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ÉPOQUES

DB LA BÉCOLTS

Mi -juillet.

Fin octobre.

Mi-juin.

Fin octobre.

Puis on travaille la terre jusqu'au mois de mars de Tannée suivante, et l'on recommence (fig. 6).

D'autres régions de la plaine de Valence sont consacrées à diverses cultures maraîchères ; d'autres à la culture du riz, qui a pris dans toutes les parties basses une très grande extension. Enfin les arbres fruitiers, orangers et grenadiers, poiriers et pêchers, etc., couvrent, serrés, des jardins entiers. Le mûrier est aussi cultivé, malgré la décadence actuelle de cette vieille industrie de la soie qui a fait en grande partie la fortune passée de Valence ^ . Toutefois les arbres sont ici dans la huerta proprement dite moins nombreux qu'à Dénia, à Gandia ou qu'à la Ribera du Jucar : les vignes, les oliviers et les caroubiers sont surtout réservés pour les versants que n'atteignent pas les eaux d'irrigation ^

C'est ainsi qu'entre la plaine de Valence et le Delta de l'Ebre les oliviers, les caroubiers, et les vignes s'étendent assez souvent sur les colUnes basses et parallèlement au rivage ; mais en

* Un des plus curieux monuments de Valence est la Lonja de la Seda (la Bourse de la Soie), qui date de la fin du xv" siècle.

'^ Un document très ancien, une sentence arbitrale du roi Jayme I^**, laquelle date du 4 avril ia68 et établit d'une manière invariable les droits de dîme, de prémices et de paroisse à prélever sur les produits de la huerta de Valence, nous renseigne indirectement sur les cultures alors pratiquées à Valence ; et Ton constate ainsi que les cultures y étaient alors aussi nombreuses et aussi diverses qu'aujourd*hui ; quelques-unes même, comme la canne à sucre, ont aujourd'hui disparu. — Jaubert de Passa a donné la traduction de ce document valencien qui lui avait été communiqué par Xavier Borull : voir Voyage en Espagne, II, p. 289-294.

BauNHBs. 5

SG PÉMN.'illDE IBÈnlQVE

deux autres points seulement les irrigations sont développées jusqu'à donner de vraies huertas : la huerta de Sagunto à laquelle les eaux sont apportées par une dérivation du Rio

Canales, atHuent principal du Hfo Palancia, — et la « Plana » de Caslellûn, inagnifiquc plaine où sont récoltés fruits, céréales et légumes, où sont cultivés le chanvre et le blé, le mûrier et l'oranger, et qui utilise, par le moyen de simples dérivations, les eaux du Rio Mijares.

LES FAITS ÉCONOMIQVES 67

L'eau qui a été dans cette zone d'irrigations roccasion de travaux si considérables et si coûteux a été aussi l'objet d'une réglementation et d'une administration spéciales. Nous voulons précisément connaître comment l'eau est envisagée et traitée aux points de vue économique et administratif dans les régions arides où l'homme organise l'irrigation. Si nous avons cherché jusqu'ici à déterminer les caractères exacts du cadre géographique de ces faits d'activité humaine, c'est afin de pouvoir répondre à cette question : est-il possible d'établir quelque rapport entre les caractères géographiques qui distinguent telle ou telle plaine iiTiguée et les formes diverses qu'ont prises en tel ou tel cas la réglementation et l'organisation administrative des eaux ?

Il importe donc, en la zone considérée, de choisir et d'étudier un type significatif d'organisation et de réglementation. La huerla qui nous fournira ce type, est tout indiquée, c'est la huerta de Valence : elle est celle dont les règlements — et nous dirions presque les lois — concernant l'usage et la poHce des eaux sont les plus fameux et les plus connus. C'est à bon droit que nous pourrons ensuite à cette plaine-type comparer les autres plaines, à cette organisation-type comparer les autres « communes hydrauliques »*.

L'organisation économique de la buerta de Valence. — De quelle époque datent les irrigations de la plaine de Valence ? Les Arabes ont-ils été vraiment les créateurs de la huerta de Valence? ou bien se sont-ils trouvés en présence d'essais antérieurs et imparfaits qu'ils se sont contentés de développer et de perfectionner? Je suis convaincu que les Arabes n'ont pas été là plus qu'ailleurs des créateurs, mais je ne peux pas traiter ici ce problème historique qui doit rester en dehors de mon

* L'expression est de Maurice Aymard dont le beau travail, que nous citons maintes fois. Irrigations du Midi de l'Espagne, Paris, 1862, est si justement classique.

travail présent. Je n'ai pas à remonter au delà de la cédula de 4239 qui est en ce qui concerne Valence le document fondamental. Jaime I*^ roi d'Aragon, ayant trouvé les irrigations de la plaine de Valence nouvellement reconquise en pleine prospérité et en pleine activité, voulut conserver à ses sujets Valenciens le bénéfice des travaux antérieurement exécutés. Par la cédula de 1239, il leur « donna et octroya » les eaux, sans leur imposer aucune compensation, <( ni servitude, ni service, ni tribut)). Et il ne craignit pas de terminer cet acte en manifestant la volonté que l'on observât et conservât (( ce qui était et avait été établi et accoutumé dans le temps des Sarrasins )) \ Ainsi les Espagnols, qui ont en général tenté de ruiner ou de contredire tout ce qu'avaient fait les Arabes, sont restés sur ce point fidèles à la tradition établie. Rien ne saurait mieux indiquer dans quelle mesure et jusqu'à quel point s'imposent à Tactivité de l'homme des traditions culturales et économiques, si celles-ci sont vraiment conformes aux exigences des conditions naturelles.

Des huit canaux qui existaient au moment de la conquête, Jaime I" réserva à la couronne l'un d'entre eux, celui de Moncada, et concéda la propriété des sept autres canaux aux habitants de la région de Valence, en leur donnant l'usage gratuit

des eaux. En 1268 le canal de Moncada fut pareillement cédé à l'ensemble des propriétaires de la région, moyennant 5 000 sueldos. Toutefois le canal de Moncada resta toujours indépendant des (( Sept canaux ».

Le régime des « Sept canaux ))*. — L'eau est inséparable

* Voir le texte de la Cédula aux Notes et pièces justificatives, A.

"^ « Le règlement des sept canaux inférieurs de la plaine de Valence qui sont aujourd'hui en vigueur portent les dates suivantes : La Rovella, 1699-1778 ; Favara, 1701 ; Guart, 1709; Mislata, 1751 ; Rascafla, 1765; Mestalla, 1771. Celui de Tormos... a été modifié en i843... A ces sept règlements nous devons en ajouter deux autres qui s'appliquent à des branches secondaires, ... le premier relatif aux territoires de Beoacher et Faitanar porte la date de 1740. Le second, relatif au territoire de Chirivella, porte la date de 1792. Ce sont ces neuf règlements que nous vou-

de la terre; il est défendu de vendre la terre sans les eaux, et inversement ; cette interdiction s'étend même à la location d'un simple tour d'arrosage : l'observation de cette règle est si bien passée dans les habitudes qu'en très peu de cas seulement, en de très rares occasions, on a dû sévir contre des propriétaires qui l'avaient transgressée.

L'homme est propriétaire de sa terre et usager de l'eau ; car à la propriété de la terre est joint un droit d'usage sur une certaine quantité d'eau.

Tous 'les usagers des eaux d'un même canal constituent une junta gênerai (assemblée générale) qui se réunit tous les deux ans. Cette assemblée* élit une junta de gohierno (commission executive), vote elle-même les impôts, et résout les questions qui dépassent la compétence de la junla de gohierno. En outre, le plus souvent (chaque canal a sa junta, et sur quelques points secondaires comme sur celui-ci les règlements constitutifs varient) elle élit directement le syndic.

Les fonctions du syndic sont modestes en apparence : ce fonctionnaire doit s'occuper d'une foule de petites questions de détail; mais d'autre part, comme mandataire de la collectivité, il joue un rôle capital. Il est l'administrateur délégué du canal, et l'administrateur délégué des fonds de la communauté ; il est enfin l'arbitre suprême de qui dépend, en temps de sécheresse, la répartition des eaux.

Le syndic (au moins pour la plupart des canaux) nomme un

drions faire connaître, mais nous ne devons pas dissimuler notre embarras. Ces neuf règlements occupent, dans le recueil que nous avons sous les yeux, /|Ou pages in-8. Le plus court, celui de Tormos. a 53 articles. Le plus long, celui de Bcnachcr et Faitanar en a jusqu'à i83 ». Maurice Aymard, Irrigations, etc., p. 35. On comprend qu'à notre tour nous nous soyons uniquement efforcé de dégager de toute cette masse confuse de règlements les principes essentiels. — On trouvera, à titre de s|)écimen, dans Maurice Ay.mabd, la traduction du règlement le plus récent, celui de TAcequia de Tormos, appendice, p. 3()3-3i5. — On trouvera encore de curieux extraits de règlements encore plus anciens dans Javbekt de Passa, Voyage en Espagne, I, p- 237-289.

certain nombre de fonctionnaires à lui subordonnés, et dont quelques-uns détiennent aussi une part du pouvoir exécutif arbitraire : les atandores (surveillants des arrosages) peuvent, lorsqu'un terrain est à leur avis suffisamment arrosé, faii-e passer les eaux sur un terrain voisin.

Le groupe des syndics des divers canaux de la huerta constitue dans toutes les questions qui se rattachent à l'organisation pratique de l'irrigation un conseil délibératif et exécutif dont les décisions sont sans appel.

La (( communauté des irriganis » a son secrétaire et son avocat pour la défense de ses intérêts collectifs devant les tribunaux ordinaires.

Dans la zone d'irrigation de chaque canal, l'eau est répartie d'après un ordre de succession établi entre tous les ayants droit. Cette répartition est en outre caractérisée dans la huerta de Valence par l'intervention continuelle des agents de la communauté. Ceux-ci sont appelés à apprécier : d'abord l'état des cultures et des récoltes; et ensuite la quantité d'eau dont chacune des cultures a besoin.

Orangers et mûriers, blé et riz, chanvre et maïs, légumes et melons, etc. : toutes ces plantes de tempérament si divers ont des besoins très inégaux au point de vue de l'irrigation. Et pourtant chaque propriétaire est libre d'établir sur sa terre la culture qu'il préfère ou qui lui convient. Il est manifeste que si tous les propriétaires faisaient en même temps la même culture l'eau pourrait manquer. Non seulement des habitudes traditionnelles établissent une variété qui maintient l'équilibre. Mais encore l'harmonie est sauvegardée, les conflits sont ou évités ou tranchés par l'intervention du pouvoir exécutif, qui a perpétuellement la hberté de donner des ordres, et qui a l'autorité nécessaire pour se faire obéir.

La durée de l'arrosage de chaque parcelle n'a pas d'autre limite que la limite assignée, selon les exigences de la culture, par Vatantador, Il arrive souvent qu'un supplément d'eau

(agua de gracia) est accordé à une récolte menacée, au détriment d'une autre récolte qui en a moins besoin, ou qui en a un besoin moins urgent.

Les grandes sécheresses ne sont pas rares; lorsqu'elles surviennent, toutes les règles coutumières sont suspendues. Les syndics se réunissent et décrètent pour ainsi dire l'état de sécheresse, comme un commandant de place décrète Tétat de siège * .

Le syndic de chaque canal est alors maître absolu de l'irrigation dans sa zone. Son devoir est d'essayer de protéger et d'amener à bonne fin quelques-unes des récoltes, plutôt que de chercher à les traiter toutes pareillement. Il a le pouvoir discrétionnaire d'ouvrir et de fermer les écluses à son gré. Aux usagers de l'eau il est interdit de protester, à fortiori d'enfreindre les décisions, sous peine d'une très forte amende. C'est une vraie dictature.

Durant les époques d'extrême sécheresse, une suprême décision est possible dans l'intérêt de la collectivité ; les syndics peuvent obtenir qu'au lieu de distribuer les eaux entre les divers canaux delà huerta, on en réserve la totalité tantôt pour certaines cultures, tantôt pour d'autres", tantôt pour les canaux de la rive droite, tantôt pour ceux de la rive gauche, en établissant une alternance de 3 ou 3 jours. Bien plus, « l'état de sécheresse » confère à cette collectivité des « Sept canaux » non seulement des droits absolus et des pouvoirs coercitifs vis-

* Une mesure analogue est prise en temps de sécheresse dans le Roussillon : Voir aux Notes et pièces justiâcatives, D, Règlement du Ruisseau de las Canals,

2 a Les chanvres passent en première ligne, c'est la culture réputée la plus riche. Il est à remarquer d'ailleurs que la récolte du chanvre se faisant au milieu de juillet» k une époque où la sécheresse ne se fait pas sentir depuis bien longtemps, il suflit toujours d*un seul arrosage, sous le régime du landeo, pour sauver toutes les récoltes de chanvre. Quand le chanvre est arrosé, il y a pour chaque culture un ordre de préférence établi par l'usage. On donne IVau aux cultures privilégiées, aux artichauts, par exemple ». M. Ay.mahd, Irrigations, etc., p. 5o.

73 PÉNINSULE IBÉBIQUE

à-vis des membres de la collectivité, mais encore des droits vis-à-vis d'autres groupes, de groupes indépendants.

En temps ordinaire, les villages, situés en amont sur le Turia, dans la montagne, usent des eaux de ce cours d'eau pour quelques irrigations plus ou moins bien organisées. Quand « l'état de sécheresse » est proclamé, les syndics réunis peuvent aller trouver l'alcade (en espagnol alcalde), c'est-à-dire le maire de la ville de Valence ; et ils montent tous ensemble jusqu'à ces villages de la montagne pour leur signifier l'exécution de la clause suivante qui fait partie des privilèges concédés par Jaime el Conquistador aux cultivateurs de lahuerta de Valence. « Les prises d'eau des villages de Pedralba, Villamarchante, Benaguacil et Ribarroja, situés dans la montagne, doivent être fermées durant quatre jours et quatre nuits consécutifs ; les eaux doivent être laissées aux sept canaux de la plaine inférieure. )) Si une résistance se produit, il est fait appel au gouverneur civil de la province, qui doit intervenir*. De même les (( Sept canaux » ont certains droits sur les eaux du canal de Moncada (voir plus loin).

Au reste ce ne sont là que des cas anormaux et extraordinaires; ils témoignent du moins de la logique du système, et nous permettent d'en préciser avec plus de sûreté la conception directrice. Ils permettent aussi de mieux interpréter les mesusures ordinaires et normales.

Car le principe même qui est adopté pour la division des eaux entre chacun des sept canaux révèle aussi, nous semble-t-il, cette conception fondamentale que les eaux appartiennent à la collectivité organisée. Nous abordons ici une question qui a

^ C'est la conception de plus en plus précise de la connexion qui existe entre les intérêts de tous les irrigants utilisant les eaux d'une même rivière qui a amené en i853 à la constitution d'un syndicat général d'irrigation pour tout le Turia et ses affluents. Voir Rcglamcnto para cl Sindicato gênerai de riegos dcl Rio Turia y sus aQuentes en la provincia de Valencia, ii de Ëncro de i853.

soulevé de longues discussions historiques et juridiques. L'unité admise pour la distribution de Teau entre les divers canaux s'appelle à Valence Idi Jila ; et nous retrouvons une unité analogue pour la distribution de l'eau soit entre les canaux soit entre les particuliers, dans toutes les régions de l'Espagne où les irrigations sont de date ancienne, à Grenade, à Alicante, à Elche, à Lorca, à Murcie, à Orihuela comme à Valence ; tantôt cette unité porte le nom de Jila, tantôt celui de hila ou de hilo ; traduisons-le, si l'on veut, en français par le moi fil on filet d'eau.

Or, que vaut cette unité? Des hommes comme Tomas Villanueva, José Soto, Cervera, Azofra ont cherché à en déterminer au moins approximativement la valeur réelle*. Mais ils ne sont point tombés d'accord et ils ne pouvaient en effet s'accorder.

Eclairés par la conception générale de la propriété et de l'usage des eaux que nous avons déjà constatée, nous comprendrons aisément quel sens il faut accorder à cette unité : ce n'est pas une mesure déterminée, représentant un volume fixe, mais bien une quantité variable ; il ne peut être question que d'un volume d'eau variant proportionnellement avec le volume total ; on doit entendre la fila comme une vraie fraction déterminée de la quantité totale disponible*. De la sorte la répartition entre les divers canaux et les divers usagers particuliers est conforme à la plus rigoureuse justice. En cas d'abondance, tous sont également favorisés; en cas de disette, tous souffrent également'.

* « Les deux premiers définissent la fila le volume d'eau qui passe par un orifice carré ayant de côté i palmo valencien (o<",a26) et une vitesse de 4palmos(o'^.9o4) par seconde. Cervera adopte la môme section, mais il admet une vitesse de 6 palmos (i™,356). Avec la première définition, la fila correspondrait à un débit de 46 litres par seconde ; avec la seconde ce serait un débit de 69 litres ». M. Aymard, irrigations, etc., p. 28. — Voir aussi A. Llalkado, ouv. citéy il, p. 807.

^ A ce point de vue les Ordcmanzas de Riegos para las vegas de Almeria y siete pueblos de su Rio contiennent un article décisif, voir Cap. 111, art. 8.

3 Sur l'interprétation de la fila comme u partie aliquote du débit total », nous nous trouvons ainsi tout à fait d'accord avec Aymard, p. 24. — Dans la buerla de

Tels sont, dans leurs lignes essentielles, les règlements et principes qui fixent la répartition des eaux d'irrigation dans la plaine hispanique périphérique de Valence ; principes et règlements sont entre eux parfaitement cohérents, et s'expliquent les uns les autres.

Toute cette organisation est parachevée et complétée par le Tribunal de aguas, qui est un tribunal à la fois administratif et judiciaire. (Ce tribunal peut même avoir un rôle exécutif dans les cas de sécheresse).

Le tribunal se compose des syndics. En principe et en dehors des circonstances exceptionnelles, les syndics doivent se réunir tous les jeudis de 1 1 heures à midi devant la vieille porte de la cathédrale de Valence ; la foule s'assemble tout autour.

Le tribunal se trouve le plus ordinairement en présence de deux catégories de faits: ou bien un agent administratif dévoile une fraude dont Fauteur doit être puni ; ou bien un usager porte plainte contre un autre usager et le tribunal doit juger la plainte et imposer la réparation.

Dans les deux cas les parties sont interrogées par le syndic du canal auquel se rapporte 1' « affaire » ; et ce syndic ne prend pas part au vote qui fixe la sentence.

La dcHbération se fait à voix basse : et la sentence est immé-

Valence, ce n'est que lors de Tétiage qu'on applique la répartition par filas dans la proportion suivante ; le volume total étant égal à i38 Glas :

48 sont accordées à l'acequia de Moncada

I /i — Tormos

lo — Mislata

lo — Mestalia - . o .

/ -, \ = les ocpt canaux.

1 4 — r a\ara / *^

1/4 — Guarte

1 4 — Rascafia

l'i — Rovella

Par ailleurs cl au contraire, pour les travaux nouveaux comme pour le canal de Henares qui arrose la petite vega de Alcala, ou pour le canal Lozoya, les Espagnols paraissent avoir abandonné la tradition des partileurs et modules fondés sur le partage proportionnel ; et ils ont établi des modules fixes. A. Ronna, Les irrigations, II, p. 289.

diatement proclamée en dialecte valencien. Cette sentence est sans appel. La sentence n'est écrite que lorsque les intéressés le demandent. Cette juridiction est absolument gratuite, si les amendes ou indemnités sont payées sur-le-champ \

Le tribunal a plein pouvoir sur les biens des parties condamnées qui n'accepteraient pas la sentence. Il peut requérir Tassistance des tribunaux ordinaires et demander aide aux pouvoirs civils.

Le tribunal n'est compétent que sur les affaires concernant l'eau et ï usage des eaux. Toute question ou contestation de propriété, concernant par là même la terre, est du ressort des tribunaux ordinaires.

C'est bien l'eau qui est la raison déterminante de cette organisation collective et c'est l'usage de Teau qui maintient le lien social. Tout le système se fonde sur l'eau et se borne à l'eau.

Aussi bien, dans ces limites, la huerta de Valence nous offre un exemple parfait de copropriété des eaux entre tous les cultivateurs propriétaires de la terre. Tandis que le cation de riego coûte annuellement, en certaines régions irriguées de la Péninsule ibérique, 100 pesetas ou même davantage, il est réduit parfois à Valence a 4 ou 6 pesetas : c'est dire que dans cette sorte d'abonnement si minime rien ne représente le prix de l'eau. Leau est gratuite : cet impôt annuel représente seulement la participation de chacun aux frais généraux d'entretien , de réparation et de nettoyage ^

Cette gratuité du droit à l'arrosage est d'autant plus caractéristique que l'eau accroît dans des proportions énormes la valeur

' On pourra lire une très vivante description d'une séance du Tribunal des eaux dans un roman récent de V. Blasco IbaiIk/, La Barraca, Madrid, Fernando Fé, 1899, dont l'action se passe dans la huerta de Valence, cl qui pourrait en un sens être appelé a le roman de l'irrigation ». G. Hkkëlle a traduit ce roman sous le titre Terres Maudites, Paris, Calmann Lévy, 1903.

2 Voir le détail des impôts suivant les canaux dans A. Llaurado, ouv. cité, II, p. 3i3 et aussi I, p. 61 et suiv.

de la terre et influe pareillement sur les prix courants des ventes : à Valence, les terres non irriguées {iierras de secano) sont estimées au maximum 4 ooo réaux, c'est-à-dire environ i ooo pesetas rhectare, tandis que Thectare de terre irriguée (tierrasde riegoY se vend de 20000 réaux au minimum (environ 5 000 pesetas) à 45 000 réaux (environ 1 1 000 pesetas) ^ La richesse exceptionnelle que procure Teau dans ces régions sèches est ainsi indirectement estimée et même payée, si Ton veut; et il ne saurait en être autrement ; il n'en reste pas moins vrai que l'eau, la richesse par excellence, est aussi indépendante que possible des fluctuations incessantes et capricieuses de l'offre et de la demande et échappe à tout accaparement par les individus.

Nous avons dit plus haut que dans la huerta de Valence le canal de Moncada avait eu une histoire et avait encore un régime légèrement différents de l'histoire et du régime des Sept canaux, La distribution de l'eau par exemple n'est pas seulement établie d'après un ordre de succession entre les usagers ; mais des heures d'arrosage sont encore assignées à chacun. L'arbitraire des atnndores est un peu moins étendu. Le Tribunal de aguas n'est pas absolument identique à celui de Valence et il n'est pas aussi indépendant de la justice civile ordinaire '\ Mais ce ne sont là que des variantes. L'organisation, dans ses principes et dans son ensemble, est tout à fait analogue à celle des Sept canaux : ici comme là l'usager ne peut en aucun cas disposer librement de l'eau ou la vendre à ses voisins ; et là comme ici, quand vient la sécheresse, tout ordre de distribution et tout tableau de répar-

* Sur ces deux expressions, voir dans Rein, Geographische und naturwissenschaftlichc Abhandlungcn. 1, Zur vicrhundcrtjàhrigen Feier der Entdeckung Amerikas: Golumbus und seine vier Reiscn nach dem Weslcn. Natur und hcrvorragende Ërzeugnisse Spaniens, Leipzig, 189:2 : Campos secanos und Campos regadios, p. 182- 219. Voir aussi Wkgkner, Hcrbstlagc in xVndalusien, Berlin, 1895, Fach. YI, Spanische Resledelungskunstc, p. 381-289.

^ A. Llaurado, owv. citéf II, p. Sog. — En principe i pescla (argent) = i franc.

^ Voir A. Llaukauo, oiiw cité y II, p. 3 19-321.

LES FAITS ÉCONOMIQUES -j^j

tition se trouvent momentanément supprimés ; les mandataires élus de la collectivité ont des pouvoirs discrétionnaires.

On peut donc tirer dès maintenant de cet examen rapide quelques conclusions générales. A Valence, la collectivité possède imprescriptiblement les eaux; Teau n'appartient à aucun des particuliers ; et c'est la collectivité qui en garde toujours la libre disposition \ Il y a là une organisation partiellement communautaire, avec tous les rouages administratifs et judiciaires indispensables. En outre cette organisation autonome est complétée par une organisation financière aussi simple que possible mais suffisante : les travaux généraux sont exécutés sur Tordre des représentants de la communauté, aux frais de la communauté et grâce aux fonds qui sont prélevés en vue des intérêts collectifs, prévus et déterminés.

Tel est ce que nous appellerons, dès maintenant et dans toute la suite de ces études, le type de Valencia, le type de Valence,

Autres vegas voisines de celle de Valence; les bnertas du JvLcar* — Sans nous éloigner beaucoup de la huerta de Valence et du cours du Turia, nous trouvons, pour ainsi dire encadrées dans des conditions géographiques analogues, des formes analogues d'organisation : au Nord de Valence, à Sagunto (Rio Palancia) et à Castellôn de la Plana (Rfo Mijares) aussi bien qu'au Sud de Valence, à Alcira, Escalona, Gandia, etc. ^

^ Consulter une excellente note dans Joaquin Costa, Colectivismo Agrarîo en EspaRa, p. 534-535.

* Voir la carte IV, Steppes et Systèmes d'irrigation. — Voir pour Sagunto : A. Llauradô, om^. cité^ 11, p. 338-33o ; pour Castellôn de la Plana, ibid.,p. 33i- 342 ; pour Alcira, etc., ibid., p. a8()-3oo ; pour Gandia, ibid., p. 278-279. — M. Aymard a consacré tout un chapitre (vu) aux irrigations de Murviedro (Sagonte) sur le Rio Palancia : a 1^ règlement de Murviedro, disait-il, est le plus récent que nous connaissions : il porte la date de i853 cl a été revisé en 18G1 », p. 107. Or il prescrit une organisation tout à fait conforme à celle qui est prescrite par les plus >ieux règlements: une junta gênerai^ représentant le principe du suffrage universel; une j un ta de gobierno \ un acequiero mayor\ et un tribunal de aguas.

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