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L*IRRIGATJON DANS LE TELL

vers le Nord et vers la mer comme la plaine du Sig et la plaine deBône, ou dépressions fermées comme la vallée du ChélilTet les bassins de Bcl-Abbès ou de TIemcen.

• Aussi bien le Tell n'est-il pour les Arabes comme pour les Berbères que la région cultivée; nous, Européens, nous avons pris ce mot de Tell et nous Tavons appliqué aune sorte de région continue, limitée et d*un seul tenant comme le sont nos divisions administratives. Le Tell, comme nos anciens « pays » de France, est une expression avant tout géographique.

Au cours démon voyage, j'ai interrogé méthodiquement tous les indigènes avec lesquels je me suis trouvé, leur demandant avec insistance : Qu'appelles- tu le Tell ? Où commence le Tell ? Ce village ou cet autre fait-il partie du Tell ? et l'on peut affirmer que pour eux tous le Tell n'est autre chose que les régions de culture des céréales, par opposition aux terrains de pâture qui sont le Sahara V

En général, ces terres, où les céréales poussent en assez

* Mentionnons ici une note intéressante d'un travail de ^f. Augustin Bernard, auquel nou^ recourons plus d'une fois : « Tell signifie la colline (plur. Tilal). Sahara signifie primitivement blanc mêlé de rouge, fauve (fém. 6*ashar)y puis le mot a signifie plaine, pays non cultive, enfin plaine déserte : nous devons ces indications à Tohligeance do M. René Basskt, dirocleur de l'École des lettres d'Alger. Cf. Par- M ENTIER, Vocabulaire arabe-français des termes de géographie. Confjr. de l'Afas^ Alger, 1881. » (Hautes plaines et steppes de la Berbérie, p. 19, note i.) Il faudrait encore remarquer qu'en certains points de l'Algorie-Tunisie le mot de tell sert à désigner non pas seulement la région cidtivée, mais la terre elle-même ; un ingénieur agronome de Tunisie, F. Vi:rry, parle ainsi de la terre de la Dakhla du cap Bon : « La terre végétale est partout très épaisse ; sa profondeur dépasse toujours 5o à 60 centimètres et atteint souvent l'n.ôo, 3 mètres et même davantage Les terres franches sont abondantes, les Arabes les dénomment tell. Ils reconnaissent deux sortes de tell : le tell noir, qui est une terre riche en matières organiques, retenant facilement l'eau, est particulièrement recherché et se trouve toujours dans les bas- fonds ; le tell jaune est plus sablonneux, moins fertile. » (De Hammamet à Kélibia, aperçu agricole, dans Régence de Tunis, Bulletin de la Direction de l'Agriculture et du Commerce, V, 1900, n*» 16, p. 40.) Le mot de tell s'appliquerait ainsi tout à la fois à la terre elle-même et d'une manière beaucoup plus générale à la zone recouverte par cette terre — comme ailleurs, par exemple en pays russe, le mot de tchernoziom.

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grande abondance pour dépasser les besoins delà consommation locale, et où se sont installés par tradition des marchés de grains, centres d'approvisionnement pour les nomades, sont les terres qui reçoivent des pluies suffisantes et qui sont par conséquent voisines du littoral. En fait, ce sont aussi les terres qui ont été d'abord et qui sont encore entre toutes le domaine privilégié des colons européens \ De la, de notre part, une extension très naturelle de ce nom de Tell à toute la zone littorale ; de là aussi, de la part des indigènes, une confusion qui parfois se manifeste entre le Tell et cette zone qui est devenue le lieu principal de l'installation des Européens. Ces trois idées se sont ainsi mêlées sous l'étiquette générale de T^ll, et non sans quelque raison *. Tout en retenant le sens premier, le sens vrai du Tell, nous verrons dans cette étude que le Tell mérite d'être séparé du reste de l'Algérie à ce triple point de vue : comme zone littorale, plus arrosée dans son ensemble que la zone des steppes, — comme zone des cultures et des marchés de céréales, — et comme

^ Au sujet de la colonisation en Algérie, voir : Gouvernement général de T Algérie, Coup d'œil sur Thistoire de la colonisation en Algérie. Alger, Bouver, 1878, et Id. La colonisation en Algérie. Alger, Giralt, 1889. Nous renvoyons par-dessus tout à Tétude si consciencieuse et entendue d'une manière si géographique : II. BussoN, Le dévelop{)ement géographique de la colonisation agricole en Algérie, Annales de Géographie, VU, 1898, p. 34-54 et pi. II. Voir aussi les excellents articles de G. Mandrville et V. Demomtès, Etudes de démographie algérienne. Les populations européennes : leur accroissement, leur densité et leurs origines, Questions diplomatiques et coloniales, i5 août 1900, p. igS-îii, et i»"" septembre 1900. p. 381-393 ; ces articles sont accompagnés de 11 cartes. « Dans le Tell cultivable, disent ces auteurs, les Européens se trouvent donc à peu près partout. En i856, les régions telliennes où on les rencontrait étaient des îlots épars çà et là, sans étendue, les environs d'Alger et d'Oran exceptés ; en 1896, ce sont les pays où il n'y a pas de population européenne qui sont l'exception. » (P. s 10.)

^ Voici un passage extrait d'une étude consciencieuse et où l'on reconnaîtra le mélange trop confus de ces diverses idées : « On donne le nom de Tell à la région tourmentée, montagneuse, accidentée, mais labourable, fertile, arrosée par d'importants cours d'eau et colonisée par l'élément européen ; celle où le colon trouve à différentes altitudes des terres exceptionnellement productives, des richesses naturelles considérables et des conditions climatériqucs analogues à celles de son pays natal. » J. Canal, Monographie de l'arrondissement de Tlemcen, dans Soc. géogr. et arch. Oran, IX, 1889, p. 53.

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zone ayant subi rinfluence européenne d'une manière plus directe et spéciale.

Dans presque toute la région du Tell aucun fait d'organisation et de réglementation n'a échappé à l'influence des conquérants : les faits économiques se sont trouvés modifiés par des intérêts et par les idées « importées » qui ont envahi l'Algérie en même temps que les armées françaises. Tout ce que nous pouvons étudier dans cette région n'est donc pas un retentissement authentique des causes géographiques. Si l'on avait davantage tenu compte des conditions géographiques, sans doute quelques tâtonnements et quelques erreurs eussent pu être évitées. Mais n'est-ce pas une nécessité de conquérir un pays avant de pouvoir en dresser la carte et l'étudier .^

Il nous faudra suivre ici pas à pas avec une prudence critique les curieux effets de la superposition de causes historiques générales, c'est-à-dire de mesures administratives uniformes à des conditions géographiques diverses.

Les différences entre l'Algérie et la Tunisie considérées au point de vue des irrigations. — Cestici qu'il conviendrait, semble-t-il, d'établir une grande différence entre l'Algérie et la Tunisie. La Tunisie a dû subir notre influence depuis beaucoup moins de temps, depuis moins d'un quart de siècle. Et surtout on a profité en Tunisie de l'expérience acquise sur la terre voisine ; on n'a pas essayé de façonner et de transformer cette partie extrême du Maghreb selon les mêmes conceptions politiques qui ont présidé à la prise de possession de l'Algérie.

Même au point de vue de la géographie physique, la région tunisienne ne doit-elle pas être légitimement détachée de l'ensemble de l'Algérie ? Il n'y a pas entre les deux pays une simple distinction arbitraire'. Que l'on consulte par exemple dans

* « Bien que la frontière cnlrc TAlgoric et la Tunisie soit presque partout incertaine, la séparation politique dos deux. États, loin d'être le fait du hasard, est fondée sur une différence physique très réelle et très profonde. » Toutain, Les

ï A lias des Colonies françaises de Paul Pclet les belles cartes de l'Algérie (3 cartes) et de la Tunisie (i carte) à i : i oooooo ; les forêts sont figurées en vert; qu'on en considère la répartition. Dans la province d'Oran les forêts existent uniquement sur les parties élevées des massifs littoraux et de l'Atlas tellien; puis, dans la province d'Alger, outre cette première zone boisée, un modeste et unique îlot apparaît isolé vers le Sud, par delà les dépressions des chotts et les hautes steppes, au Djebel Senalba (près de Djelfa) * ; dans la province de Gonstantine, grâce à l'altitude de l'Aurès, une seconde zone boisée se développe vers le Sud * ; mais elle est nettement séparée de la bande forestière du

Cités romaines do la Tunisie, p. a a. — La vraie limite entre TAlgérie et la Tunisie, « c'est la bande de territoire, au seuil de laquelle s'arrêtent les voies de pénétration naturelles qui viennent de la côte orientale, et à l'Ouest de laquelle les relations et les grandes routes se dirigent non plus de l'Est à l'Ouest, mais du Nord au Sud. > Id., p. a4.

^ On évalue à i oooooo hectares la superficie dite des Hauts-Plateaux dans le seul cercle de Djelfa, à 33 910 hectares la superficie des cultures et à 1 10 000 hectares celle des forêts. Le pays du mouton, p. 118. — D'ailleurs, il faut tenir compte de la marche rapide du déboisement : sur les effets dévastateurs du grand nombre d'incendies en Algérie, voir : Tchiiiatchef. Espagne, Algérie, Tunisie, p. 444 et suiv. ; voir surtout l'excellent volume que Henri Lefebvre, inspecteur des eaux et forêts, a consacré aux Forêts de l'Algérie (Alger -Mustapha, 1900) : « Les exploitations désordonnées d'écorccs à tan pour l'exportation, de bois pour l'approvisionnement des centres et des services militaires, l'extension des cultures, le pâturage ininterrompu et effréné après les incendies et les coupes ont continué à faire disparaître les forêts. Il ne faut pas se le dissimuler, leur destruction suit une progression effrayante, même dans le Tell constantinois on la végétation est si puissamment favorisée par le régime des pluies. » (P. io4.) Tout le chapitre qui suit est à lire : Causes de destruction des forêts (p. 106-116). Et si H. Lef£bvkk ne s'était pas arrêté aux frontières de l'Algérie, il aurait pu également attirer notre attention -sur l'importanco du déboisement en Tunisie. Le déboisement a marché si vite « que les endroits signalés comme encore boisés par Bruck il y a un siècle environ, n'offraient plus un seul arbre quand le colonel Playfaik les visita récemment. » Tchihatchef. Espagne, Algérie, Tunisie, p. 553. — L'extension actuelle des forêts en Algérie non plus qu'en Tunisie ne peut donc être regardée comme une expression précise des conditions climaticiues ; néanmoins, dans reiisemblc, les forêts subsistantes, soit par leur position, soit par leur étendue, expriment encore très nettement les différences entre le climat de la Berbérie orientale et celui de la Berbérie occidentale.

3 a C'est probablement dans l'Aurès qu'existent les plus belles forêts de cèdres du continent africain. » D"" Henri Malbot et D"" R. Verneau, Les Ghaouïas et la In'panalion du crâne dans l'Aurès, dans V Anthropologie, viir, 1897, p. 6. — Djebel Aurès ou Aouras, c'est-à-dire Montagne des Cèdres.

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