, dans la liberté de l'air, le quittant quand il en est las pour le refaire à chaque printemps, à chaque renouvea»'. de sa pensée.
L'absence de religion, l'anomie religieuse sera-t-elle ie sceplicisme? — Depuis la disparition des Pyrrhon et des Œnésidème, le scepticisme n'est plus qu'un mot qui sert à englober les doctrines les plus diverses. Les sceptiques grecs aimaient à s'appeler les chercheurs, Zrj-:-/;-:'.y.:( ; c'est le nom qui convient à tout philosophe, qui définit même le philosophe par opposition au croyant. Mais comme on abus,e du terme de sceptique, au sens moderne et négatif! Si vous n'appartenez à aucun système
1. Voir notre Esquisse d'une morale suTis obligation ni sanction.
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netî-cment défini, vous voilà rangé aussitôt au nombre des sceptiques. Pourtant, rien de plas éloigné du scepticisme superficiel qu'un esprit synthétique qui, précisément parce qu'il embrasse un horizon assez large, refuse de se cantonner dans un point de vue étroit, dans une clairière de cent pieds carrés ou dans un petit vallon entre deux montagnes. Vous n'êtes pas assez dogmatique, dit-on parfois au philosophe; à quel système appartenez-vous? dans quelle classe des insectes pensants faut-il vous ranger? sur quel carton de notre collection faut-il vous piquer de compagnie? Un lecteur éprouvera toujours le besoin d'interroger un auteur au moyen d'un certain nombre de formules convenues : — Que pensez-vous sur tel problème, sur tel autre? Vous n'êtes pas spiritualistc, vous êtes donc matérialiste? Vous n'êtes pas optimiste, alors vous êtes pessimiste? Il faut répondre par un oui ou un non tout court, comme dans les plébiscites. — Eh ! ce que je pense a peu d'importance, même pour moi, mon point de vue n'est pas le centre de la cité intellectuelle. Ce que je cherche à connaître, à deviner en moi comme en vous-même, c'est la pensée humaine dans ce qu'elle a de plus complexe, de plus varié, de plus ouvert. Si je m'examine moi-même, ce n'est pas en tant que je suis moi, mais en tant que je trouve en moi quelque chose de commun avec tous les hommes ; si je regarde ma bulle de savon, c'est pour y découvrir un rayon du soleil ; c'est pour en sortir et non pour y borner ma vue. D'ailleurs ceux-là seuls ont des idées absolument fixes, tranchées et satisfaites de leurs propres limites, qui précisément n'ont pas d'idées personnelles. Révélation, intuition, religion, en général affirmation catégorique et exclusive, telles sont les notions ennemies de la pensée moderne, qui ne peut se concevoir elle-même que comme toujours progressive et toujours élargie. Il y a deux sortes d'hommes, les uns qui s'en tiennent toujours à la surface des choses, les autres qui cherchent le fond; il y a les esprits superficiels et les esprits sérieux. En France, presque tous les hommes que nous désignons sous le nom de sceptiques ou de blasés sont simplement des superficiels tâchant de se donner un air profond. Ce sont aussi, souvent, des épicuriens pratiques. Il y aura à jamais des gens prêts à dire comme certain héros de Balzac : Trouver toujours bon feu, bonne table, n'avoir rien à chercher ici-bas, voilà l'existence! L'atleiite du vivre et du couvert est le seul avenir de la journée. Et il y eu
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aura d'autres pour qui la vie sera de chercher infaligablement.
Le nombre des « sceptiques » ne s'accroîtra pas nécessairement par la disparition de la religion. Le scepticisme qui n'est que légèreté et ignorance tient précisément aux mômes causes que les préjugés religieux, à l'absence d'une éducation philosophique solide et d'une discipline mentale. Quant aux intelligences vraiment sérieuses, elles sont de deux sortes : les unes positives, les autres spéculatives. Un esprit trop positif, trop terre à terre, s'il se généralisait à l'excès dans la société humaine, pourrait devenir une menace d'abaissement; mais ce n'est pas la religion qui l'empêche de se dévelojiper : voyez l'Amérique. Le véritable moyen de tempérer l'esprit positif, c'est de cultiver le sentiment du beau et l'amour des arts. Quant aux esprits spéculatifs, ils sont l'avenir de l'humanité; mais la spéculation, loin d'avoir besoin du dogme, naît plutôt de son affaiblissement : pour se poser des interrogations sur les questions les plus hautes, il ne faut pas avoir d'avance dans le dogme des réponses toutes faites. La disparition des religions positives ne fera donc que donner plus d'essor à la libre spéculation métaphysique et scientifique. L'esprit spéculatif est tout ensemble le contraire de l'esprit de foi et le contraire de l'esprit de négation absolue. Un chercheur peut parfois se défier de ses forces, se plaindre de son impuissance, mais il ne renoncera jamais, en face de la vérité lointaine. Les esprits vraiment forts ne seront jamais des découragés ni des dégoûtés, des Mérimée ou dos Beyle. Il y a dans la production active de l'esprit, dans la spéculation toujours mouvante, quelque chose qui dépasse tout ensemble et la foi et le doute pur, comme il y a dans le génie quelque chose qui dépasse à la fois l'admiration un peu niaise de la foule et la critique dédaigneuse des prétendus connaisseurs. Les esprits trop critiques et les esprits trop crédules ne sont que des impuissants. Il est bon de sentir sa faiblesse, mais de temps en temps seulement; il faut promener ses regards sur les limites de l'intelligence humaine, mais ne pas les y arrêter à jamais : on pourrait se paralyser soi-même. « L'homme, a dit Gœthe, doit croire avec fermeté que l'incompréhensible deviendra compréhensible; sans cela il cesserait de scruter, y) Malgré le nombre d'idées qui entrent et sortent au hasard des têtes humaines, qui montent et tombent sur notre horizon, qui brillent et
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s'éteignent, il y a cependant en tout esprit une part d'éternité. Dans certaines nuits d'automne se produisent au ciel de véritables pluies d'aérolithes : on voit, par centaines à la fois, ces petits astres se détacher du zénith, comme les flocons d'une neige lumineuse; il semble que la voûte même du ciel éclate, que rien ne soutient [ilus les mondes en train de s'effondrer sur la terre, que toutes les étoiles vont descendre à la fois et laisser une nuit sans tache au firmament devenu opaque : mais bientôt le tourbillon d'astres passe, ces lueurs d'une seconde s'éteignent, et alors, toujours à leur place sur la grande voûte bleue, on voit reparaître la clarté sereine des étoiles fixes : tout ce désordre se passait bien au-dessous d'elles et n'a point troublé l'éclat tranquille de leurs rayons, l'incessant appel de leur lumière. L'homme répondra toujours à ces appels : devant le ciel ouvert et l'interrogation posée dans la nuit par les grands astres, on ne se sent las et faible que quand on ferme lâchement les yeux. L'humanité ne perdra rien de sa force intellectuelle à voir, par la disparition de la foi religieuse, l'horizon s'agrandir autour d'elle et les points lumineux se multiplier dans l'immensité. Le vrai génie est spéculatif, et dans quelque milieu qu'on le place, il spéculera toujours; il a spéculé jusqu'ici en dépit de ses croyances, il spéculera encore mieux en dépit de ses doutes, parce que telle est sa nature.
Et il ne faut pas craindre que cette puissance spéculative de l'esprit humain, en s'augmentant, paralyse sa puissance pratique. Les intelligences assez larges, tout en regardant le monde de plus haut, ne cessent pas de le voir tel qu'il est et de comprendre la vie humaine telle qu'elle doit être. Il faut savoir être avec conviction un nomme, un patriote, un « tellurien, « comme disait Amiol avec quelque mépris : cette fonction, considérée en soi, peut paraître mesquine dans l'ensemble des choses, mais un esprit droit ne la remplira pas avec m.oins de conscience parce qu'il en voit les limites et l'importance restreinte. Rien n'est en vain, à plus forte raison nul être n'est en vain : les petites fonctions ont leur nécessité comme les grandes. Un homme d'esprit, s'il était portefaix ou balayeur public, ne devrait-il pas s'appliquer même à cette profession peu relevée et balayer par devoir comme d'autres se dévouent? Faire bien ce que l'on a à faire est le premier des dévouements, quoi qu'il en soit le plus humble. Une fourmi de génie n'en doit pas
apporter à la fourmilière un vermisseau de moins, même SI elle voit l'univers au delà de sa fourmilière et l'éternité au delà de l'instant qui passe.
II. — Si la suppression du dogme religieux n'aboutit pas au scepticisme, sa vraie et première conséquence n'en est pas moins le doute, et nous croyons que le sentiment moderne du doute est bien supérieur à la foi antique en un dogme. La foi religieuse se distingue dos croyances philosophiques par une différence de conscience, de réflexion sur soi. Si Ihomme qui a sa foi n'est pas tout à fait aveugle, du moins n'aperçoit-il qu'un point de l'horizon intellectuel ; il a mis son cœur quelque part, et le reste du monde n'existe pas pour lui; il reviendra toujours au coin choisi, à ce nid de sa pensée et de son espérance dont nous parlions tout à l'heure ; il y reviendra comme le pigeon lâché retourne à son pigeonnier et ne distingue que lui dans l'immense espace. Le fanatisme marque un degré d'inconscience de plus dans la foi. Au contraire, plus la conscience fait de progrès au sein de l'humanité, plus la foi religieuse se fond dans la crovance philosophique ; les deux sentiments ne se distinguent pkis que par une différence d'acuité dans le doute, qui lient elle-même à un degré de netteté dans la\ision des choses et de leurs faces multiples. A mesure que la conscience croit, elle manifeste ici comme partout son influence destructive sur l'instinct : tout ce qu'il y avait d'instinctif, de primitif, de naïf dans la foi disparaît ; en même temps s'en va ce qu'il y avait de fort, ce qui en faisait une puissance si redoutable installée dans le cœur humain. La vraie force revient à la raison consciente d'elle-même, consciente des problèmes, de leur complexité, de leurs difficultés; c'est la substitution de la lumière à la chaleur obscure comme principe moteur.
La foi, nous l'avons vu, consiste à affirmer des choses non susceptibles de vérification objective avec la même force subjective que si elles pouvaient se vérifier, à rendre dans les consciences l'incertain dynamiquement égal ou même supérieur au certain. L'idéal du philosophe, au contraire, serait une correspondance parfaite entre le deiiré de probabilité des choses et le degré de V affirmation intérieure. Il faudrait que notre conscience reproduisît exactement notre science avec ses démonstrations et ses hésita-
àlS L IRRELIGION DE L AVENIR.
lions tout ensemble. Si une intelligence primitive ne peut se résoudre à rester en suspens, si elle a besoin d'affirmer, une intelligence plus parfaite se reconnaît à ce qu'elle peut douter de ce qui est sujet à doute. La crédulité est le mal originel de l'intelligence.
Appelons donc certitude ce qui est certitude, croyance plausible ou probable ce qui est possibilité ou probabilité. Quand on s'occupe d'un point précis de fait^ on peut en venir à dire positivement : c'est là ce qui est, c'est là ce que l'avenir affirmera sur ce point; mais, quand il s'agit de c7'oy'inces et de croyances métaphysiques, il est absurde de dire : je crois telle cbose, donc c'est le dogme que vous devez tous adopter. La base positive des inductions métaphysiques que tente l'esprit humain est encore trop inégale et trop fragile pour ne pas permettre à la ligne des hypothèses un écartoment qui va grandissant dans les sphères obscures de l'inconnu; aucune de nos percées vers l'infini ne peut être encore parallèle à l'autre ; nos pensées aujourd'hui montent dans tous les sens et se perdent comme des fusées capricieuses sans pouvoir se rencontrer dans les cieux. Le philosophe ne peut que constater jusqu'à nouvel ordre cet écartement des lignes tracées par l'hypothèse humaine, sans essayer de le nier.
Maintenant, un problème se pose devant le philosophe même comme devant tous les hommes : celui de Yaction. Il faut bien adopter une ligne unique pour la conduite au milieu de cet écart des lignes qui caractérise la spéculation humaine ; laissant la pensée philosophique poursuivre ses courbes et ses méandres par-dessus nos têtes, nous devons choisir sur terre un petit chemin sur. Parfois on est forcé, pour agir, de se comporter avec des choses douteuses comme si elles étaient certaines. Un tel choix n'est cependant qu'un moyen inférieur et exceptionnel de prendre parti entre les hvpothèses dont on n'a pas le temps ou le pouvoir de mesurer exactement la réalité. On tranche ses doutes, mais c'est là un pur expédient pratique, un coup d'épée dans les nœuds gordiens de la vie dont on ne peut faire une règle de pensée. La foi, qui met sur un pied d'égalité le certain et l'incertain, l'évident et le douteux, ne doit être qu'un état d'esprit provisoire ayant pour but de permettre l'action. Aussi ne doit-on pas, pour ainsi dire, croire une fois pour toutes, donner à jamais son adhésion. La foi ne doit jamais être que le pis aller du savoir, un pis aller tout provisoire. Aussitôt que l'action n'est plus nécessaire, il
faut revenir au libre examen, à tous les scrupules, à toutes les précautions de la science. Kant a renversé violemment l'ordre des choses quand il a fait prédominer en morale la foi sur le raisonnement, prédominer la raison pratique, dont les commandements peuvent n'être que l'entraînement d'une habitude acquise, sur la raison vraiment critique et scientifique. Sa philosophie morale consiste à ériger le parti pris en règle, tandis qu'au contraire on ne doit prendre un parti qu'en dernière analyse, se demander toujours si le parti choisi était bien le meilleur, enfin, autant que possible, n'accorder aux diverses représentations de notre pensée qu'une puissance pratique exactement proportionnelle à leur probabilité dans l'état actuel de notre savoir. Les alternatives n'existent pas en dehors de nous : elles n'existent pas pour celui qui sait ; l'idéal moral n'est pas de les multiplier, de faire du saut périlleux la démarche habituelle de la pensée. Il n'y a pas de commandement calc'jorique ni de credo religieux pour le voyageur perdu sous des cieux inconnus, et ce n'est pas la foi qui le sauvera, mais l'action constamment contrôlée par l'esprit de doute et de critique. Le doute n'est pas, au fond, aussi opposé qu'on pourrait le croire au sentiment religieux le plus élevé : c'est une évolution de ce sentiment même. Le doute, en effet, n'est que la conscience que notre pensée n'est pas l'absolu et ne peut le saisir, ni directement, ni indirectement; à ce point de vue, le doute est le plus religieux des actes de la pensée humaine. L'athéisme même est souvent moins irréligieux que l'affirmation du dieu imparfait et contradictoire des religions. Douter de Dieu est encore une forme du sentiment du divin. D'ailleurs, la constante recherche que le doute provoque n'exclut pas nécessairement l'autel élevé au « dieu inconnu, » mais elle exclut toute religion déterminée, tout autel qui porte un nom, tout culte qui a ses rites. Dans les cimetières duTyrol, chaque tombe porte un petit bénitier de marbre que remplit l'eau du ciel et oii viennent boire les hirondelles du clocher : plus sacrée et plus bénie cent fois est cette eau claire venue d'en haut que celle qui dort inutile dans le noir bénitier de l'église et sur laquelle a passé la main du prêtre. Pourquoi la religion met-elle pour ainsi dire sous le séquestre, pourquoi reliret-elle de la circulation éternelle tout ce qu'elle touche, même une goutte d'eau? Cela seul est vraiment sacré qui est consacré à tous, qui passe de main en main, qui sert sans cesse, qui s'use même et se perd dans le service
universel. Point de maisons fermées, de temples fermés, d'âmes fermées; point de vies cloîtrées et murées, de cœurs étouffés ou éteints; mais la vie à ciel ouvert et à cœur ouvert, sous l'air libre, sous l'incessante bénédiction du soleil et des nuées.
On accuse souvent le philosophe d'orgueil parce qu'il rejette la foi; pourtant c'est le père de notre philosophie, c'est Socrate qui a dit le premier : je ne sais qu'une chose, que je ne sais rien. C'est précisément parce que le philosophe sait combien de choses il ignore, qu'il ne peut pas affirmer au hasard et qu'il est réduit sur bien des points à rester dans le doute, dans l'attente anxieuse, à respecter la semence de vérité qui ne doit fleurir que dans l'avenir lointain. Affirmer ce qu'on ne sait pas de science certaine, c'est une sorte de cas de conscience. Au point de vue individuel comme au point de vue social, le doute semble, dans certains cas, un véritable devoir; — le doute ou, si l'on aime mieux, l'ignorance méthodique, l'humilité, l'abnégation de la pensée. Là où le philosophe ignor.i', il est moralement forcé de dire aux autres et de se dire à lui-même : j'ignore, je doute, j'espère, rien de plus.
Le sentiment le plus original et l'un des plus profondément moraux de notre siècle, — du siècle de la science, — c'est précisément ce sentiment de doute sincère par lequel on considère tout acte de foi comme une chose sérieuse, qu'on ne saurait accomplir à la légère, un engag^ement plus grave que tous ces engagements humains qu'on hésite tant à prendre : c'est la signature dont parlait le moyen âge, qu'on trace avec une goutte de son sang et qui vous enchaîne pour l'éternité. x\u moment de la mort surtout, à cette heure oii les religions disent à l'homme : abandonne-toi un instant, laisse-toi aller à la force de l'exemple, de l'habitude, au désir d'affirmer même là où tu ne sais pas, à la peur enfin, et tu seras sauvé, — à cette heure où l'acte de foi aveugle est la suprême faiblesse et la suprême lâcheté, le doute est assurément la position la plus haute et la plus courageuse que puisse prendre la pensée humaine : c'est la lutte jusqu'au bout, sans capitulation ; c'est la mort debout, en présence du problème non résolu, mais indéfiniment regardé en face.