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CABACTÈRES GÉNÉRAUX DU RELIEF ET DU CLIMAT

la côte orientale de ribérie depuis Alboran jusqu'aux Colombrettes, ou le littoral occidental de Tltalie.

Contre le horsl aujourd'hui effondré se sont formés et figés des séries de plis et de chaînes encadrés et comme enserrés entre deux phs particulièrement saillants : l'Atlas tellien et l'Atlas saharieri. Ces deux chaînes sont les vraies limites Nord et Sud du massif plissé ; elles continuent toutes deux les Atlas marocains, mais elles ont été beaucoup mieux étudiées que ceux-ci, et nous pouvons aujourd'hui les suivre avec une réclleprécision jusqu'à la Tunisie. Ces deux Atlas qui, dans la province d'Oran, sont séparés l'un de l'autre par des distances de 200 à 25o kilomètres, ne sont point parallèles et vont se rapprochant vers l'Est jusqu'à devenir voisins en Tunisie et presque à s'accoler'. De là, ces plis vont rejoindre non pas ceux de la Sicile, mais beaucoup plutôt ceux de l'Apennin central '. Les rides comprises entre ces deux chaînes étaient, semble-t-il par leur origine tectonique, d'une importance moindre ; elles étaient aussi sans doute moins saillantes ; voilà que les conditions spéciales d'un climat semi-désertique succédant au climat très humide des premiers temps quaternaires les ont pour ainsi dire démolies sur place, comblant les dépressions avec les débris arrachés aux saillies, et travaillant à égaliser ainsi — a une altitude forcément élevée — les espaces bordés par les deux chaînes. Ces dernières conditions climatiques réduisant à une puissante accumulation sur place le travail de l'érosion pluviale ont maintenu dans un état indécis, dans un état d'enfance le modelé topographique ; et cet ensemble de la région plissée bornée par les deux Atlas a pris l'aspect d'un épais massif méritant môme d'être appelée par certains

* Ou plulôt l'Atlas tellien proprement dit disparaît complètement à partir d'une ligne Batna-Guelma-Bônc, d'après E. Haug, Sur quelques points théoriques relatifs à la g(^;ologie de la Tunisie, dans Afas, 1897, a» partie, p. 366.

' Voir Idem, ibid., p. 875, fig. a, Carte schématique des lignes directrices des

chaînes entourant la Méditerranée occidentale.

un haut-plateau. Cependant, sur ces larges étendues ainsi comblées et que les débris accumulés ont faites horizontales se dressent, exactement comme des îles au-dessus de la mer, les arêtes qui n'ont pas été noyées et qui sont les preuves manifestes de la véritable histoire de cette région plissée. Tantôt ce sont des chaînes toujours dirigées entre S.-W.-N.-E. et W.-E., tantôt — et déplus en plus à mesure que l'on avance vers la Tunisie — ce sont de simples dômes, tel ce dôme très élevé du Djebel Sidi-Rgheiss (i 628 mètres) qui dans la région des chotts du Nord deJ'Aurès domine de 700 mètres la grande plaine des Harectas*. D'autre part, puisque les deux cordons Nord et Sud de cette masse, dite plateau, vont se rapprochant vers la Tunisie jusqu'à se toucher, il s'ensuit manifestement que la forme intermédiaire des pseudo -plateaux, fort étendue dans la province d'Oran, va s'amincissant aussi vers l'Est jusqu'à disparaître complètement en Tunisie. En réalité même, la prétendue zone des Hauts-Plateaux est interrompue par une véritable dépression, le bassin du Hodna(Voir la carte V)'.

Si le dessin général est très simple, la réalité se présente sous un aspect naturellement plus complexe. D'abord ces jalons derniers de l'ancienne « Berbéride » qui bordent la Berbérie d'aujourd'hui n'ont pas partout la même physionomie, ni partout la même altitude, ni surtout la même structure. Tantôt ils se présentent comme l'Edough, isolés, en avant du système phssé dont ils sont même séparés par de larges dépressions

^ J. Blayac. Sur le dôme du Sidi-Rgheiss (province de Gonstantine), dans Bull. Soc. yéol. de France, 1897, p. 604-005.

^ E. Haug, Sur quelques points théoriques relatifs à la géologie de la Tunisie, AfaSj Saint-Etienne, 1897, 2^ partie, p. 366, et Aug. Bernard, voir Revue bibliographique, etc., dans Bull. Soc. géogr. d'Alger, 1899, p. loa, estiment que la vraie zone dite des Hauts-Plateaux doit être regardée comme finissant à l'E. de la dépression du Ilodna. Sur la carte V, gui est avant tout une carte schématique, j'ai voulu, en choisissant les deux courbes de 5oo et de 1000 mètres, exprimer clairement dans quelle mesure le Hodna est une dépression qui brise la continuité des Hauts-Plateaux.

CARACTÈnES GÉyÉBAUX DU RELIEF ^T DU CLIMAT i/ig

comblées de débris et de dépôts récents (ex. : plaine de Bône) ; leur relief est en général plus adouci, arrondi, vermoulu, s'opposant surtout aux raides versants calcaires des crêtes liasiques de TAtlas. Tantôt ils ont été serrés de près par la première ride de TAtlas ; des dépressions longitudinales plus ou moins profondes, plus ou moins discontinues, marquent la limite, mais les roches anciennes subsistantes et les roches plissées plus récentes forment parfois un ensemble si cohérent, si habilement détaché du reste de la masse plissée par les caprices d Térosion que l'orographie actuelle joint intimement ensemble des masses d'origine géologique très différente : un massif comme la Grande-Kabylie, composé de morceaux hétérogènes, la Kabylie gneissique et le Djurjura gréseux et calcaire, constitue néanmoins un vrai département géographique, une province naturelle.

Ainsi, tantôt les plissements tertiaires se terminent vers le N. par des talus assez raides dominant des dépressions, tantôt le passage se fait pour ainsi dire insensiblement et nous n'apercevons guère dans l'orographie présente le front du système. On conçoit d'autre part que le rétrécissement progressif de la masse plissée vers l'Est en change tout-à-fait la physionomie, et que les chaînes tunisiennes .soient très dissemblables des plateaux oranais. Là dominent, en effet, non plus des (( chaînes », mais des séries de dômes et de cuvettes : et cette orographie fragmentaire, qui commence dès la province de Constantine et dès le pays des Ncmenchas, mérite bien d'être regardée comme un des caraclères physiques les plus dislinctifs de la Tunisie centrale *. — Ajoutons qu'à l'Est du massif de l'Aurès, dont M. Ficheur a noté la symétrie \ apparaissent des chaî-

• Voir J. Blayac, Le pays des Ncmenchas à l'Est des Monts Aurès (Algérie), Ann. de fféofjr., VIII, 1899, p. i'n-159 et pi. V, et I^. Pekvj.nquière. La Tunisie. Esquisse de géographie physique, Ann. de ycofjr., 1\, i9(X), p. \^^\bîy et pi. XL

^ E. Ficheur, Le massif du (^hettaha et les Ilots triasiques de la région de Constantine, Bull. Sœ. fféot. France, 1899, p. 85.

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nons W.-E., fait vraiment nouveau qui caractérise la Tunisie méridionale jusqu'au Nord des chotls, et qui se poursuit même par place jusqu'au Sud de certains chotts comme le chott ElFedjedj'.

EnRn, la mer, qui suit les plis du système selon une direction qui n'est pas parallèle au plissement, interrompt ces plis complètement vers l'Est : un rivage de direction générale Nord-Sud commence au cap Bon, et la mer s'avance de la sorte le long de la côte tunisienne de trois h quatre degrés plus au Sud, bien au delà des dernières ramifications des Atlas *.

Sur son versant Sud, — sur son versant saharien, — le massif plissé se termine avec une moins grande complication : au Sud- Est, dominant une large dépression pliocène, les calcaires du système plissé disparaissent brusquement sous un angle très fort, en formant une véritable muraille dont la paroi se montre très raide surtout au pied de l'Aurès. Plus loin, versTOuest, la chute est moins rude ; toute cette province Sud-Ouest du Sahara s'élève en effet à plus de 5oo mètres au-dessus du niveau de la mer. (Voir la carte V: Algérie-Tunisie, Ilypsomélrie générale : si je me suis efforcé par le choix des 2 courbes de niveau de 5oo mètres et de 1000 mètres de faire ressortir d'abord et d'une part l'interruption que constitue dans l'hypsométrie des hautes terres la dépression du Hodna, située au-dessous de 5oo mètres, j'ai voulu d'autre part exprimer l'opposition entre la basse

^ L. Dru, dans Roudaiub, Rapport sur la dernière expédition des Chotls, in-8. Paris, 1881, p. l'|5-6o, résumé dans Ed. Suess, La face do la terre, trad. de Mar- OBRiK, I, p. .457. Voir aussi L. PERviN<iurÈRE, art. cUé, p. /i36-438.

■^ Pour tout ce qui prccèilc, on doit se reporter aux quatre feuilles de la Carte géologique provisoire de l'Algérie, 2' édition (Directeurs du service: Pomel cl Pouyanxe) à I : 800000, et à la Carte géologique provisoire de la région de Tunis dressée par F. Aubekt à i : 800000. On doit se reporter aussi à A. Pomel, Explication de la deuxième édition de la carte géologique provisoire de l'.Algérie à I : 800000, suivie d'une étude succincte sur les roches éruplivcs de cette région par J, CuKiB et G. Flamand. Alger, Fontana, 1890, in-4, 317-}- loi p., et à F. AuBERr, Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie. Paris, 11. Barrère (s. d.), in-8, Ml -1-91 p.

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province orientale du Sahara et le Haut-Sahara occidental ; le relief se relève en effet d'une manière très nette au delà de cette dépression NordrSud de TOued-Rir' qui est d'ailleurs dans le prolongement de la dépression du Hodna). Mais les couches de TAtlas plongent toujours à l'W. 'aussi bien qu'à l'E. avec une grande brusquerie sous d'énormes dépôts quaternaires : les couches du rocher de Laghouat ont une inclinaison de ^45'*. Bref, de la Méditerranée jusqu'au Maroc, le système plissé fait front vers le Sud aux espaces horizontaux du Bas-Sahara des Ghotts ou du Haut-Sahara des Daïa sous des aspects variés mais qui présentent une certaine analogie.

Si, maintenant, faisant intervenir les causes atmosphériques qui déterminent le climat de cette province septentrionale de l'Afrique, nous reconnaissons que les courants les plus humides, c'est-à-dire les plus agissants et les plus importants, viennent exclusivement du îNord (Nord, Nord-Est ou Nord-Ouest), la relative régularité du front méridional devra se traduire dans la géographie générale par des phénomènes d'un moindre intérêt que l'extrême diversité du front septentrional.

Mécanisme général du climat. — S'il est vrai que le climat méditerranéen soit essentiellement caractérisé par ce fait que les pluies se produisent surtout en hiver, et en hiver d'une manière presque exclusive (exactement de novembre à avril), le climat de l'Algéric-Tunisie mérite bien d'être regardé comme type du climat méditerranéen ^ Les masses d'air chargées de la vapeur d'eau qui est due à l'évaporation méditerranéenne se refroidissent, soit parce qu'elles heurtent, en allant vers le Sud, le front du système montagneux des Atlas, soit parce qu'elles rencontrent, au-dessus de l'Algérie-ïunisie, des couches d'air à une température plus basse que la leur. En hiver, soit l'ascension

* Voir le tableau: Jachrlichc Rcgcnverteilung in Prozentcn, dans Julius Hann, Handbuch der Klimalolofjie, III, p. 38,

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des pentes qui font face à la mer vers le Nord, soit une légère différence de température entre les couches qui s'entremêlent, suffisent à déterminer la condensation ; car la température est assez basse, et l'humidité relative est assez grande. Mais en été, la température est trop élevée pour que les conditions favorables à la condensation soient aisément réaUsées \ Alors même que Tévaporation est très forte au-dessus de la Méditerranée, alors même que les masses atmosphériques sont violemment entraînées vers le Sud, elles rencontrent des couches atmosphériques en contact avec des régions de plus en plus surchauffées, et comme sur les premiers gradins de TEspagne méditerranéenne, la condensation a des chances de se produire de plus en plus faibles et de plus en plus rares (voir la carte VI) *.

Comme en Espagne, il arrive que les pluies sont plus vio-

* Les températures, principalement sur les parties élevées du relief de la Bcrbérie, sont naturellement caractérisées |)ar de forts écarts entre Thiver et l'été, entre le jour et la nuit. Voici quelques observations faites dans la province d*Oran, à El '

Aricha, tout près do la frontière marocaine :

En 1891. Minima : Janvier. . — ib° En 1898. Minima : Janvier. . — i» "t^^!^

Mars.. . — 90 Février. . — 90

Avril. . — 30 Maxima: Juin.. . 43®

Mauma : Mai. . . So» Juillet. . 38*^

Juin. . . 36® Août.. . 890

Juillet. . 4o<>

Août.. . 390 V,

Octobre.. 3io \

V. Le pays du mouton, p. 369. Quant aux très hautes températures souvent signa- <

lées à propos du Sahara, il convient de les accepter avec les sages réserves critiques .^

de A. Angot : « Les chiffres [de températures observées au Sahara] supérieurs à 5o®, que l'on cite quelquefois, sont possibles ; mais ils ne peuvent avoir été observés que dans des conditions tout à fait spéciales, ce qui leur fait perdre toute signification générale. En effet, le sol exposé au soleil atteint probablement parfois dans le Sahara, en été et au milieu du jour, une température de 70*' ; une observation de M. Duveyrier, faite dans des conditions qui n'avaient rien d'exceptionnel, a donné 66°, 4 »• A. Angot. Élude sur le climat de l'Algérie, dans Ann. Bur, centrmétéoroL, 1881, I, p. B. 20 et B. 21. — On comprend du moins quelles doiven*' être les conséquences de cet échauircmcnt du sol au |K)int de vue de la végétation.

â Voir Th. Fischkr ,Studien ûber das Klima der Mittelmecrlaendcr, Pet. MU. BJrg.o nf 58, avec cartes des pluies, etc., montrant les rapports entre l'Algérie- Tunisic et l'Espagne orientale.

CÀRÀCTÈBES GÉ\ÉhArX DU RELIEF ET DU CLIMAT i53

lentes que bienfaisantes ; il tombe parfois en !)4 heures ao ou aS millimètres d'eau ; et comme en Espagne les désastres produits par les inondations surviennent très fréquemment \ Môme en éliminant de tels cas exceptionnels, les pluies ont toujours une tendance à se présenter sous forme d'averses*.

En dehors des orages et de quelques chutes anormales de pluie, les pluies sont régulièrement produites en Algérie par les causes que nous avons indiquées. C'est dire que ce sont toujours les couches d'air qui se sont enrichies de vapeur d'eau au contact de la Mer qui seront les dispensatrices de la pluie comme de la neige ; et elles ne le seront jai^ais bien loin de leur origine, c'est-à-dire de la mer elle-même.

Quand, durant l'hiver 1899- 1900 au mois de janvier, les chutes de neige furent près de la côte assez abondantes pour interrompre pendant plusieurs jours les communications du chemin de fer de Constantine à Alger, la hgne de Constantine à Biskra ne fut pas interrompue, car, au delà de Sétif, par exemple, et en descendant vers le Sud, la neige si abondante entre Bouiraet Bordj-Bou-Arreridj avait été se raréfiant de plus en plus. Or, sur tous ces hauts plateaux il avait fait très froid, plus froid même que là où les accumulations de neige avaient

* Dans la première quinzaine du mois de novembre 1900» les inondations ont ëlé terribles en Algérie, spécialement dans la province d'Oran ; dans la plaine du Sig, la pluie est tombée pendant 19 heures consécutives (11 novembre) ; plusieurs voies ferrées ont clé coupées par les pluies ; les remparts de Mascara ont été démolis sur i5 mètres de longueur.

^ Le II janvier 1900, dans la matinée, à Alger, j'ai vu tomber, à deux reprises, tme averse de grêle; rien ne pourrait mieux indiquer ce régime d'averses fortes et irrégulièros. finissant brusquement, que ce qu'on appelle dans nos climats tempérés : les giboulées de mars ou d'avril; et les conditions atmosphériques ont des analogies réelles : grande quantité de va[>cur d'eau en suspension dans l'air, et causes faciles et nombreuses de brusque refroidissement. — On peut avoir à reclouter jusqu'en plein éié de viojents orages de grêles qui détruisent toutes les récoltes, témoin l'orage de grùlo du 7 juin 1895 qui a détruit complètement la première récolte de tous les colons d'un nouveau centre de colonisation : Richelieu, h 80 kilomètres à l'Ouest de Constantine.

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été très fortes, mais la vapeur d'eau n'avait guère dépassé la limite des monts du Hodna et des monts de Batna * .

Puisqu'il en est ainsi, nous n'aurons qu'à prendre la carte du relief pour nous expliquer les cartes de la répartition des précipitations (pluies ou neige).

Les massifs les plus proéminents, les plus raides et qui avancent le plus vers le Nord dans la mer doivent être les plus arrosés. Le massif de la Grande-Kabylie est en effet privilégié. On n'a qu'à regarder une carte des pluies (carte VI), et Ton constate que ce système, porté en avant vers la mer, est la région où la hauteur annuelle des pluies en Algérie atteint le maximum (moyennes annuelles : Fort National, agio mètres d'altitude, I 121™", 3 ; Bougie, à 76 mètres d'altitude, i oSô"",»). Tout le littoral algérien reçoit dans l'année autant de pluie que la plupart des régions françaises : Alger, où les précipitations dépassent toujours 700 millimètres par an, semble, au point de vue pluviométrique, comparable avec Paris ; mais nous avons dit, à propos du climat de l'Espagne, combien la seule considération des hauteurs annuelles de pluie pouvait entraîner de comparaisons erronées et de confusions ! Il n'en est pas moins vrai

' Nous insistons sur ce fait ; car il parait au premier abord en contradiction avec la carte de la Neige qu*a publiée A. Thkvknkt, Essai de climatologie algérienne, pi. XXV H ; mais cette carte de la Neige ne représente que le nombre de jours de chute de neige, ce qui est beaucoup moins important que la quantité de neige tomlicc. Et certes, dans quelques cas particuliers, la neige peut tomber en abondance as^ez loin de la côte méditerranéenne ; non seulement nous pourrions citer ici nous-mème les chutes de neige qui à la fin de l'année dernière (ao et 32 décembre 1901) ont causé des désastres à Bou-Saàda et à Ed-dis, mais invof|uer même le vieil et exact témoignage de Diveyrikr pour prouver que la neige peut ôlre observée jusqu'au M'zab : « Il \ a deux hivers, 1857- 1858, que la neige est tombée en assez grande abondance pour couvrir tout le pa^s ; jamais, de mémoire d'homme, pareil fait ne s'était produit. A la vérité, il neige quelquefois, mais la neige disparait à mesure qu'elle tombe. » Di:vï:yhirr, Coup d'œil sur le pavs des Bcni-Mezâb et sur celui des Chaanbâ occidentaux, dans Butl. de la Soc. de géogr. [Paris], 4* série. XVllï, 1869, p. 330. Il n'en est pas moins vrai que ce sont là des faits extraordinairas et exceptionnels, et nous croyons devoir maintenir les conclusions que nous avons tirées de nos observations de janvier 1900, ainsi que des constatations collationnées depuis

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que la bande littorale est loin d'être dépourvue de précipitations, tandis qu'à moins de a degrés de latitude plus au Sud, la chute annuelle est inférieure à 4oo millimètres, — et c'est un climat de steppes sèches, — et tandis même qu'avec un seul degré de plus la chute est réduite à moins de 200 millimètres, — et c'est un climat de vrai désert.

D'autre partie relief de la Tunisie plus atténué, ofii'ant moins de contrastes, et qui entre beaucoup plus en contact avec la mer, reçoit sur une superficie plus étendue une assez grande quantité de précipitations. Dans la région montagneuse de la Kroumirie, à Aïn Draham, il tombe d'après les chiffres fournis par le Service forestier de la Tunisie une moyenne annuelle de i"*,735 \ Il faut considérer en effet que la Tunisie est directement abordée par des vents de direction variée, et que les causes de précipitation doivent y être nécessairement plus nombreuses. En quelques stations qui sont entourées d'un cercle de montagnes boisées, la pluie est un phénomène fréquent et continu ; elle tombe souvent à Bizerte par exemple sous la forme fine et régulière où on la voit tomber sur les rivages européens de l'Atlantique.

Mais dès qu'on avance vers le Sud, les vents d'Est, Nord-Est cl Sud-Est ont beau souffler de la mer vers le Sud, les précipitations n'ayant plus grande raison de se produire sont de plus en plus réduites: àSoussc, la moyenne annuelle est de /|63 millimètres, à Sfax de 355 et à Gabès de 280 millimètres ^.

* Aïn Draham, situe à 8o5 mètres d'altitude, reçoit annuellement plus d*un naèlre de précipitations (quelquefois môme de la neige; en 1886, il est tombe nn>,55o de neige en 7 fois); en certaines années, la hauteur annuelle a dépasse a mètres (i88<) : 2"Mo6 ; 1891 : a"», 208) et le climat y est 1res humide durant six mois de Tannée avec des pluies fines et des brouillards : on y compte en moyenne i3i jours de pluie. Voir Cyprien IV:rai>o>', Etude climatologiquo d'Aïn-Draham de i884 à 1895, fieuue tunisienne t ill, 1896, p. 293300.

* A Gabès, les vents Nord-Esl, Est et Sud-Est souillent 83 jours sur 100 (Annaies du Bur. central météorologique, moyennes de 1887 ^ i^^Q)'» on comprend qu'il n'y ait quelques rares chutes de pluie qu'à l'époque du changement des saisons, souvent

f.-fV

ALGÉBÏE-TUNISIE

Ainsi, dans toute l'Algérie-Tunisie, plus on s'éloigne de la mer d'une part vers le Sud et d'autre part vers l'Ouest, moins les précipitations sont régulières, et moins elles sont abondantes. Ei plus aussi se fait sentir rinduence desséchante du sirocco *.

Si l'on veut se rendre compte de l'irrégularité des pluies dans toute la région voisine du Sahara, on peut choisir comme exemple une région de haute altitude située en une zone montagneuse, le Djebel Amour, qui est reladvemenl riche en eaux courantes et continues ; voici les hauteurs de pluies en millimètres mesurées à Aflou (i 35o mètres d'altitude) de 1878 à 1886 ^ :

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marque par quelques conflits de courants atmosphériques ; on eflet, à Gabès, où la saison d'hiver proprement dite se réduit à un petit nombre de semaines, fin du mois de décembre et mois de janvier, les pluies tombent surtout en novembre-décembre (i53'"™,5 en 1889) et aussi en février ('|3™'",5). Voir J. Brunhes, Le nouvel aspect des questions tunisiennes, Rev. gén. des Sciences, 189^, p. 853.

* Sur le siroco, voir Kobklt, Algérien nnd Tunis. Frankfurt-a.-M., i885, cité dans J. Hann. Handbuch der Klimatologie, Ilï, p. 71. Même « dans toute la Tunisie, au Nord comme au Sud, le siroco est un ennemi redoutable, il peut détruire en un jour toute l'espérance d'une année ». E. Levasseur, Ce qu'on peut faire en Tunisie, dans rtcvue tunisienne j \\\ 1897, p. i48.

^ Nous avons trouvé ces chiffres dans Le pays du mouton, p. 271. On a calculé que la moyenne de ces neuf années = 435'""', 60 ; mais c'est ici le cas de faire observer combien une moyenne peut être trompeuse, et combien il est plus intéressant do constater tout au contraire l'écart considérable entre l'année de grande sécheresse 1878 (i8a"»"M) et l'année i884 (856"»"', 9). — Sur l'irrégularité générale de la répartition mensuelle des pluies en Algérie, voir des faits typiques exposés par Ch. Rivière, dans Météorologie et Agrologie, La Famine de 1866-1867. Algérie Nouvelle, L 1896, p. 1 39-1/11 . « Cette année méme[i896J, au moment où les récoltes pendantes étaient languissantes et altérées par une dessiccation sans exemple du sol et de l'atmosphère, puisque le i5 avril la tranche d'eau atteignait à peine 387 millimètres, le mois de mai, par une heureuse anomalie, a donné 90 millimètres d'eau, ce qui n'avait été observé qu'une seule fois depuis 3o ans » (p. 139). — De pareils phénomènes s'observent en Tunisie. De i883 à 1897, on a fait des mesures pluvio métriques à Enfi-

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