‹ L'irrigationChapitre 16 sur 62 · II · texte numérisé non relu

II

' Enfin en certaines vegas les conditions naturelles qui tendent à faire disparaître les fortes organisations coUcclives sont encore d'un autre ordre. Dans la huer ta de ïortosa (à la tôte * du delta de l'Ebre) presque toutes les eaux destinées à l'irriga- S tion sont obtenues à l'aide de norias qui puisent dans un sous- ■ sol gorgé d'eau^. Il est loisible aux cultivateurs d'établir autant de norias qu'il leur est nécessaire, et la noria n'est jamais à sec ;

^ A. Llaurado, our. cité, II, p. 437.

' La nappe d'eau se trouve à une profondeur qui varie entre 5 et 7 mètres. Voir A. Llaubadô, ouv. cité, II, p. 4o3.

124 PÉNINSULE IBÉRIQVE

chaque propriétaire a sa ou môme ses norias. A quoi servirait dès lors une organisation collective de la propriété et de la répartition de l'eau ?

Littoral méditerranéen, du Delta de ÏEbre

au cap de Creus.

Si nous suivons la côte méditerranéenne vers le Nord au delà du Delta de FEbre, nous rencontrons des cours d*eau qui sont d'autant plus abondants qu'ils viennent de plus loin et de plus haut, de la chaîne même des Pyrénées. Et peu à peu les irrigations comportent une organisation de moins en moins compliquée : elles finissent même par ne plus être organisées par les soins des hommes, tant les pluies et les eaux de ruissellement suffisent au développement de la végétation naturelle et des cultures !

Campo de Tarragona, — Les importantes et belles huertas dont l'ensemble porte le nom de Campo de Tarragona sont arrosées par une série de petits cours d'eau dont les plus importants sont le Francoli et le Gaya ; les eaux sont abondantes et permettent des cultures très variées : oliviers, arbres fruitiers de toute espèce, vigne, blé, avoine, maïs, chanvre, légumes, et chacune de ces cultures jouit d'arrosages multiples ; les arbres reçoivent un arrosage tous les quinze jours de mars à août, les haricots sont arrosés tous les huit jours de mars à juin (première récolte) et de juillet à septembre (seconde récolte) : le chanvre reçoit sept arrosages de mai à juillet... et tout est à l'avenant. On sent ici qu'on n'a pas à compter avec l'eau; la distribution s'opère sans difficulté, et la réglementation est réduite au minimum.

Llobregat. — Le Llobrcgat est un cours d'eau de 190 kilomètres qui jusqu'à Molins de Rey, à 17 kilomètres de sou

LES FAITS ÉCONOMIQUES laS

embouchure, coule dans une vallée étroite laquelle ramasse et économise toutes les eaux.

Depuis le xiv" siècle, une chaussée en pierres sèches et un canal d'une quarantaine de kilomètres détournent les eaux nécessaires à l'alimentation et aux irrigations de Manresa : on estime à i 192 hectares la surfoce irriguée; mais ce ne sont pas les eaux qui manquent ; on accorde aux terres au minimum un tour d*arrosage par semaine : et une partie des eaux après avoir traversé la ville ou en la traversant font marcher des fabriques : faut-il s'étonner qu'il n'y ait pas là pour les eaux une organisation spéciale et indépendante? C'est Vayuntamiento lui-même (conseil municipal) qui est en grande partie chargé de l'administration du canal.

Au point où le Llobregat délx)uche sur le littoral, il est utilisé par les fabriques et par les moulins très anciens de Papiol et de Molins de Rey. Au commencement de ce siècle, quelques propriétaires habitant Barcelone (à 5 kilomètres au Nord de rcmbouchure du Llobregat) ou les villages de la banlieue eurent Tidéc de construire un canal qui utiliserait les eaux à leur sortie des moulins et des fabriques : ainsi fut construit le canal de la rive gauche du Llobregat appelé canal de la Infanta. Ce canal peut avoir au maximum un débit de /i 5ÎOO litres par seconde, alors que le débit d'étiagc du Llobregat est toujours supérieur h ce volume ; c'est dire que la saison sèche n'a aucune influence sur le débit du canal de la Infanta ; les cultures et les fabriques qui dépendent de ce canal ont à toute époque de Tannée l'eau qui leur est nécessaire. Ici encore l'organisation des irrigations se réduira à un tableau de distribution et à une administration rudimentaire; le règlement du 8 janvier iSoa ne comporte effectivement ni tribunal ni jury des eaux * .

* Nous n*avons pas à raconlcr Thistoire ridicule du canal do la rive droilc du Llobregat ; ecltc histoire est un témoignage do Tinsignc méconnaissance des condi-

laC PÉMXSVLE IDÉHIQUE

Le cas spécial du Canal de Moncada. — A peu de distance du Llobregat, le Rio Besos débouche dans la mer (à environ 5 kilomètres au Nord-Est de Barcelone). Une des principales et des plus anciennes dérivations du Besos est le canal qui alimente Moncada. Pour des raisons diverses, filtra tion des eaux ou remblaiement du lit, le volume d'eau du canal avait considérablement diminué à la fin du siècle dernier ; on commença alors à creuser ces galeries souterraines, connues sous le nom de las minas de Moncada et qui étaient destinées à retrouver en faveur du canal le débit nécessaire. Aujourd'hui les eaux fournies par les minas sont divisées en deux parts. Tune qui alimente toujours la ville et les irrigations de Moncada, l'autre qui assure l'alimentation de Barcelone. Ces diverses péripéties ont réduit les eaux de Moncada au strict nécessaire, et, par une conséquence naturelle, nous trouvons en vigueur à Moncada des Ordonnances du 22 mars 1842 qui reproduisent dans toute sa rigueur le régime de Valence ; il y a jusqu'à un Tribunal conservador qui est destiné à juger sommairement et verbalement tous les conflits et délits se rapportant au régime ou à la police des irrigations. — C'est là comme une contreépreuve, qui manifeste clairement en cette zone plus arrosée, que tous ces faits économiques dépendent avant tout des conditions naturelles.

Divers cours d'eau pyrénéens, — Plus au Nord encore, le Ter, qui arrose le petit Ampurdân, le Fluviâ, qui arrose le grand Ampurdân et le Rio Muga servent beaucoup plus à faire marcher des fabriques et des moulins qu'à alimenter des canaux

lions naturelles initiales dont peut être capable une Administration ; on a creusé un canal et toutes ses ramifications sans s'être préoccupé des eaux qui devaient l'alimenter : l'État a dû racheter à l'entreprise particulière les travaux exécutés, puis chercher après coup quelles eaux pourraient être amenées jusqu'à ces travaux afin que ceux-ci aient au bout du compte quelque utilité. (Voir A. Llaura.d6, II, p. 460-475.)

LES FArrs ÉCONOMIQUES la;

d'irrigation* ; les cultures les plus importantes, vignes, oliviers et céréales, sont d'ordinaire suffisamment arrosées par les eaux de pluie, et surtout par les eaux des très nombreuses et grandes norias.

Comme pour marquer au pied même des Pyrénées que les irrigations sont là chose superflue, les petites plaines de Figueras, de Vilabertran et de Vilasacra sont situées au-dessus d'une nappe abondante qui se rencontre à peu près partout à une profondeur de i à 3 mètres ; de toutes parts s'aperçoivent les longues perches de ces appareils élémentaires de puisage que Ton appelle les puarancas (et qui ressemblent aux cigognes des jardiniers de Gênes ou aux chadoufs des Egyptiens). A Vilasacra, l'eau de la nappe filtre et sourd même à la surface, assurant l'irrigation sans aucun secours, sans aucune intervention du travail humain.

Au delà des Pyrénées, dans cette dépression encaissée entre la grande chaîne et les Corbières, reparaît le type caractérisé de steppe: c'est la plaine du Roussillon*. Là de très ancienne date aussi se sont développés, dans les petits bassins du Tech et de la ïet, de magnifiques systèmes d'irrigation avec organisations originales et autonomes^. Et nous pourrions suivre

' Les environs de Géronc sont arroses au moyen d'un petit canal qui est la propriété de la ville ; mais les eaux sont prises par les moulins et déjà dans le premier quart de ce siècle Jaubert de Passa écrivait : a Ainsi donc un fleuve et un canal d*arrosage traversent inutilement la plaine de Gérone » (1, p. 4o) ; car « en 1808, les fermages des seuls moulins ont» dit-on, produit à la ville aôuoo livres catalanes, ou plus de 69000 francs » ([, p. 4i)- On voit que nous n'avons pas à insister ici sur ces petits bassins secondaires, où Tirrigalion proprement dite est insignifiante ou nulle.

2 Voir D*" Fîmes, Climatologie du Roussillon, Ann. Bureau central Météorologique, I, p. B.93 — B.aoa.

^ Alfred PrcARD et C. Colson, résumant dans le t. IV de leur Traité des Eaux les données d'une statistique des Associations syndicales existant en France au I*»" jan>ier 1887 (statistique publiée dans le Bulletin de l'Hydrauliffue agricole), constatent que sur 200 Associations remontant à l'ancien régime, il y en a 160 qui ap[)arlienncnl aux Pyrénées -Orientales (p. 89).

pi-*

laS PÉSÎSSVLE IBÉRIQUE

au delà des Pyrénées et dans toute la France méditerranéenne jusqu'aux vallées des Hautes-Alpes la distribution géographique de ces types d'organisation comme nous l'avons fait dans l'Espagne sèche. Mais nous réservons cette étude : car ces territoires ont subi de telles vicissitudes historiques que les faits géographiques y ont été trop souvent altérés et déformés.

Pour ne parler ici que du Roussillon, si voisin de l'Espagne, et dont le sort a été si souvent lié à celui des pays transpyrénéens, nous pourrions, en invoquant l'exemple du célèbre canal de Perpignan, appelé Ruisseau de las Canals, montrer à quel point les perturbations politiques ont modifié une vieille organisation économique (Voir aux Notes et JPièces justiûcativesy D, Note sur le a Ruisseau de las Canals » de Perpignan).

Cinquième groupe. — Les centres d'irrigation des

provinces méridionales.

Au point de vue des irrigations, nous devons examiner les trois régions que nous avons précédemment distinguées : la dépression même du Guadalquivir, le chapelet des hautes plaines de la montagne, la frange des plaines littorales méridionales.

Bassin du Quadalquivir. — Les steppes s'avancent, nous l'avons dit, jusque dans le haut bassin du Guadalquivir ; et l'esparlo couvre une partie des versants septentrionaux de la Cordillère Bétique. Mais il n'y a insuffisance de pluies dans ce fond d'entonnoir de la dépression du Guadalquivir que durant l'été et seulement sur la rive gauche du fleuve; il convient d'ajouter qu'au pied des chaînes calcaires comme la Sierra de Cazorla (Jurassique) ou la Sierra Jabalcuz (Crétacique) les sources sont nombreuses, et quelques-unes ont un fort débit.

Descendre la vallée du Guadalquivir, c'est rencontrer des

LES FAITS ÉCONOMIQUES lag

territoires de plus en plus faciles à cultiver, qui exigent de moins en moins le travail humain. Et dès Andùjar on s'en aperçoit vite : la terre dite para sembrar (pour semer) rapporte beaucoup moins que les olivettes ; elle demande plus de travail et donne moins de profit ; on l'appelle couramment tierra calma et on ne se donne plus grand'peine pour l'arroser et pour rendre intensive la culture des céréales.

Dans le haut bassin du Guadalquivir, quelques réseaux d'irrigation sont encore organisés, à Cazorla, à Ubeda, etc., c'est-àdire dans le voisinage des dernières steppes. Et ces réseaux sont régis par des syndicats qu'élisent tous les propriétaires ; ces syndicats qui sont en temps ordinaire peu actifs recouvrent en temps de sécheresse une efficace autorité ; ils attestent d'une manière intermittente le caractère collectif des intérêts qui là encore dérivent de l'eau.

Ailleurs l'organisation spéciale des irrigations a disparu complètement; les eaux ont un débit assez constant pour qu'il importe uniquement d'en assurer la distribution. Dans la province de Jaén à Alcaudete, dont les environs sont très fertiles \ les eaux sont fournies par des sources. L'ayuntamienlo (conseil municipal) possède la Fuente Almiinia, et fait lui-même la distribution des eaux. Les eaux de source sont ainsi fréquemment propriété communale, et Teau est administrée selon le même mode que toutes les autres propriétés communales.

Enfin plus bas dans la vallée et plus loin vers l'Ouest, les précipitations sont assez fortes et assez heureusement réparties de l'automne au printemps, pour que les habitants ne se soucient même plus d'organiser des irrigations : toute la plaine de Carmona, riche plaine de céréales, à TEst de Séville, est une plaine sans irrigation ; les norias à manège sont nombreuses et suffisent à tous les besoins.

* M. WiLLKOMM signale très justement le contraste qui existe cnlre les environs iramédiats de Jaén, bien cultivés et fertiles, et la steppe de Jaén qui s'étend plus à TEst (Grundzûge, etc., p. 277).

Brui^ïhes. 9

i3o PÉNINSULE IBÉRIQUE

A Palmadel Rio, sur le Genil, la huerta est arrosée non plus par le moyen de norias ordinaires, mais par le moyen de grandes roues verticales à palettes et à pots, dont les palettes sont mues par le cours d'eau lui-même, et dont les pots déversent leur eau à un niveau sensiblemenisupérieur àcelui du cours d'eau. A Palma del Rio on compte 20 de ces grandes roues dont plusieurs ont 9 mètres de diamètre. En dehors de Palma, nous ne connaissons en Espagne qu'une roue semblable, près de Palma, à Ecija. Et nous n'en avons vu d'autres du même type que bien loin de là, dans le Fayoum (voir p. 344 et fig. 48

et 49). .

Le courant naturel de la rivière ne suffisant pas à mettre les roues en mouvement, la rivière est coupée par de petits barrages simples qui créent des chutes de i mètre ; à chaque roue correspond un petit barrage ; et à chaque roue et à chaque barrage correspond une petite zone d'irrigation assez peu étendue. Dès lors le petit nombre de propriétaires de chacune de ces zones s'entend aisément pour l'entretien de cette curieuse installation hydraulique. Et il n'est pas besoin à Palma del Rfo d'une entente plus générale entre tous les cultivateurs de la huerta.

Hautes plaines de la montagne. — La plus importante et la pluç célèbre de ces hautes plaines est sans contredit celle de Grenade, dont les irrigations sont aussi fameuses que celles de Valence. Il subsiste, en fait, quelques traits de ressemblance entre Valence et Grenade ; mais, en dépit des apparences, en dépit des opinions traditionnelles, un examen sérieux, approfondi, révèle qu'on aurait tort d'assimiler le régime de ces deux grandes vegas historiques.

A Grenade, il n'y a pas à proprement parler de régime, parce qu'il y a plusieurs régimes et plusieurs systèmes qui se mêlent et se contredisent. Une partie des eaux d'irrigation sont aguas pdblicas (eaux publiques), elles s'appellent encore aguas cornu-

LES FAITS ÉCONOMIQUES lît

nés, ou aguas de zona : celles-ci sont inséparables de la terre ; mais une autre partie des eaux est agaas privadas (eaux privées) : c'est dire que ces eaux peuvent être vendues librement avec ou sans la terre. — L'ordre de distribution des eaux, le roulement est irrégulier : tantôt il est fixe pour chaque terre, quelle que soit la culture ; tantôt il dépend de la culture. — La périodicité des arrosages pour une même terre varie selon les saisons. — En somme pour la distribution des eaux dans la vega de Grenade, on trouve juxtaposées toutes les combinaisons imaginables.

Ce désordre, et nous pouvons dire cette anarchie, ne date pas d'aujourd'hui ; elle existait déjà au xv*' et au xvi* siècles. En 1671, moins d*un siècle après la conquête de Grenade par Isabelle et Ferdinand (i/Jga), Philippe II ne crut devoir mieux faire que de confier au licencié Loaysa la mission de fixer sur le papier l'ensemble bizarre des coutumes, des droits et des usages : c'est l'origine de ce document qu'on appelle VApeo (arpentage) de Loaysa, et qui par sa composition était bien fait lui-même pour donner une juste idée du désordre qui régnait dans l'organisation de la vega de Grenade*.

Ce document était destiné à noter et à rassembler toutes les conventions, tous les faits et toutes les servitudes se rapportant aux irrigations. Il devait constituer une sorte de fondement autorisé pour l'interprétation des faits à venir. Mais ce volumineux manuscrit n'a guère contribué à régulariser la situation embrouillée. De plus le seul et unique exemplaire de l'Apeo, lequel appartient à l'Ayuntamiento de Grenade et est déposé dans les archives dé ce corps municipal, n'a pas été intégralement conservé ; des gens intéressés ont fait disparaître un certain nombre de feuilles... Des recherches que j'ai faites à Grenade en avril 1900*, il résulte qu'il n'existe effectivement qu'un

^ On trouvera quelques ci traits de VApeo de Loaysa dans A. Llauradô, ouv. eiié, II, p. i3i-i38.

' Je tiens à remercier M. ringénieur Pbrals qui m'a si obligeamment aidé dans mes recherches.

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exemplaire du document ; cet exemplaire, je l'ai eu entre les mains, et j*ai pu vérifier moi-même qu'il n'était pas complet.

Au point de vue administratif, il n'y a pour les eaux, à Grenade, presque rien de spécial. Il n'y a pas de tribunal des eaux, il n'y a pas de police répressive, il n'y a pas d'amendes. La cloche de la tour de la Vêla à l' Alhambra continue à faire entendre au loin ses coups sonores, qui donnent le signal de l'ouverture des canaux d'irrigation ; mais il serait téméraire de conclure de cette tradition symbolique que les irrigations de Grenade sont subordonnées et astreintes à une organisation proprement dite.

Et pourtant la vega de Grenade ne le cède en rien pour sa beauté et sa richesse à la huerta de Valence *(fig. i3); les cultures y sont plus prospères que jamais, et elles se développent, multiples et soignées, jusque sur les hauts versants fortement ravinés de cet incomparable amphithéâtre (fig. i4). La culture de la betterave, qui a été récemment introduite dans le bassin de Grenade, s'y propage avec grand succès. Or les discussions ou les conflits sont très rares. Quelle est la raison profonde de cette apparente contradiction entre l'anarchie administrative et la prospérité économique? Une cause géographique.

A l'époque de l'année où le débit des eaux s'amoindrit à Valence et à Murcie, c'est-à-dire à l'époque où surviennent les chaleurs estivales, les eaux sont abondantes et surabondantes à Grenade. La vega de Grenade est située au pied de la Sierra Nevada, au pied des neiges étemelles ; le Genil et ses affluents puisent à des sources intarissables. L'eau vive ne cesse jamais de couler dans la grande ax^equia du Gencralife (fig. i5). Les chaleurs de mai, de juin et de juillet fondent les neiges, et les canaux de la vega coulent alors à pleins bords : au moment où

^ M. Atmard (p. 371) évalue la superBcie de la vega de Grenade à 36o ooo mar* jeles, c'est-â-diro 19000 hectares (longueur maxima = a8 kilomètres; largeur maxima= 11 kilomètres).

LES FAITS ÉCOyOMlQUES i35

les cultures ont le plus besoin d'eau, l'eau ne manque pour ainsi dire jamais'. Pourquoi s'efforcer de préciser les droits de la collectivité vis-à-vis de chacun et les devoirs de chacun visà-vis de la collectivité, puisque l'intérCt individuel de chacun

Fia. I S. — La gnnile icaquU «nlrale dîna un dei jardlnt da G«DeriIir«, prèi de Grenoda.

échappe à toute crise, et que l'ensemble collée tif de ces intérêts individuels est nécessairement satisfait ' ?

■ Lorsque leteaui néanmoins manquent an quolquo [lotDtsdela vogadc Grenade. noUmmenl h Sanla-Ft-, il siihsiito une coutume tradîlionnollo qui Mt encore pratiquée ; nn lait pasur un mulet dans lo Gcnil à Grenade, et si l'eau ne dépasse pas lo sabol de l'Ane, on doit la laisser couler tout entière dans la riviirc ï destination de Santa-Ké. C'est ce curieux droit qui csl connu sous lo nom spécial de l'Alquezaro de Santa-Pé. Voir Miguel Gabhido Atierza, Los Alijueiarcs de Ssnia-Fé. Granada. imprenta de Francisco Reje», iSgS. in-8, 71 p.

' Il faut noter que la icga do Grenade est en pleine traiisTormalion par suite do

f36 PÉMSSVLE IBÉRIQUE

Et de même si nous parcourons les antres centres d'irrigation de cette zone, ou les hautes vallées si riches et si bien cultivées des Alpujairas, nous ne trouvons que des exceptions au point de vue de Torganisation. Ou plutôt le régime est normalement autre, parce que les conditions géographiques sont réellement diiTérentes*.

Plaines littorales du versant méridional, — Que les neiges fondues alimentent les cours d*eau ou que le climat soit plus humide comme dans le bassin du Guadalquivir, le résultat est le même : il n'existe pas de véritable organisation des eaux ; la même cause explique les mêmes effets. Les plaines littorales qui bordent vers le sud la Sierra Nevada profilent également des

rintroduction et du développement de la cultare de la betterave. Depuis Textension de celte culture, Teau se fait de plus en plus rare en été ; et en corrélation directe avec ce fait, on constate que différents villages de la vega commencent à s'entendre pour préciser les dispositions trop vagues des Ordenanzas concernant les irrigations. ^ La haute vega de la si curieuse ville de Guadix, la ville des troglodytes, peut nous offrir un exemple caractéristique. D'après les documents manuscrits que j*ai pu parvenir & consulter à Ciuadix môme (Ordenanzas y reglamento aprobados porla (Jomunidad en Junta gênerai cl 37 de Encro de 1878), la répartition des eaux paraît avoir été un peu plus compliquée à partir de cette date, parce que la cité a acheté pour tt i3 0(X) ducados » le droit d'user des eaux do TAcequiade Chirivaile; déplus il semble que le développement considérable des cultures de chanvre ait à un même moment créé quelque concurrence entre les différents propriétaires, qui désiraient tous avoir do l'eau pour cette plante regardée comme une des principales richesses de la vega. Bref, on avait organisé un système de répartition d'ailleurs assez général et qui ne commençait que « le a5 mars de chaque année depuis le lever du soleil » pour finir au i5 août ou au plu^ tard au 3i août. « Art. 5. Après cette époque, tout est laissé à la disposition d\i Syndicat jusqu'au a5 mars de Tannée suivante. » Profilant d'ailleurs do ce temps d'abondance, une sucrerie, traitant les betteraves, vient d'acheter 100 litres par seconde du mois de septembre jus(p]*au mois de janvier, c'ost-h-dirc pour la durée de sa campagne de fabrication. Il faut en effet constat(;r que les anciennes cultures de la vega tendent à être remplacées de plus en plus par la betterave. Et depuis 5 ans, tous les cultivateurs ont de l'eau autant qu'ils en ont l)esoin. L'organisation, qui n'a jamais été très serrée, parait s'être relâchée, (iuadix est en effet située au [»ied des versants neigeux de la Sierra Nevada, et comme le notait avec justesse il y a déjà plusieurs siècles EdrIsî : « Wadi Ach, ville de médiocre grandeur, ceinte de murailles, est abondamment pourvue d'eau, car il y a une jHïtite ri\ière qui ne tarit jamais » (EuRÎsi, Description de l'Afrique et de l'Espagne, trad. Do'/.y el u£ Gueje, p. u4o).

LES FAITS ÉCO^OMIQUES iSy

eaux abondantes de la montagne, et là non plus les irrigations n'entraînent pas ces types spéciaux d'organisation que nous avons ailleui^s constatés.

Il n'y a pas de plaine irriguée où se fasse sentir mieux qu'à Motril l'influence des conditions géographiques. Motril est au centre d'une petite plaine littorale qu'arrose le cours inférieur du Guadalfeo : elle est encadrée par des montagnes calcaires, et la chaleur y est particulièrement ardente ; d'autre part le Guadalfeo qui prend sa source au pied du fameux Mulhacén y apporte durant tout le printemps et tout Télé un flot d'eau vive abondant ; ainsi se trouvent réunies deux conditions naturelles qui ne vont pas nécessairement ensemble : une grande chaleur et une grande humidité. Ce sont les caractères essentiels du chmat tropical, et voilà comment dans cette région où le climat est exceptionnellement sec et méditerranéen, les cultures sont celles des régions tropicales : la petite plaine arrosée de Motril était autrefois consacrée au coton ; et même depuis le commencement de ce siècle on substitue au coton la canne à sucre.

Bien plus, cette culture tropicale a introduit dans ce coin de terre hispanique des habitudes et des usages qui viennent des pays tropicaux : les cultivateurs partent le matin à 8 heures quand la cloche sonne, et rentrent, au coucher du soleil ; de midi à 2 heures ils mangent puis ils font la sieste ; enfin durant les heures de travail, ils ont droit le matin à 3 cigares et le soir à 4 cigares, c'est-à-dire à des repos équivalents au temps qui est nécessaire pour fumer ce nombre de cigares ; on se croirait transporté à Cuba. — L'accent même est un peu chantant et rappelle l'accent américain. — Le costume employé pour le travail agricole rappelle le costume de l'Amérique tropicale.

A côté de Motril, et dans le même groupe nous devons placer les vegas littorales voisines, celles d'Almunécar, de Vêlez Mâlaga (Rio Vêlez), de Mâlaga (Rio Guadalhorce) : des eaux abondantes y sont pareillement procurées par la fonte directe

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des neiges ou par de nombreuses sources, telles que les sources de la Sierra de Mijas ; beaucoup de norias donnent aussi de très importants suppléments d'eau. Bref, dans toutes ces vegas on a tenté et on pratique avec plus ou moins de succès les mêmes cultures qu'à Motril : le coton (surtout autrefois), la canne à sucre, la pomme de terre douce (batatà), etc. Dans les jardins de Mâlaga, on aperçoit des bambous, des bananiers, voire même quelques pieds de caféier ou quelques grands figuiers gommiers (Ficus elastica, Ficus religiosa, etc.). — Et certaines régions du littoral, comme les terres du bas Guadalhorce, sont sont si marécageuses que Ton y a planté des eucalyptus.

Partout, ici et là, nous trouvons des irrigations ; nous pouvons même noter qu'il existe entre les propriétaires une certaine entente plus ou moins vague au sujet de ces irrigations ; mais ici non plus que là, il n'existe aucune organisation qui puisse être comparée à celle de Valence.

RESUME ET CONSÉQUENCES

En Espagne, les eaux destinées à Tirrigation sont dans la presque totalité des cas (nous avons mentionné avec soin les exceptions) empruntées aux cours d'eau ; elles sont donc fournies par des causes naturelles très variables, et presque toujours le débit des eaux utilisées pour Firrigation est soumis à de très grandes variations. Le volume de Teau disponible n'est pour ainsi dire jamais constant. — 11 ne conviendrait point de diviser les oasis espagnoles en deux types : les oasis à volume d'eau constant, et les oasis à volume d'eau variable ; mais puisqu'elles ont presque toutes recours à des eaux' dont le débit est essentiellement variable, il importe seulement de considérer dans quels cas les eaux sont surabondantes et dans quels cas elles sont insuffisantes.

Si nous voulons résumer ce que nous a appris l'étude précise et minutieuse des régions à irrigations de l'Espagne, nous constatons que dans les régions humides septentrionales et occidentales les irrigations proprement dites sont rarement pratiquées ; que dans les régions humides méridionales elles sont pratiquées, mais sans entraîner, comme conséquence de leur existence, une rigoureuse coordination collective des efforts et des intérêts individuels ; de même dans les régions dont le climat est sec, mais où l'eau est abondante, nous trouvons des systèmes d'irrigation, mais sans une véritable organisation économique et administrative de l'eau. EnGn dans les régions

lio PÉNINSULE IBÉRIQUE

arides, où Feau, tout en étant en quantité restreinte, peut suffire à alimenter un bon système d'irrigations sinon régulières du moins périodiques, subsiste encore aujourd'hui un type admirable d'organisation collective de Teau avec ses rouages complets. Beaucoup d'autres avant nous, et avec une parfaite compétence, ont étudié, au point de vue économique et juridique, ces (( communautés d'eau ». Mais si nous consultons même une des plus récentes et des meilleures de ces études, le livre si riche de Joaquin Costa, Coleclivismo agrario en Espana\ nous constatons que ces comunidades de aguas sont examinées d'une manière générale et abstraite sans préoccupation du lieu où elles sont encore en vigueur.

Nous avons essayé, pour notre part, de déterminer géographiquement l'extension de cette organisation que nous avons appelée le type de Valence, et nous avons démontré que cette extension dans l'espace n'était pas sans rapport avec l'ensemble des conditions naturelles, avec le cadre géographique.

A mesure que nous nous sommes écartés et éloignés du cadre géographique typique correspondant à l'organisation-type, nous avons en effet constaté comme une dégradation progressive de l'organisation.

Môme alors que nous considérions seul un groupe de zones irriguées, tel que celui de la frange littorale valencienne, nous n'avons jamais oublié qu'il existe des différences locales, parfois très sensibles : mais dans l'ensemble, ces vegas, ainsi éparpillées au pied des mêmes versants de la massive Péninsule, subissent toutes, au point de vue du climat, les effets d'un ré-

* Madrid, 1898, in-8. 6()6 p. Voir le chapitre v, Comunidades do aguas, p. 533-554. De même M. Aymard, dans ses études si remarquables sur les irrigations du Midi de l'Espagne, déclare à tort que a les irrigations dans presque toutes les localités forment une véritable commune hydraulique » (p. 5). A fortiori, dans les livres purement scicntiGqucs, comme celui de Horacio Bentabol y Ureta, Las Aguas de Ëspafla, les problèmes des eaux sont envisagés à un point de vue mathématique cpii ne tient pas assez compte des combinaisons variées et complexes de la réalité.

nÉSUMÉ ET CONSÉQUENCES i4i

gîme à peu près équivalent et se trouvent dans des conditions géographiques sinon identiques du moins analogues. Telle est la raison géographique qui légitime la manière dont nous avons groupé les plaines de cette première série, et pareillement les zones arrosées des autres groupes.

Nous fondant sur ces affinités naturelles et réelles, nous avons essayé de localiser exactement tous les faits se rapportant à l'irrigation (voir d'ailleurs la carte IV) ; et nous avons observé que les grands barrages-réservoirs appartenaient en propre aux provinces Sud-orientales, de même que les grands canaux étaient bien la « spécialité » de la dépression de TEbre. De ces faits nous avons aisément constaté l'influence sur l'ensemble de l'organisation économique de l'eau ; et en ces deux « départements )) naturels, où les hommes par la construction de grands travaux techniques — barrages-réservoirs et canaux — ont considérablement modifié les conditions originelles, il s'en est suivi que l'organisation-type a été parfois altérée.

Si le débit naturel des eaux exploitées est aussi irrégulier qu'il l'est en Espagne, l'homme doit désespérer de vaincre complètement cette irrégularité. En fait, lorsqu'il a tâché, par le moyen de réservoirs, d'en transformer le débit perpétuellement changeant en un débit régulier, il n'a pas pu parvenir à se garantir efficacement contre les périodes de sécheresse. Accepter le fait de la sécheresse, et le prévoir, et prendre les précises mesures nécessaires en vue de cette éventualité (comme à Valence), vaut mieux le plus souvent que de vouloir résoudre et supprimer la difficulté par une grosse œuvre de maçonnerie (comme à Lorca). Une réglementation minutieuse et une administration des intérêts collectifs munie des pouvoirs nécessaires constituent la meilleure méthode pour assurer aux cultivateurs d'une zone irriguée en pays aride un régime normal, et pour prévenir les sui'prises comme pour éviter les catastrophes. — L'Espagne possède de nombreux spécimens, parfaits et complets, d'organisations syndicales fondées sur le principe

i42 PÉMNSULE IBÉRIQUE

de la propriété collective des eaux ; tel est bien le principal bénéfice dont elle jouisse encore maintenant ; et de telles organisations seraient précieuses et désirables, même et surtout lorsque l'irrigation exige, comme dans la vallée de TEbre, de colossales entreprises.

Il y a là un fait d'observation dont on n'a pas tiré, croyonsnous, toutes les conséquences pratiques et actuelles qu'il est utile d'en dégager. Aujourd'hui, en Espagne, l'opinion publique se tourne de plus en plus vers les questions économiques et principalement vers les questions d'irrigation. Des hommes de grande valeur, tels que Joaquln Costa, ont créé un courant politique nouveau qu'ils ont même appelé la « poUtica hidrâulica )). Et certes, non seulement leurs tendances pratiques en matière économique, mais même les grandes lignes de leur programme sont tout à fait dignes d'approbation*.

Nous nous réjouissons pour l'Espagne qu'en concordance avec ce mouvement dû à l'initiative privée la presse politique ait commencé une campagne dans le même sens', et que surtout le Ministère des travaux publics ait mis à l'étude tout un vaste plan de grandes entreprises d'irrigation ^.

^ Consulter la collection de la re^iie mensuelle, la Bevista JVacional, organo de la Liga nacional de Productores, qui paraît à Madrid depuis 1899. Voir aussi £1 « dircctorio » de la Liga nacional de Productores, Rcconstitucién y Europcizaciôn de Ëspafia, Programa para un parlido nacional (Madrid, 1900, in-8, 366 p.), p. ao-ia, 87-88, aoi, ai9-aao. etc. Est-il besoin d*ajoutor que nous n'entendons parler ici que de la partie de ce programme qui se rapporte aux irrigations ? Il faut rappeler que par ses conférences au Fomento de las Artes sur l'hydrographie de l'Espagne, Rafaël Torres Campos a apporté à ce mouvement l'appui de sa compétence scientiûque: voir Nuestros Rios dans R. Torres Gampos, Estudios geogràficos.' Madrid, Fortanet, 1895, xvi ^75 p., 33i-4i5. — Et de mcme Uoracio Bentabol y Ureta, dans les deux années qui ont précédé la publication de son livre, Las Aguas de Espafla, a multiplié conférences et articles sur les mêmes sujets (voir p. xli-xliv).

* Nous faisons surtout allusion ici à la brillante campagne menée par El Imparcial et aux nombreux articles publiés dans ce journal d'avril à juillet 1899.

' Nous avons entre les mains un document officiel, mais non publié, qui résume le plan du Ministère des Travaux publics : Avance de un plan gênerai de Panlanos y Ganales de riego redactado por el Cuerpo de Ingenieros de Gaminos, Ganales y Puertos. Afio de 1899, Madrid, 1899. ^'^'^> ^^ P-

RÉSUMÉ ET CONSÉQl'E\CES i43

Mais en tous ces programmes et en tous ces plans ne faît-on pas trop grande ou du moins trop exclusive la part des ouvrages techniques, énormes et coûteux, barrages ou canaux? Ne perd-on pas de vue les faits essentiels concernant l'histoire des travaux déjà exécutés^ ? Aperçoit-on clairement l'adaptation nécessaire de tous ces ouvrages aux conditions géographiques variées des diverses provinces de la Péninsule? Enfin atlache-t-on toute l'attention désirable aux résultats qu'on pourrait espérer soit d'une plus stricte utilisation des eaux en certaines zones déjà irriguées, soit d'une plus heureuse réglementation et organisation en d'autres oasis'?

Ceux qui veulent servir les vrais intérêts de l'Espagne ne doivent jamais oublier que les conditions géographiques la condamnent en une partie de sa surface à une presque irrémé-

' Je serais beaucoup moins affirmatif et optimiste que A. Llauradô, par exemple, qui préconise à Texcès, me semble-t-il, les barrages- réservoirs (voir Aguas y riegos, I, p. 178). l\ est juste toutefois d*ajouter qu'à la p. 1 84 du même ouvrage, il énu- ^l^re les graves inconvénients que présentent les barrages-réservoirs de dimensions par trop grandes et conseille d'en construire plusieurs de dimensions réduites au lieu d'un seul énorme. Et il a renouvelé ces avis très sages en 189a, à Paris, dans une communication faite au V^ Congrès international de Navigation intérieure (Réservoirs établis en Espagne, p. 3). — En ce qui concerne, d'autre part, les grands canaux, je me trouve tout à fait d'accord avec l'ingénieur espagnol Horacio Bbntabol qui a publié le 4 mai 1899 dans la Époea un article excellent : Me nos Canales y mas aguas. Moins de canaux et plus d'eau ; l'article commençait ainsi : « Ce n'est pas avec des canaux, mais avec de l'eau qu'on arrose les terres. » — Ces pages étaient rédigées lorsque a paru l'ouvrage du même auteur que j'ai cité plus d'une fois : tout le i^i* chap. de la a« part., p. i55 et suiv., correspond exactement aux craintes que j'exprimais ici.

' Les problèmes de réglementation et de législation des eaux devraient d'autant plus préoccuper les pouvoirs publics que le développement rapide des usines hydrauliques en vue des installations électriques va contribuer à créer en bien des points une situation encore plus compliquée et multiplier les cas de conflit. Pour no parler que de la région que j'ai le plus récemment visitée, voici plus de dix villes qui sont déjà éclairées à l'électricité : Lorca, Huescar, Baza, Guadix, Dùrcal, Almufîécar, Motril, Lanjarôn, Grenade, Loja, Alhama, etc. — Sur la création de nouvelles Sociétés électriques utilisant des forces hydrauliques à Alicante, à Saragosse, etc., voir D. AuBRT, Progrès industriels de l'Espagne, Réforme économique, 3 novembre 1901, p. ia8o.

itih PÉNINSULE IBÉRIQUE

diable pauvreté agricole; elle est en ce sens mal façonnée, et Ton ne pourra la transformer complètement*. Dans ce domaine, les oasis d'irrigation marquent d'admirables centres d'activité et de fertilité ; mais je me suis précisément efforcé d'indiquer

en quelle étroite mesure même les plus industrieuses et les plus ^--

ingénieuses formes de l'activité humaine sont en Espagne liées M

et partant limitées à certaines conditions orographiques et to- ^

pographiques, climatiques et hydrographiques ; et il serait en M

vérité puéril de prétendre, et chimérique de souhaiter que de ^

pareils centres pussent être indéfiniment développés et multi- g^

plies. — Un peuple qui est passé maître en l'art de l'irrigation fg

n'abdiquera pas la prudence que cet art exige, et restera fidèle fi

aux méthodes éprouvées qui ont maintenu, durant des siècles |

et malgré tous les changements politiques, la prospérité féconde ^ et paisible de ses vegas et de ses huertas.

* Nous trouvons encore exagéré Toptimisme dont fait preuve l'Introduccion des Aguas de Espafia d'IIoracio Bentabol (voir notamment p. xvi), malgré toutes les judicieuses et courageuses réserves critiques qui y sont formulées.

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