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L'IRUIGATION DANS LE TELL

des pluies se produisant même en mai ont en certaines années sauvé les récoltes. — Dans des régions toutes proches de la côte le relief est élevé et ce relief détermine des précipitations que recueillent tous ces cours d*eau : le Bou-Merzoug roule encore en septembre comme débit moyen d'étiage 5oo litres par seconde, tandis qu'il en roule au printemps 700 et 800 litres, et que le débit n*a jamais été inférieur au minimum de i5o litres. L'oued Sahel qui est le plus occidental contourne le Djurjura et a le bénéfice des neiges abondantes que tous les hivers accumulent sur ces sommets, les plus élevés de la bordure septentrionale de l'Atlas.

L'union de ces conditions topographiques et climatiques a pour conséquence de fournir des eaux en quantité suffisante au moins au printemps, c'est-à-dire suffisantes pour les cultures d'hiver. Et certaines régions topographiquement disposées pour servir de point de convergence aux eaux courantes, et sans pente appréciable pour l'écoulement de ces eaux sont même en partie, nous l'avons vu, occupées par des marécages. Il ne faut donc pas s'étonner que dans cette zone orientale du Tell algérien on n'ait construit jusqu'ici aucun grand barrage, je veux dire aucun barrage-réservoir. Dans cette région les colons ont eu à leur disposition des eaux pour irriguer sans que cela nécessitât comme dans l'Ouest algérien dénormes ouvrages techniques \ En vue de l'irrigation le vrai et presque unique

^ Il faut cependant mentionner le projet de création d*un barrage- réservoir sur l'oued Atménia. Mais si Ton connaît les raisons qui ont conduit & Télaboration do ce projet (qui n'est encore aujourd'hui qu'un projet), on constate que les conditions hjdrologiques n'y sont pour rien, et que ce barrage est un palliatif destiné à atténuer les conséquences ruineuses pour T Algérie d'une erreur originelle ; en deux mots, il y a un demi -siècle, on a concédé et assuré à un M. Lavie, propriétaire d'un moulin arabe situé dans les gorges du Rumniel un volume d'eau de GOo litres par seconde; or le Rummel à Tétiage ne roule pas plus de 4oo litres par seconde. Le sieur Lavie a fait un procès ; le Conseil d'État lui a donné raison, et a obligé le Gouvernement & lui payer i million cl demi à titre d'indemnité, sans déclarer d'ailleurs caduques les prétentions du sieur Lavie, qui peut commencer un nouveau procès. On propose donc la construction d'un barrage, afin d'avoir assez d'eau pour

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travail est un travail de distribution, par conséquent de dérivation et de canalisation. Ce travail est très développé: le seul groupe d'irrigants du Bou-Merzoug use de i8 petits barrages et de 85 kilomètres de canaux. D'ailleurs le plus souvent, le long des vallées, la distribution est facilitée par les pentes considérables et du lit de la rivière et des versants.

L'ensemble de cette région se présente avec un caractère de prospérité et de richesse qui ne se rencontre ailleurs qu'en îlots isolés : les pentes sont couvertes de magnifiques cultures d'oliviers ; les chenes-lièges sont industriellement exploités : le beau cirque de Duvivier, tel qu'on le découvre en montant les rampes raides de la voie ferrée jusqu'au col de Fedj-Makta, est comparable aux plus belles régions de coteaux cultivés de tout le bassin méditerranéen. Dans les environs immédiats de Bône, de riches cultures sont dominées par les forets de chônes-lièges du mont Edough. La vallée inférieure de l'oued Soummam, suite de l'oued Sahel, présente deux rives d'alluvions très habilement cultivées. Par endroits l'aspect de ce pays est si verdoyant qu'il n'est presque plus médiferranécn.

Dans la plupart des centres d'irrigation de cette zone, l'irrigation était pratiquée et « organisée » avant la colonisation française. De la source du Bou-Merzoug jusqu'au Kroub, par exemple, les canaux sont encore administrés par les intéressés conformément à d'anciens usages locaux. Et il semble bien que ce soient d'anciens usages qui se retrouvent aujourd'hui dans les règlements administratifs dont les Ponts et Chaussées surveillent l'application. Mais il est probable que par suite de la conquête et de l'arrivée des colons les traditions avaient été rompues sur plus d'un point, et nous voyons en plus d'un cas d'une manière très nette l'Administration supprimer « l'irriga-

M. Lavie, cl n'être pas obligé de lui payer une nouvelle indemnité I Voir vœu de JoT.Y DR Brksillon, dans (îouv. g/'néral de l'Algoric. Délégations financières algériennes. Session de juin 1901. Procès -verbaux des délibérations, p. 42^ et suiv.

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tion à discrétion » et introduire de son chef de véritables tableaux de distribution \ Au reste, ces tableaux de distribution rappellent la vieille table romaine de Lamasba, qui est aujourd'hui au musée d'Alger*; les Romains, semble-t-il, ne se sont également avisés que d'organisations très simples pour la distribution des eaux^. En tout cas « les travaux hydrauliques [de toute cette zone] furent faits par des communes, des associations privées et non pas par le gouvernement impérial»*. Tout nous laisse supposer qu'alors comme aujourd'hui il s'agissait non pas d'une organisation générale, mais bien défaits indépendants les uns des autres et nettement localisés. De nos jours, l'Administration a pris l'initiative de déterminer la constitution de « groupes d'irrigation », de vrais syndicats d'irrigants, comme celui du Bou-Merzoug qui comprend 80 irrigants. Elle ce conserve d'une façon absolue la propriété de l'eau dont elle concède seulement la jouissance à titre précaire et révocable », mais elle stipule en même temps que <( les eaux d'arrosage sont une dépendance de la terre, sans qu'il soit loisible à un propriétaire de vendre la terre en conservant la jouissance des eaux » ^ Et l'eau est gratuite, pourvu que les irrigants assurent l'entretien des canaux. Au reste, si l'Administration régit certains canaux, il en est qui sont directement régis par des syndicats libres ; dans la vallée du Bou-Merzoug,

* Voir aux JVoÉes et pièces JlZSiiiîCatiVeSyiî, Ex traits des aiTêt<^s concernant les eaux du Bou*Mcrzoug et du Hanima, notamment Arrête du 3 juillet 1880 concernant le Bou-Merzoug : u Article premikk. Les irrigations à discrétion sont supprimées dans la vallée du Bou-Merzoug. » Suit un règlement très détaille. Des tableaux détailles suirent aussi Tarrêtc de la vallée du Hamma du 3 juillet 1880.

* A Lamasba, Mascjukray a découvert une curieuse table de distribution des eaux entre les jardins. Jl en a ptiblié les trois principaux fragments dans VEpheineris EpigraphicOt Vif, n^ 788, p. 25o-a55 ; et Stéphane Gsefx en a publié deux autres fragments dans ses Recherches archéologiques en Algérie, p. 83-85.

^ pROcoPE donne un exemple de . distribution (au Nord de Kcnchela) : De bello vandalico, II, 19.

* Stéphane Gsell, Les monuments antiques de l'Algérie, liv. II, chap. xrr.

' Voir aux NotCB et pièces justificatives y H y Vallée du Hamma, arrêté du 3 juillet 1880. art. 3i.

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du Kroub jusqu'à Constantine, 3 des canaux sont régis par des syndicats libres et un seul par T Administration.

L'Administration des Ponts et Chaussées proportionne Teau accordée pour les arrosages aux surfaces cultivées, mais aussi aux cultures diverses suivant leurs exigences culturales : c'est ainsi qu'on accorde o 1., 90 ou i litre à la seconde par hectare pour les jardins ; cl. , 3o pour les vergers, et de cl., 20 à cl., 16 pour les vignes, les prairies et les céréales*.

On doit reconnaître que dans leur ensemble des règlements tels que ceux du Hamma et du Bou-Merzoug sont bien adaptés aux conditions géographiques.

Les (( plateaux » plus secs mais cultivés en céréales. — La quantité d'eau nécessaire pour les arrosages varie, avonsnous dit, suivant les cultures qu'on se résout à faire. Les conditions géographiques qui seraient défavorables à des cultures de jardins peuvent être excellentes pour des cultures de céréales : c'est à l'homme de savoir modérer et mesurer ses exigences d'après les conditions naturelles. Si l'on passe les grands talus des chaînes littorales, et si l'on arrive aux plateaux plus ou moins légèrement inclinés qui s'étendent sur le revers de l'Atlas tellien, descendant vers l'intérieur de cette zone de steppes qu'on a longtemps appelée les Hauts-Plateaux, on pénètre en une zone qui reçoit une certaine quantité de pluie, insuffisante pour des vergers ou des légumes, mais suffisante pour des céréales (carte VI). De très ancienne date, des indigènes semblent avoir pratique la culture du blé et de l'orge sur ces hautes plaines dont l'une des plus typiques est constituée par CCS grands espaces doucement ondulés qu'on appelle les plateaux de Sctif : c'est là un vrai grenier d'approvisionnement en céréales et tel est le sens de l'importance économique

* Voir aux Notes etpièce8JU8tJÛC&tive8,H, Vallée du llamma, arrêté

du 3 juillet 1880, art. 3.

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de Sélîf. — Sur ces vastes espaces complètement dépourvus d'arbres, les pluies sont assez abondantes et fréquentes dans les années moyennes à la fin de Thiver et au printemps pour que les indigènes puissent labourer, semer et récolter*. Rien n'est plus curieux que de traverser ces hautes plaines à différents moments de Tannée : là où dans les bonnes années s'étendent à perte de vue en mars et avril de magnifiques champs d'orge, une steppe terne et grise reconquiert toute la zone dès que l'été revient, et jusqu'à la fin de l'hiver suivant ^

En ces territoires, les plus méridionaux du Tell, il n*y a pas de grands barrages ; mais les indigènes construisent de petits barrages de distribution pour utiliser le mieux possible les eaux apportées par les pluies. Ici les eaux disponibles sont moins abondantes que dans les régions plus voisines de la côte, mais les cultures traditionnelles et générales sont aussi moins exigeantes ; somme toute, le problème de la répartition de l'eau se pose ici comme là.

C Régions sèches occidentales : haute plaine de Bel-Ahhès

et vallée moyenne du Chéliff.

A mesure que nous nous éloignons du littoral "', — et surtout

' La culture des céréales sur ces plateaux ne peut être qu'cxtensive ; une année sur deux le cultivateur même européen est obligé de laisser la terre en jachère. Voir d*ailleurs Rivière et Lecq, Manuel pratique do l'agriculteur algérien, p. 586. Les Arabes comptent uniquement sur la pluie pour leurs récoltes. El Bekki, dans sa Description de TAfrique septentrionale, rapporte le dicton suivant : « Dans les dépendances de Tripoli se trouve une plaine appelée Soubidjln, qui [étant ensemencée] rend, en certaines années, cent grains pour un ; de là vient un dicton des Tripolitains : La plaine de Soubidjîn produit en une année pour plusieurs années. » (Traduction db Slane, iSSg, p. 25.) Le mot des Tripolitains indique bien quelle irrégularité est celle des pluies et des récoltes, et aussi quel est le fatalisme optimiste avec lequel les Arabes espèrent toujours qu'une année pluvieuse les dispensera de labourer pour plusieurs années.

^ On peut rapprocher des hautes plaines de Sélif les hautes plaines plus occidentales du Sersou, sur le revers Sud de l'Ouarscnis, et qui sont aussi cultivées en céréales.

' Les hauteurs voisines du littoral, même dans la province d'Oran, ont des sources assez abondantes et les cours d'eau suffisent pour l'irrigation des jardins généralement « resserrés dans le lit et sur les berges de la rivière ». Voir J, Canal,

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