CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU RELIEL ET DU CLIMAT
Dans le désert surtout, où les précipitations sont si médiocres, elles sont très irrégulières : les pluies ont cette brusquerie qui a été bien des fois notée par les voyageurs sahariens*. L'atmosphère surchauffée du Sahara est aussi mobile et agitée que celle de la froide Transbaïkalie sibérienne est immobile; et tous les phénomènes de précipitation y sont presque aussi violents qu*intermittents, en un mot capricieux.
Il est un autre élément du climat du Nord de l'Afrique (ou plus exactement de la zone montagneuse du Maghreb) dont on n'a pas tenu assez compte et qui paraît devoir jouer au point de vue de la végétation un rôle important : les rosées. « Fort heureusement, disent les auteurs du Pays du Mouton, le rayonnement nocturne, très intense dans ces immenses plaines, détermine des rosées et gelées blanches qui, longtemps après les pluies, donnent encore la vie aux plantes aqueuses dont les moutons font leur nourriture, ce qui permet à ces animaux de ne point boire et même de n'en pas éprouver le besoin »'.
daville : la hauteur annuelle qui a été en 1887 de aa6 millimètres, avait été 3 ans plus tAt, en 1884, de 67a millimètres. Bien mieux, le i5 novembre 1898, le pluviomètre reçut en 5 heures 178 millimètres. Paul Gaucki.kk, Enquête sur les installations hydrauliques romaines en Tunisie, III, 1899, p. ia4. Voir par ailleurs les cartes du Régime des pluies (moyrnnes de 1860 à 1879), mois par mois, dans A. AxGOT, Étude sur le climat de l'Algérie, Ann. du Bur. cenlr. métcorol., 1881, I, pi. B. 5-B. 7 ; ainsi que les cartes des pluies mensuelles, dans A. Thévenet, Essai de climatologie algérienne, p. 61 et suiv., pi. XVII et XVIII.
* Voir TcHiHATCHEF, Espague, Algérie, Tunisie, p. 3i3-3i5. Voir les exemples cités dans H. Sciiirmer, Le Sahara, p. 78, 79 et p. 90 et suiv. — «Par un ciel pur et bleu, on voit un nuage gris jaunâtre se former dans le lointain, au ^lord-Ouest, grossir rapidement, envahir l'horizon cl s'élancer vers le Sud-Est avec une vitesse vertigineuse, soulevant et projetant les sables et graviers du sol, qui hachent les jeunes plantes ou les recouvrent d'une croûte rendue adhérente par la pluie : tel fut l'orage du ao février 1889. » G. Rolland. Hydrologie du Sahara, p. 407. Voir encore ce qu'Erwin de Bary avait observé dans l'Aïr au mois de juin 1877 : « 3 juin. — Cette nuit nous avons entendu un bruit de cascade dans la montagne, et ce matin, le premier torrent descend en bouillonnant dans l'oued à l'Est du village. Tout est enveloppé do brouillard, comme en hiver. Le soleil ne se montre pas. » Erwin de Bary, traduit par Sciiirmer, p. i65. Bartii avait obsen'é une crue semblable à la date du i^"" septembre, Reisen, I, p. 356.
^ Le pays du mouton, p. 11 3.
i58 ALGÉRIE-TUNISIE
Et ils ajoutent, parlant spécialement des steppes algériennes : ce Un détail aussi intéressant semble n'avoir été relaté dans aucune monographie» *. De mon côté, en Tunisie j'ai été frappé de l'importance de phénomènes de condensation, dont les efifets sont analogues à ceux-ci. En allant, le 25 février 1900, de Sousse à Kairouan, .j'ai noté l'opacité de ces brouillards du matin qui se produisent facilement à une aussi grande proximité de la mer: tout paraissait mouillé, le sol, les maisons, les arbres, comme s'il avait plu. Et j'ai ramassé des narcisses en fleurs, preuves de l'humidité de l'atmosphère au moins en ces premiers mois de l'année *.
L'Algérie-Tunisie constitue un territoire qui est prédestiné par son reUef à de vigoureux contrastes. Les faits climatiques et notamment ces faits essentiels au point de vue de nos études présentes, les phénomènes de précipitation, sont subordonnés à ce relief; aussi, dès à présent, devons*-nous en tirer cette double conclusion : les contrastes sont très fortement marqués entre le Nord et le Sud ; et ils vont s'exagérant de l'Est vers l'Ouest.
< Depuis lors, Ch. Rivière s'est occupé spécialement d'étudier les « refroidissements sous zéro » « dans la couche d'air inférieure près du sol ». et il a montré combien les thermomètres abrités et situés à an^.Godu sol sont impuissants à constater les réels refroidissements nocturnes do la surface, lesquels sont si intenses et si fréquents sur les ilauts- Plateaux; voir Géothermie et refroidissements nocturnes en Algérie, CoTtgrhs national des soc. franc, de géog., XX« session, p. ia8-i55.
^ De son côté, sur le versant Atlantique de T Atlas marocain, à l'autre extrémité du Maghreb, Thcob. Fischer a signalé récemment l'importance de la rosée appelée minsla, Klimatologic von Marokko, dans Zeilschr. der Gesellschafi f. Erdkunde 2U Berlin, 1901, n"" 6, p. 365. — Au désert, dans le Sahara proprement dit, la rosée parait au contraire un phénomène rare et négligeable. H. Schirmer, Le Sahara, p. 66.