‹ L'irrigationChapitre 20 sur 62 · SAHEL TUNISIEN · texte numérisé non relu

SAHEL TUNISIEN

L'irrigation en Orande-Kabylie.

La Grande- Kabylie mérite à tous les points de vue d'être examinée a part. C'est un massif saillant, indépendant, qui se distingue nettement de tout ce qui Tentoure, sorte de môle enveloppé par la mer de rcmbouchure de Toued Boudouaou au golfe de Bougie. Il s'élève jusqu'à une altitude (Leila Khedidja, 2 3o8 mètres) que nous retrouvons seulement au Sud, dans l'Aurès. L'érosion a été, en Kabylie, plus active que partout ailleurs : la topographie se présente sous des aspects plus accidentés, plus tourmentés, plus raides ; ici les eaux ont été des agents plus puissants qu'ailleurs du modelé.

Ce massif, comme nous l'avons vu, se trouve être la région la plus arrosée de toute l'Algérie ; les eaux sont partout très abondantes. Les neiges couvrent durant l'hiver les cimes du Djurjura que les Kabyles appellent Adrar Boiulfel (la montagne de la neige), et constituent une réserve précieuse pour les mois qui suivent l'hiver. Enfin la topographie qui fait couler les eaux sur des pentes raides en permet une facile et heureuse distribution.

La population est, en Grande-Kabylie, plus dense qu'ailleurs, et elle est, moins qu'ailleurs, mélangée d'éléments euro-

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pécns * . On sait que les Kabyles ont été parmi les indigènes de TAlgérie septentrionale les derniers à accepter notre domination ; et ce sera pour nous un précieux avantage en ce qui regarde les irrigations que de pouvoir étudier en Kabylie une province naturelle qui a gardé une réelle originalité ethnique et une réelle indépendance sociale. De toute la zone littorale, c'est le seul point où les eaux aient presque complètement échappé à rinfluence dominatrice du vainqueur *.

Comment donc dans cette région à tant d'égards particulière les eaux sont-elles utilisées et distribuées en vue de la culture ?

Et d*abord, remarquons-le, les cultures de la Kabylie sont très soignées ; elles sont poussées avec persévérance jusqu'à la limite supérieure extrême des arbres fruitiers. Les villages sont situés sur les crêtes, sur les dos des collines : les petites maisons de pierres aux toits couverts de tuiles sont serrées les unes contre les autres et forment des lignes harmonieuses qui suivent et soulignent les ondulations des crêtes. Or, c'est de ces villages haut perchés que descendent tous les jours jusqu'aux fonds des vallées ces populations sédentaires et laborieuses qui ne laissent pas un pouce de terre inutiUsé ^ ; partout la terre est retournée

* D'après le recensement de 1896, rarrondisscinenl de Tizi-Ouzou avait plus de 100 habitants par kilomètre (io3, 6). Voir la carte Densité de la population par arrondissement à i : 4 000 000, dans Quesiions dipîomaliques el coloniales, i" septembre 1900, carte i. -- Les Kabyles, on le sait, sont des Berbères: quand on parle dos Berbères, il faut toujours renvoyer à l'Hisloirc des Berbères dlB>- Khal- DouN, et il convient de relire le chapitre: « Des talents que la race berbère a déployés, etc., » — pages éloquentes que Tauteur a ajoutées à son ouvrage terminé el qui ont tout à la fois le ton d'un panégyrique et d'une oraison funèbre ; dans la traduction de Slane, voir 1, p. 198 et suiv.

' Les eaux ont d'autant plus échappé aux lois françaises que même la propriété foncière n'a pas été soumise en Kabylie à la loi de 1878, et que les immeubles continuent à être « régis par la loi musulmane et les coutumes locales ». Voir M. Lay- NAUD, Notice sur la propriété foncière en Algérie, p. ia8.

3 Sur les inconvénients économiques de cette position des villages kabyles situés loin des sources, et sur la nécessité de déplacer certains villages, voir un très curieux document rédigé par des indigènes (ou du moins présenté par eux à la session de 1 901 des Délégations financières algériennes), dans les Procès-verbaux des délibéra-

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et labourée ; dans les fonds, des cultures d'orge ; partout des potagers, et principalement beaucoup d'arbres espacés auxquels sont apportés, on le devine, de multiples soins particuliers et si Ton peut dire individuels* ; les caroubiers, les chênes à glands doux, les chênes verts, et surtout les oUviers et les figuiers montent jusqu'à 900 et i 000 mètres d'altitude sur les versants qui environnent Michclet (i 200 mètres). Rien n'est perdu de ce que produit la terre : les grands frênes sont ébran-

lions, p. i377-i38i. — Il importe encore de mentionner que surtout sur le versant Sud du Djurjura, les Kabyles s'éloignent des villages pour plusieurs semaines, afin d'assurer la nourriture des animaux qu'ils élèvent (qu'ils élèvent soit en vue de leurs travaux agricoles, soit pour leur propre alimentation) ; ils quittent donc leurs propriétés durant l'hiver et le printemps lorsque leur présence est moins strictement exigée par la culture. Il y a là un phénomène de migration régulière et générale qui prouve combien est complexe, varice et active la vie de certains Kabyles. Voir art. 83 du Kanoun de la tribu de Sebkha, dans E. MAsgrERAv. Formation des cités chez les populations sédentaires de l'Algérie (Kabyles du Djurdjura, Ghaouîa de l'Aourâs, Béni Mezàb), Paris, Ë. Leroux, 1886, in-8, xlviii -f- 336 p., p. a 88 ; ou encore art. 5 du Kanoun des Achel el Oçar. lo., ibiiL, p. 3 18.

^ Voir ce qu'il est dit du travail à la pioche dans A. Haiiotbau et A. Letouk- NF.LX, La Kabylie et les coutumes kabyles, Paris, Imprimerie Nationale, et chez Ghallamel atné. Alger, Fontana, 1873, 3 vol. in-8, 11+ ^i^ p-> 56o p. et 46^ p., avec une Carte de la Kabylie du Jurjura, subdivision de Dellys, faite et dessinée par M. Ma.s, capitaine, sous la direction du général Hanoteau, à i : 170000, I, p. 4i3. La lecture des Kanoun reproduits en Appendices, soit dans Hanoteau et Lbtour- NKux, soit dans £. Masqueray, Formation des cités, etc., est intéressante à faire rien qu'au {x>int de vue des travaux agricoles et des usages culturaux ; on peut juger par exemple indirectement du rôle de la pioche par le nombre de fois où il est question de coups donnés avec cet instrument; art. loi du Kanoun de la tribu des Béni-Mansour : u Quiconque a frappé avec la pioche dite gadoum paie 5o francs d'amende et quiconque a menacé du même instrument deux douros d'amende. » E. Masqueray, ouvr. cité,.p. 273, etc. Les Kanoun révèlent distinctement qu'en Kabylie il y a deux modes très différents de procédés culturaux : la culture à la charrue pour les champs (céréales) et la culture à la petite pioche pour les jardins potagers (a melons, oignons, citrouilles et autres légumes », d'après art. 17 du Kanoun de la tribu des Cheurfa, v. E. Masqueray, p. 277). Pour les cultures arbustives, si développées, on se sert tantôt de la charrue (on laboure par exemple les terres plantées en oliviers) et tantôt de la pioche. Tout cela démontre la coexistence, avec une presque égalité d'importance de ces deux modes d'activité cullurale : Ackerbau (culture à la charrue) et Ilackbau (culture à la bêche), dont on a souvent à coup sûr faussé les rapports et exagéré l'opposition. Voir ce que nous avons dit nous- même dans L'homme et la terre cultivée, Bilan d'un siècle, p. 33, 34-

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chés pour fournir le bois nécessaire ; les feuilles des figuiers sont recueillies avec économie pour servir durant l'hiver à la nourriture du bétail*.

Toute la Kabylie située en avant du Djurjura avec ses collines enchevêtrées et riantes, avçc ses versants fertiles, avec ses fonds humides et parfois marécageux, est une Galilée, mais une Galilée admirablement travaillée et cultivée.

Les Kabyles ont un vif sentiment des intérêts collectifs ; on doit en revenir toujours à l'ouvrage précieux de Masqueray et au magnifique dossier de Hanoteau et Letourneux pour se rendre compte de la belle et solide organisation de la djemâa Kabyle. Dans la société Kabyle « partout on retrouve, à ses divers degrés, l'association solidaire, aussi bien dans les moindres intérêts de la vie privée que dans les relations de la famille, du village et de la tribu »*. ce II n'est pas d'industrie, si infime qu'elle soit, qui ne donne lieu à une société. Les enfants^ s'associent pour chasser aux gluaux, les femmes pour élever des canards et des poules. Autrefois des frères achetaient un esclave et le louaient pour se partager son salaire. Les musiciens sont toujours associés ; on voit des sociétés se former entre les marchands d'amulettes, les fabricants de nattes, et, qui le croirait ? entre des médecins » \ (( L'association est l'âme et la vie de la Kabylie »*. Et la djemâa (qui correspond d'ordinaire à un village), assemblée (( virtuellement composée de tous les adultes capables déporter les armes, mais dirigée le plus sou-

^ On a dit spiriluellcment que les arbres et spécialemeirt les figuiers constituaient les « luzerniëres kabyles ».

* Hanoteau et Letourneux, ouvr. cité, II, p. 2. E. Masqueray, dans son ouvrage sur la Formation des cites, etc., donne en Appendice 9 Kanoun des tribus de l'oued Sabcl. Dans Tun d'eui, nous lisons un article qui caractérise bien cette solidarité effective des habitants d'un même village : « Tous les habitants d'un village doivent assistance au constructeur d'une maison, en ce qui concerne le toit, les traverses et le mortier. » (Kanoun de la tribu des Béni-Mansour, dans Masqueray, p. 278).

3 Hanoteau et Letourneu;c, II, p. /|83.

* Hanoteau et Letourneux, H, p. 4C8. .

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vent par un groupe de citoyens notables, et comme réduite, dans la pratique, à ce qu'elle a de meilleur » \ est l'expression politique et économique de la communauté de village: la djemâase réunit au moins une fois par semaine^ Les kanoun qu'ont publiés Hanoteau et Letourneux et les nombreux documents qu'ils citent nous permettent de juger nous-mcmes à quel degré la communauté surveille les actes des individus ^ La principale richesse en Kabylie est l'arbre *. Aussi l'arbre est-il l'objet d'une réglementation extraordinairement sévère ; dans presque toutes les tribus de la montagne, le propriétaire est obligé de planter un certain nombre d'arbres : « Celui qui ne plante pas chaque année au moins dix figuiers paye lo réaux d'amende » (Kanoun des Cheurfa)^ .

On devine sans peine que les arbres sont protégés contre les entreprises des voisins mal intentionnés par de fortes amendes. Bien plus le propriétaire est prémuni lui-même contre la tentation qu'il pourrait avoir d'arracher un arbre fruitier lui appartenant. (( Un grand nombre de tribus ne permettent pas au maître d'un arbre fruitier de le mutiler, ni de l'abattre : il est sacré pour tous » *.

. Parmi des populations ainsi traditionnellement façonnées à la

* E. Masqueray, ouvr. cité, p. 5o.

3 Uanoteau et Le'tourneux, II, p. ao.

3 Est-il besoin de noter que - la propriété Individuelle est très développée chez les Kabjles, que partout la propriété est divisée en une infinité de parcelles, et qu'il importe de ne pas confondre Torgnnisation collective et la propriété indivise P

* Voici un article de Kanoun qui le prouve péremptoirement : « Si la djemâa a résolu de faire ouvrir un chemin sur la propriété d'un particulier, ce dernier a droit au remboursement de la valeur des arbres fruitiers, mais ne reçoit pas d'indemnité pour la terre. » Art. 4i du Kanoun de la tribu des Ch^urfa, dans Ë. Masquërat, Formation des cités, p. 275.

' Cité dans IIanoteau et Letournkux, III, p. 380. La djemAa s'occupe avec détail de tout ce qui se rapporte aux arbres fruitiers : « Au moment de la maturité des olives et des figues, si la djemàa a fait proclamer que nul ne pourra commencer la cueillette avant qu'elle n'en ait donné l'autorisation, quiconque contrevient à cette défense paye 4 francs, » Kanoun de la tribu des Béni Kani, dans E. Masqueray, ouvr. eitê, p. 3ii.

^ Voir Uanoteau et Letourneux, III, p. 379 et a8o.

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compréhension' et à la pratique des intérêts collectifs, les eaux seront-elles Tobjet d'une réglementation serrée et compliquée ? 11 semblerait tout naturel de le supposer si Ton ne tenait compte que de l'organisation sociale générale et des influences ethniques.

Mais si Ton tient compte des conditions géographiques, Ton se rappellera que les eaux sont ici presque surabondantes et que le ruissellement s*en fait d'une manière si naturelle sur ces versants rapides, qu'il équivaut à une sorte de distribution normale entre tous les propriétaires individuels de la terre. De fait, en Kabylie nous ne trouvons aucune organisation spéciale concernant l'eau ; très souvent les kanoun ne font même pas mention de l'eau ; on en pourrait citer, comme celui des villages de Taourirt Abdallah et d'Adr'ar'Amellal, qui se préoccupent de l'ordre qui doit être observé par les femmes allant puiser de l'eau à la fontaine (art. 3), et qui sur i38 articles n'en ont pas un seul se rapportant à l'irrigation. En général, les kanoun ne contiennent aucune prescription sur ce sujet. Partout où se rencontre une fontaine l'eau en est heureusement distribuée, et lorsque cette eau doit servir à plusieurs propriétaires, une simple alternance en assure la distribution *. En principe, celui qui a dans son fonds une spurce a la libre disposition des eaux qui s'y trouvent amassées ou qui en découlent ^ Cette absence de règlements qui est uniquement explicable par les conditions géographiques, loin de constituer une (( lacune », doit être au contraire regardée comme une conséquence logique '.

* « Si les eaux retenues par un barrage arrosent deux propriétés, Tcau est partagée également entre les propriétaires inférieur et supérieur (on arrose à tour do rôle). » Kanoun de la tribu des Ait Kani, art. 69, cité dans Hanoteau et LetourisKL'x, m, p. 4a5.

2 Hanoteau et Li:tour>'eux, II, p. 249 et suiv.

3 Hanoteau et Letourneux énumèrent eu de longues pages quelques-uns des très nombreux types de contrats agricoles ou do contrats temporaires en vue de la culture (II, p. 45()-468). Voir aussi les contrats en vue de l'élevage que mentionnent plusieurs des Kanoun publiés par Masquer a y, Appendice de la Formation de

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Les Kabyles sont des hommes quisavent apprécierTeau comme richesse première ; ils savent l'utiliser ; ils savent habilement la conduire en des rigoles dont la pente est habilement ménagée*. Comment leurs djemâa vigilantes et prévoyantes auraient-elles négligé de réglementer Teau si le besoin s'en était fait sentir? Tout au contraire les Kabyles sont si peu préparés à la réglementation pour les eaux qu'ils se montrent rebelles à toute tentative dans cette voie ^. Il faut en conclure que ce sont bien le relief, la topographie, et par-dessus tout l'abondance relative des pluies qui ont rendu cette réglementation superflue et partant inutile.

cités, etc., notamment Tart. /19 du Kanoun de la tribu des Mechedalah : « Les contrats en vue de Télevage en commun des moutons, chèvres, bœufs et chevaux, sont limités à trois années » (^Ouvr. cité, p. 298). Dans aucun do ces contrats, tels du moins qu'ils sont rapportés ou résumés par ces hommes compétents, nous ne voyons mentionner l'eau.

* J'ai recueilli de précieuses informations : M. Boiksibr, colon et agriculteur à Maillot, sur le revers méridional du Djurjura, m'a raconté qu'il avait essayé de conduire sur ses terres des eaux de l'oued Sahel, dont ces terres se trouvaient assez éloignées ; un expert géomètre lui avait proposé un réseau de rigoles très compliqué ; il s'adressa alors à des Kabyles, qui, sans arpentage, sans mesurage précis et sans plan d'ensemble, mais avec un remarquable sens des déclivités et une ingénieuse perception de la manière dont la pente doit être ménagée, exécutèrent promptement lin réseau d'arrosage qui au bout de deux ans n'avait eu encore à subir ni modification ni réparation.

2 Voici un fait caractéristique, inédit et authentique : Dans la vallée de l'oued Sahel, à Ighzer-Amokran, des colons avaient obtenu une réglementation officielle des eaux qui avaient été jusque-là exclusivement utilisées par les Kabyles. Les Kabyles ont refusé de se soumettre à cette réglementation ; ils ont môme pris les armes, et on a dû céder. L'affaire a été étouffée. — D'autre part, nous lisons à propos de la Kabylie dans les Études sur l'aménagement et l'utilisation des eaux en Algérie, 1890 : <c Les indigènes gaspillent souvent les eaux au lieu de chercher à en tirer le plus grand profit. Diverses tentatives faites pour en réglementer l'usage n'ont pas abouti par suite de l'opposition extrêmement vive des indigènes. » (P. a5). De tels témoignages sont concordants. 11 convient d'ajouter, pour être strictement et scrupuleusement exact, que sur le versant méridional du Djurjura l'eau semble pourtant être l'objet de plus de règles (mais non de règlements) que sur le versant septentrional, et cela serait encore conforme aux conditions géographiques, puisque l'eau y est un peu moins abondante. Toutefois, nous n'osons sur ce point être trop aflirmatif, car nous n'avons pu faire une enquête personnelle; nous renvoyons aux NoteS Bt pièces justiûc&tives, E, Extraits de Kanoun Kabyles du versant méridional du Djurjura.

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L'irrigation dans les plaines et hautes plaines du TelL

La Grande-Kabylie est la seule des régions montagneuses voisines delà mer qui réunis se ces trois caractères, de comprendre une population très dense, d'être habitée par .des sédentaires agriculteurs, et d'avoir encore échappé dans une grande mesure à l'influence sociale des conquérants.

Les autres régions montagneuses, voisines du httoral, sont couvertes de forêts peu peuplées et surtout de broussailles habitées seulement par des nomades ou des demi-nomades * : quant aux anciens nids de pirates de tout le rivage occidental, ils ne sont pas encore devenus d'importants centres d'agriculteurs.

Notre sujet ne comprenant que les centres d'irrigation, c'està-dire de culture soignée, nous devons uniquement étudier dans la région du Tell les plaines et les vallées cultivées qui comprennent d'ordinaire des plateaux plus ou moins accidentés ou des dépressions avec leurs versants : plaines basses comme la Mitidja, les bassins alluviaux de la Medjerda, les Dakhlas, etc. ^, ou plaines élevées comme les « plateaux » de Sétif ; — plaines ouvertes

^ Dans un article sur Les cvénemcnts de Margueritte (Questions diplomatiques et coloniales, i5 mai 1901, p. 617-621), Augustin Bernard rappelait très heureurement les caractères spéciaux de cette a brousse » des territoires forestiers du Dahra et du Zaccar, et les conditions de vie à demi-nomades des indigènes ; il citait aussi quelques lignes «définitives » de Jules Fkrry sur cette question. — <fNous avons, cédant à la manie assimilatricc, transporté en Algérie notre Code forestier de i8!i7... L'habitation en forôts, le labourage en forêt même dans les espaces vides, le pâturage en forêt, souvent indispensables à Texistcnco du troupeau, sont devenus délits. » (M. Wahl, L'Algérie, 3® édition, p. 871). Aussi a-t-on dû dresser de i883 à 1890, en 7 ans, 96000 procès- verbaux. — Sur la question forestière, voir la déposition de M. Bizern et celle de M. Joly de Brésillon, dans : Chambre des députés, n° 18^0. Session de 1900. Procès-verbaux de la sous -commission d'étude de la législation civile en Algérie présentés par Pourquert de Boissehin. Paris, 1901, p. 709-712.

^ En Tunisie, le nom de Dakhla est appliqué aux plaines cultivées et fertiles situées soit dans les vallées (Dakhla de Souk-el-Arba, dans la vallée de la Medjerda), soit sur le bord de la mer (Dakhla el Mahouina, ou Dakhla du cap Bon).

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