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Fig. 50. — Emplacement des principaax barrages et réservoirs exécutés ou seulement projetés, dans la vallée du Nil en Egypte. 1:10 000 000.

* Voir notamment Rep. upon Ihc Adm. of ihe Pub. Wrok» Dep. for 1900. Cairo, 1901, p. 167-174» et aussi le report de Tannée précédente (for 1899), Cairo, 1900, p. 165-178.

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le rapide d'Assouan ; en un point où un banc de syénite formant plusieurs îlots divise le Nil en un triple chenal principal, il semble que les conditions puissent être favorables à rétablissement d'un barrage-réservoir; c'est du moins Tune des idées qu'avait émises un Français intelligent et très actif, M. de la Motte, Tauteur bien connu du projet suivant **

Projet du Gebel Silsileh. — Le Gebel Silsileh, situé à 60 kilomètres environ en aval d'Assouan, se présente comme une véritable barre de grès nubien perpendiculaire au Nil, et à travers laquelle le Nil a frayé son lit. Au moyen de barrages qui auraient rétabli en quelque sorte la continuité de cet obstacle, M. de la Motte avait proposé de créer en amont du (Jebel Silsileh, dans la plaine de Kom Ombos, un large réservoir naturel, et la Société d'Etudes du Nil, s'appuyant sur l'autorité de l'ingénieur, M. Jacquet, avait longtemps insisté pour la réalisation de ce projet ^.

^ De la Motte a été le vrai promoteur de l'idée des réservoirs : il est bon de le rappeler, surtout aujourd'hui. C'est lui qui, après i5 ans de voyages, d'ol>servations et do recherches dans la vallée du Mil, détermina en 1881 la formation de la Société d'Etudes du Nil, qui adopta les idées de de la Motte, les compléta et les précisa. Voir notamment Le Nil, Paris, au siège de la Société d'études du Nil, s. d., in-4» 2S p. et a planches; — Bassin du Nil, Soudan, Nubie, Egypte. Paris, Soc. d'études du Nil, i883, in 4, ^6 p. ; — Société d'études du Nil, note du Comité, rapport de M. l'ingénieur Cotard, lettre de M. Faroue, Paris, Soc. d'études du Nil, août 1893, in-4> a3 p. Cette Société avait mérité par son activité et sa connaissance des intérêts de l'Egypte que le gouvernement égyptien lui fit à diverses reprises la promesse de s'adresser & elle, au cas où la construction d'un réservoir serait décidée. Cette promesse, qui n'a pas été tenue, explique sans doute certaines particularités que nous signalerons plus loin dans l'histoire de l'élaboration et de l'exécution des projets actuels. Comme les pui)lications de la Société d'études du Nil sont assez difficiles à retrouver, nous renverrons pour le projet de Kalabcheh à quelques ouvrages plus généraux et où le lecteur trouvera des indications générales suffisantes (nous ferons de même pour les projets suivants). Pour Kalabcheh, voir Government of Egypt, Ministry of Public Works, Perennial Irrigation and Flood Protection for Ëgypt, Plans, Atlas, in-fol., 189^4. Plate n*' 11, Plan of the Kalabsha Gale of the Nile à I : 5oooo; et Plate n^ 13, Plan of the proposed Kalabsha Réservoir Dam, à I : a 000.

* Voir A. Chélu, Le Nil, le Soudan, J'Égypte, p. 448-454» avec une carte du projet & I : 5 000, planche n" 65, p. 449» et dans Gouvernement égyptien,

Projet du Ouadi-Rayan. — Un Américain, M. Gope Whitehouse, a fortement préconisé l'idée de profiter comme réservoir naturel du Ouadi-Rayan, grande dépression du désert libyque, analogue au Fayoum quoique beaucoup moins étendue, et toute proche du Fayoum vers le Sud.

Cette dépression de 670 kilomètres carrés devait être, dans les prévisions de Tauteur du projet, remplie au moment des hautes eaux, puis déchargée dans la vallée du Nil au moment des basses eaux et en proportion des besoins annuels de l'agriculture ^ .

Projets du Haut-NiL — Enfin un ingénieur français, qui a fait la plus grande partie de sa carrière en Egypte, M. Prompt, s'était préoccupé depuis longtemps de la manière dont on pourrait emmagasiner Teau du Haut-Nil en amont de la première cataracte, en amont même de la zone des cataractes, en particulier de la création possible d'un barrage à quelques kilomètres à l'aval du confluent du Nil et du Sobat ^

Ministère des Travaux Publics. Projet d'irrigation pérenne et de protection contre l'inondation en Egypte, par W. Willcqcks. Le Caire, imp. Nat., 1894» in-4 ^ i<> Note sur l'irrigation pérenne et la protection contre l'inondation en Egypte, par W.-E. Garstin, p. 3o-32; a° Rapport sur l'irrigation pérenne et la protection contre l'inondation en Egypte, par W. Willcocks, p. ao-a4- A ce volume est adjoint un Atlas grand in-fol. de Plans : voir Plate n° 2 (A). Plan of the Nile from Gebel Silsila lo Wadi Halfa, à i : 1 00 000: Plate n<> i (B). Longitudinal section of the Nile from Wadi Halfa to Gebel Silsila, longueurs à i : 5oo 000, hauteurs & i : i 000 ; et surtout Plate n° 6, Plan of the Silsila Gâte showing ancient course of the Nile, à I : 30 000 ; et Plate n° 7 (B), Plan of the proposed Gebel Silsila réservoir Dam, à I : a 000.

* Voir colonel Scott-Moncrikff, Note on the Wadi Raian Project, Gairo, Nat. Printing OIEce, 1889, in-8, 10 p. ; Gop£ Wuitehouse, How to save Egypt (^Fortnightly lieview, novembre 1898); W. Willcocks, Egyptian Irrigation, London, Spon, 1889, in-8, 867 p., p. 3o3-3a3, avec un Plan of proposed Wftdi Ryàn Réservoir à I : 5oo 000; — A. Chélu, ouv. cité, p. 454-459 (également avec un plan à I : 5ooooo); Major R.-H. Brown, The Fayûm and Lake Moeris. London, 189a, chapter v : The Fayûm in the Future, and possible Utilisation of the Wadi Raiàn, p. io5-iio; et dans Government Egyptian, etc. Ouv. cité: i» Note citée, par W^-E. Garstin, p. 33-44; a** rapport par M. W. Willcocks, p. 39-39; 3° appendice X (i5 p.) ; 4° appendice XI, question 6, Opinion sur le projet du Ouadi Rayan par le Major Brown, p. 19-31 ; et 5^ dans l'Atlas de plans annexé à cette publication (voir plus haut) : Plate n» i5, Wadi Rayan Réservoir gênerai Plan, à 1 : 100000.

' Prompt, La puissance de réservoir des cataractes du Nil, Communication faite

Brvnhes. 34

Ces projets de Prompt ont été longtemps regardés comme utopiques ; mais voilà que l'attention se porte de plus en plus vers le Haut-Nil, et qaeTon parle aujourd'hui d'établir de grands barrages à la sortie même des Grands Lacs. W. Willcocks propose de construire une digue immédiatement en aval du lac Victoria et une autre en aval du lac Albert \ Il énumère sept grands travaux à exécuter sur le Nil blanc, sur le Nil bleu ou sur TAtbara *. De son côté lord Cromer adopte comme siennes les conclusions d'un important rapport de sir William Garstin, consacré aux projets d'irrigation sur le Haut-Nil, et le fait publier in extenso dans un Livre bleu ^, Les uns comme les autres, non contents de s'occuper du Nil des Grands Lacs, s'occupent du Nil d'Abyssinie ; ils rêvent de fermer le lac ïsana par une digue énorme et d'en faire un grand réservoir, pourvoyeur d'eau pour toute l'Egypte ; et tandis que Willcocks avec sa franchise rude qui n'admet pas les arrière-pensées déclare que ce sont là (( rêves » et « projets fantastiques » *, tandis qu'il déclare même naïvement « il ne serait pas politique de faire dépendre un des grands travaux publics de l'Egypte du bon plaisir absolu de l'empereur abyssin » % — lord Cromer et sir William Garstin insistent au contraire sur les avantages et sur

à l'Institut Égyptien dans la séance du 7 mai 1897» Le Caire, 1897, in-8, a a p. Idem. Vallée du Nil. Réservoir dos Girafes. La crue du Nil Blanc en reserve. Communication faite à l'Institut Égyptien le 0 mai 1898. Le Caire, 1898, in-8, a5 p. : cette brochure contient beaucoup de renseignements intéressants et trois cartons : A. Courbe des débits du Nil Blanc au Sobat. B. Courbe des débits du Nil Blanc à Khartoum après la construction du barrage. C. Réservoir des Girafes. Coupe transversale à o™,oo5 par mètre.

' Tlie Nile Réservoir Dam at Assuàn and A.fter, London et New-York, 1901, voir Plate, n" 8.

2 Idem, p. 34.

•^ Egypt, no 3 (1901), Despatch from llis Majesty's Agent and C onsul- General at Cairo, inclosing a Report as to Irrigation Projects on the Upper Nile, etc. by sir William Garstin, with twelvc Maps, July 1901.

♦ W. Willcocks, The Nile Réservoir Dam, etc., p. a6.

^ Idem, id.^ p. 9.

TBAVAUX D'ÀBT EN VUE DE L'ItiBIGATION 371

Turgence d'un tel ouvrage pour indiquer combien il est impossible aux gouvernements de l'Egypte et du Soudan Egyptien de (( se désintéresser » de ^Abyssinie^

A cette série de projets passés ou actuels, plus ou moins et plus ou moins tôt réalisables, il importerait d'en ajouter quelques autres qui ne seront jamais repris : il s'agit des projets qui se rapprochaient du barrage-réservoir actuellement exécuté à Assouan : barrage en amont de Philé, divers barrages en aval, etc.

Grands travaux en cours d'exécution. — L'historique des projets actuellement en voie d'exécution est curieux, et mérite d'être brièvement reconstitué et rapporté. Ce fut W. Willcocks qui reçut le titre de Directeur général des réservoirs et qui lut chargé par le Ministère des Travaux Publics de faire une étude critique et comparative, très approfondie, de tous les travaux proposés ; Willcocks consacra quatre années à cet examen (de 1889 à fin 1898) ; il nous a laissé comme résultats et témoignages de ses observations et de ses recherches le Rapport sur l'irrigation pérenne et YAtlas (1894), auxquels nous venons de renvoyer à diverses reprises *. Il manifestait nettement ses préférences pour un grand barrage à la cataracte d' Assouan, en aval de l'Ile de Philé, laquelle devait être ainsi submergée. Le soussecrétaire d'Etat aux Travaux publics, sir Wilham Garstin, rédigea un rapport sur ce rapport (ce rapport précède le rapport Willcocks dans le volume ci-dessus indiqué). Il fut décidé qu'on nommerait et consulterait une Commission technique internationale pour reprendre tous les problèmes on discussion et pour chercher la meilleure solution ^ Les résultats de la con-

* Egypt, n» a (1901), Despatch, etc.. Julj igoi, p. 5.

* Le rapport a été orBciollemeni traduit et publié en français par F. Roux, Ingénieur des Réservoirs.

^ Cette commission fut composée d'un Anglais, sir Benjamin Baker, d'un Français, Aug. Boulé, et d'un Italien, Giacomo Torricelli.

sultation de la Commission furent consignés dans une série de rapports publiés aussi en 1894 et précédés d'une Note du soussecrétaire d'Etat \

Le sous-secrétaire d'Etat, sir William Garstin, concluait que la majorité de la Commission ^ ayant nettement indiqué le site d'Assouan comme le meilleur pour rétablissement d'un grand barrage et ayant considéré comme bon, en principe, le projet Willcocks, il ne s'agissait plus que d'étudier les moyens de préserver ou de sauver les merveilles archéologiques de ïïle de Philé. Les trois solutions proposées étaient les suivantes ; ou exhausser le niveau de Tile, ou transférer sur une île voisine les temples et les ruines, ou faire le sacrifice de l'ensemble en transportant dans un musée les parties les plus précieuses (p. xvi-xvii de la Noie),

Cette A^o/e de sir W.-E. Garstin est datée du 11 mai 1894. Depuis ce jour, l'histoire publique des projets de réservoirs et de barrage est pour ainsi dire interrompue, et nous entrons dans l'histoire privée. A ma connaissance, il n'y a pas eu, durant une période de quatre ans, un seul rapport officiel imprimé ; les documents indispensables pour les entrepreneurs ont été seulement autographiés ; les Rapports annuels du Service (le Virrigation sont restés muets sur cette question pourtant capitale jusqu'en 1898 ^ : les neuf planches qui constituaient les

* En français : Irrigalion pérenne et protection contre l'inondation en Egypte, Rapport de la Commission technique sur les Réservoirs et Note p. W. E. (iarstin. Le Caire, Imp. nat., 189/4, in-4f lxviii--|-G2 p. — et en anglais : Perennial Irrigation and Floorl protection for Egypt Report of the Technical Commission on Réservoirs, with a Note by W.-E. Gakstin, National printing Office, 189^, in-'i, xvi-|-58 p.

^ M. BouLK ne voulut pas admettre toutes les conclusions des deux autres commissaires.

*' Dans les Reports qui ont précédé Tannée 1896. alors que les projets qui devaient aboutir aux travaux actuels commençaient seulement à être étudiés, il était tou> jours fait une mention explicite et quelquefois assez longue de ces travaux futurs voir notamment Report, olc, for the year 1891, Cairo, 1892, p. i'|i-i43; Report, etc., for 1892, Cairo, 189.S, p. 3i ; Report, etc., for 1898, Cairo, 1894» p. 35-36 ; Report, etc., for iSy'i, (^airo, 1895, p. 27-28; à partir du Report, etc., for 1896.

plans du réservoir d'Assouan n'ont été qu'exceptionnellement communiquées et distribuées; bref les nouveaux travaux, qui intéressaient cependant au plus haut point toute l'Egypte, semblaient avoir été décidés et traités comme une affaire privée.

C'est aussi presque comme une affaire privée que la question se présenta et fut résolue au point de vue financier. Il n'y a pas eu de mise en adjudication publique. Un entrepreneur général, un « contractor » anglais, John Aird, s'est offert à exécuter les deux grands travaux dont nous allons parler ; les fonds lui ont été assurés et fournis par un groupe de banquiers de Londres * ; le capital engagé est de 2 millions de Livres (5o millions de francs). L'entrepreneur, John Aird, est payé au fur et à mesure par les banquiers sur la signature, sous le contrôle et par l'entremise de celui des ingénieurs du Service de l'irrigation qui a le titre et les fonctions de Directeur général des réservoirs *, mais sans que le gouvernement égyptien intervienne directement dans l'affaire. Le (îouvernement s'est uniquement engagé vis-à-vis des banquiers, et doit leur rembourser le capital sous la forme de 60 versements semestriels de 78 61 3 Livres à partir du i*"* juillet 1908 \

Ainsi le trait d'union essentiel entre le « contractor » exécuteur des travaux sur le Nil et le gouvernement de l'Egypte est à

Cairo, 1896 ; aucune Douvelle n'est plus donnée concernant les Nilo Réservoirs. En 1898 seulement, dans le Rapport officiel annuel de lord Gkomkb, Report by II. Maj. Agent and Consul -General on the Finances, Administ. and (Condition of Egypt and the Sudan in 1898, figure de nouveau une note brève de Sir W.-E. Gar8- TiM sur les travaux d'Assouan et d'Assiout.

* Cassel, Hirsch, Karl Meyer et Rothschild. C'est sir Ernest Cassel qui est venu en Egypte comme représentant et mandataire du groupe.

' Ce titre de Directeur général des réservoirs donné à VV. Willcocks durant la période des travaux préparatoires, a été successivement donné durant la période d'exécution à Wilson, mort en 1900, puis à A. Wkbb.

^ En faisant connaître ce curieux contrat dans les Annales de géographie du i5 mai 1899, j'avais parlé d'un remboursement du capital en dix annuités ; il ressort des faits aujourd'hui publiés que les conditions consenties par les capitalistes anglais étaient encore plus favorables au Trésor égyptien.

Londres. Cette entreprise, comme on le voit, mériterait encore d'être envisagée sous son aspect politique. Mais cela nous entraînerait trop loin, et ce n'est pas l'objet de ce livret Qu'il nous suflfise d'ajouter que les Anglais n'ont point cherché à dissimuler ce caractère complémentaire, témoin les manifestations et cérémonies qui ont accompagné la pose de la première pierre delà digue d'Assouan par le duc de Connaught ^

En quoi consistent ces projets actuels, barrage-réservoir d'Assouan et barrage d'Assiout? — Bien peu de personnes, même en Egypte, en étaient informées, lors de mon voyage de mission en 1899. Les uns croyaient que l'on exécutait le barrage proposé par Willcocks comme conclusion de son rapport de 1894. D'autres disaient au contraire que le projet Willcocks avait été complètement abandonné ; et comme Willcocks avait quitté peu de temps auparavant le Service de l'irrigation et l'Administration des Travaux publics, il semblait en effet que ce ne devait pas être de ses propres conceptions qu'il s'agissait alors, car pourquoi l'ancien directeur général des réservoirs en aurait-il laissé à d'autres l'exécution ' ? En somme, les idées les

' Nous avons indiqué en détail dans quelle large mesure l'afBuence des capitaux anglais a servi la pénétration anglaise en Egypte : voir Jean Bulnhks, De quelques formes spéciales de la pénétration anglaise en Egypte, Questions diplomatiques et coloniales, i5 avril 1901, III, Les Capitaux en Egypte, p. 46i-/|65.

^ Notons un fait particulier qui a une signification générale : Quinze jours apr^s avoir posé la première pierre du barrage, le duc de Connaught a profité de son voyage pour j30ser encore la première pierre d'une église ritualiste à Assouan (37 février 1899). Les Anglais savent toujours associer aux intérêts des affaires et au souci de la diffusion de la langue le zèle do la propagande religieuse. Certains Français, au contraire, en Algérie notamment, affectent d'une manière officielle de dédaigner les manifestations catholiques cl la religion catholique : c'est ainsi qu'au commencement de Tannée 1900, lors de l'inauguration k Biskra du monument du cardinal Lavigerie, le Secrétaire général du Gouvernement, représentant le Gouverneur général d'alors, et le Préfetde Conslantine s'abstinrent oslensiblement d'aller à l'office solennel célébré à Téglise, et qui était évidemment aux yeux de tous, musulmans et catholiques, une des parties essentielles du programme officiel des fêtes. Ajoutons que les représentants de la France en Egypte et dans le Levant ont toujours fait preuve d'une intelligence beaucoup plus avisée des intérêts français.

•^ Willcocks est maintenant à la tête d'une grande administration, analogue à l'Administration des Domaines do l'État : la Daïra Sanieh.

de la Krinclc dinuc du I

ta pfaoiogrAphji? ■ rU priii« hiil joun Aprïl Ifl poK officielle de l« preinicre pier

Fia. 58. - Premier. Inv.ui du

plus contradictoires et les plus vagues étaient quotidiennement énoncées.

Pourtant les travaux préparatoires avaient commencé dès le milieu de Tannée 1898, et les travaux proprement dits depuis plusieurs mois déjà ; c'était le la février 1899 que la première pierre du réservoir d'Assouan avait été posée (voir fig. 57) ; et le 19 février les huit pompes d'Assiout avaient commencé à vider la partie du cours du Nil, où devait s'élever l'écluse du barrage (voir fig. 58) ; c'est alors qu'au cours de mon voyage d'études dans la vallée du Nil, j'ai pu visiter Assouan et Assiout ; et à l'aide des renseignements que j'ai recueillis sur les chantiers mêmes, j'ai fait connaître dans un article des Annales de Géographie * les données d'ensemble de ces grandes entreprises, qui sont destinées à modifier dans une mesure si sensible les conditions économiques d'une partie notable de l'Egypte.

Réservoir d'Assouan. — Ce réservoir est établi à la première cataracte du Nil ; on profite du resserrement de la vallée et des obstacles naturels qui barrent le lit pour construire une grande digue et créer en amont un immense bassin. Le nom de réservoir de Chellâl indiquerait mieux que celui de réservoir d'Assouan la situation exacte de l'ouvrage, car ce n'est pas à l'aval de la cataracte que les travaux sont projetés et commencés, mais bien dans la partie d'amont, près de Chellâl, un peu au-dessous de l'île de Philé (Voir fig. 69 et 60) ^

^ Les grands travaux en cours d'exécution dans la vallée du Nil, réservoir d'Assouan et barrage d'Assiout, Annales de Géographie, i5 mai 1899, p. a^a-^Si, avec six reproductions de photographies.

' On trouve une carte de la première cataracte à i : 80000 dans A. Ghélu, Le Nil, le Soudan, l'Egypte (Paris, Chaix et Garnier, 1891), planche n° 3i, p. 66, et une autre à i : 100 000 dans le guide Baedfkkr (Egypte) (édit. française, 1898, p. 333). Mais elles ne sont point concordantes et j'ai relevé des erreurs sur l'une et sur l'autre. L'Atlas du Rapport de Willcocks (189 4) contient un plan de la partie méridionale de la cataracte à i : 10 000 (Plate n^ 8, Plan of tho Assuàn Cataract), et sur ce plan est tracé le projet Willcocks ; mais il n'avait pas été publié de levé rigoureusement exact de la cataracte jusqu'en 1900 : en 1900 le Public Works Mi-

Le projet qu'on exécute n'est pas le projet Willcocks proprement dit ; mais il serait pourtant injuste d'enlever à cet ingénieur le mérite de la conception et des études préalables du réservoir actuel. W. Willcocks en est indirectement Tauteur, mais sans avoir le bénéfice de la paternité officielle. On a gardé son projet en le transformant légèrement et, surtout, en le réduisant. Au cours de ce bref exposé, nous indiquerons les principales différences entre le projet Willcocks du rapport de 1894 et le barrage-réservoir en construction.

Le projet de Willcocks prévoyait une retenue d'eau d' environ 3 milliards et demi de mètres cubes; mais il avait provoqué les protestations de tous les archéologues, car avec un pareil barrage la délicieuse île de Philé devait être submergée durant cinq mois tous les ans ; il est vrai que Willcocks proposait d'en transporter tous les monuments et toutes les ruines sur l'Ile voisine de Bigeh, morceau par morceau et pierre par pierre; à voir ainsi démolir et rebâtir l'incomparable kiosque et le Temple d'Isis, les archéologues ne pouvaient consentir *. Le réservoir actuellement en construction refoulera les eaux beaucoup moins haut et retiendra seulement i milliard de mètres cubes.

La digue en maçonnerie s'élèvera jusqu'à la cote 109 mètres. Tandis que les basses eaux sont en général à Chellâl à 86 mètres et les hautes eaux à 98 mètres, on a calculé que la digue permettrait d'élever le plan d'eau jusqu'à 106 mètres. La digue,

nislFj a publié une carie remarquable à i : lo ooo en 7 feuilles, First or Assuan Cataract, sheet A -F ; c'est d'après cette carte que nous avons dressé le carton de la fig. 60.

^ W. Willcocks avait même primitivement proposé une autre solution pour « éviter » la disparition complote des ruines de Philé : « L'aspect général du temple est pauvre, bien que les détails en soient magnifiques. On peut tirer profit de pe fait en tournant la perte de l'Egypte en gain et en vendant le teiople de Philoc en détail aux musées européens et en obtenant ainsi une somme de L. E. 100 000 qui rembourserait l'indemnité d'expropriation des terrains à prendre dans la vallée du Nil et réduirait d'autant le coût du travail. » Rapport W. Willcocks, Réservoirs en Egypte dans Min. des ïrav. publics. Rapports sur les Réservoirs du Nil (Le Caire, Impr. Nationale, 1891, in-8, 83 p.), ^. l\i.

^ml^re caUracle. aporfue de l'ilo de Philû.

TBAVAUX D'ART EN VUE DE L'IRRIGATION 38i

à sa partie supérieure, aura 7 mètres de largeur (dont i mètre pour chacun des parapets *, i mètre pour les appareils destinés au fonctionnement des vannes mobiles, et ^ mètres pour une voie de circulation).

La digue qui s'appuiera à la rive droite n'atteindra pas directement la rive gauche du rapide. C'est entre la rive gauche et la digue qu'on doit ménager un canal pourvu de quatre écluses et qui permettra la circulation d'aval en amont aussi bien que d'amont en aval (Voir le canal de navigation CD sur la fig, 60).

Les travaux ont commencé sur la rive droite, complètement émergée aux basses eaux ; on a ensuite détourné le Nil successivement et toujours aux basses eaux de chacun des quatre chenaux principaux qui séparent les rives et les îlots granitiques ; on a eu l'avantage capital de pouvoir presque partout travailler à sec.

Le projet de W. Willcocks prévoyait une digue composée de divers tronçons curviHgnes qui se rejoignaient aux points où Ton était sûr de trouver la roche dure. Le nouveau projet comporte une digue rectilîgne de a 000 mètres ; il semble se présenter avec plus de simplicité et d'élégance, mais à l'exécuter, on a éprouvé quelque surprise. On espérait, par exemple, trouver en profondeur le beau granité rouge d'Assouan en masse compacte et homogène ; on l'a bien trouvé à l'extrémité Est, là où l'on avait posé la première pierre, mais en beaucoup d'autres points, on a trouvé au-dessous du granité, d'abord une roche beaucoup plus dure et plus sombre, qui a retardé le travail de creusement, puis des couches de schistes altérés, friables, et très huraifères^ Bref, on a été contraint d'approfondir,

^ Volontairement nous négligeons ici la largeur des corniches extérieures des deux parapets.

^ J'avais noté ces observations dans mon article déjà cité des Annales de Géographie^ dès le mois de mai 1899 ; le fait avait été alors contesté. Aujourd'hui il est confirmé parles rapports officiels, voir notamment le Rapport de sir W. £. Garstin, dans Report upon the Adm. of the Pub. Works Dep. for 1900, p. 38.

38a EGYPTE

plus qu'on n'avait supposé, la tranchée destinée à l'établissement de la maçonnerie ; et, l'approfondissant, on a dû naturellement en élargir l'ouverture, double travail supplémentaire qui s'est poursuivi jusqu'à ce qu'on atteignit une assise étanche et solide.

Le barrage est insubmersible et mobile : la digue (voir fig. 6i) comprend i8o arches, toutes munies de portes en fer : ces vannes mobiles resteront levées durant toute la crue du Nil ; tant que sécouleront les eaux chargées de limon, appelées (( l'eau rouge », les vannes ne fonctionneront pas; on n'abaissera les portes que progressivement à partir du commencement de décembre. Et l'on attendra le moment où les eaux deviennent insuffisantes, la fin de février ou de mars, pour distribuer avec une sage économie l'eau emmagasinée en amont de la digue.

Tel est le projet colossal qui s'achève en ce moment même, en cette année même, 1902. — A l'époque où j'ai visité les chantiers (février 1899) 6 000 ouvriers environ y travaillaient (5oo ouvriers italiens et 5 5oo indigènes). Depuis lors, les travaux ont été poursuivis encore plus rapidement qu'on ne l'espérait, à cause des deux très faibles crues successives du Nil, en 1900 et en i90i\

Barrage d'Assiout. — C'est un projet modeste à côté du précédent ; mais ce barrage a encore C5o mètres de longueur; en outre, du côté de la rive gauche, il se termine par une écluse de 1 6 mètres de largeur. C'est par la construction de l'écluse que l'on a commencé les travaux. A Assiout, on n'a pas eu l'avantage de pouvoir travailler à sec comme à Assouan

^ Au mois de juin 1900, par exemple, 9808 ouvriers travaillaient sur les chantiers d' Assouan ; voir Rep. upon thc Adm. of Ihe Public Works Dep. for 1900, p. 39. — Le Report, etc., for 1899, contient aussi de nombreux renseignements et de belles planches concernant les travaux d 'Assouan, Report on the Nile Réservoir Works 1899 by W. J. Wilson, p. ai3 et suiv.

et, par un système de batardeaux^'On a dû créer des bassins artificiels ; c'est dans un bassin établi sur le côté gauche du fleuve, et épuisé par un jeu de huit pompes, que Ton a commencé par jeter les fondements de la maçonnerie de l'écluse \ Les fondations du reste du barrage ont été faites au moyen de pieux jointifs sur lesquels on a posé 2 mètres de béton et ciment ; et le radier en briques de i mètre d'épaisseur atteind la cote

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FiG. 63. — Barrage d'Atsiout : aspect schématique du barrage achevé.

43^,30, alors que les plus hautes eaux atteignent 53"™, 3o. Audessus du radier, s'élève une maçonnerie à arches, chaque arche ayant 5 mètres d ouverture, et chaque pile 2 mètres d'épaisseur (voir le schéma, fig. 62).

Comme on le voit, le barrage d'Assiout produira un simple refoulement des eaux ; mais ce refoulement est d'une importance considérable, car c'est entre la ville d'Assiout et le barrage que se détache du Nil, sur la gauche, le grand canal Ibrahi-

* Le calcaire de la falaise du plateau de Libye est assez éloigné des chantiers d'Assiout; sur place on ne trouvait que l'argile du Nil ; aussi a-t-on cherché à utiliser cette terre limoneuse autant qu'il était possible ; c'est au moyen de sacs remplis de terre, par exemple, qu'on a construit les batardeaux (voir plus haut, fig. 58). On a fabriqué aussi, sur les lieux mêmes, un nombre très considérable de briques, soit chaque jour 20000 fc la machine et 3oooo à la main; un grand four était insUllé sous la direction de M. Grech, d'où l'on relirait toutes les vingt-quatre heures 3o 000 briques cuites; aoooo autres étaient cuites à l'extérieur selon les procédés anciens utilisés dans toute l'Egypte,

Brunubs. «25

38n EGYPTE

mieh, cet émissaire, ce bras du Nil, qui prend plus loin le nom de BahrYousef, et qui, après avoir donné de l'eau à une longue bande de terre de la Haute-Egypte, pénètre dans le Fayouni par les régulateurs d'El Lahoun, et apporte à cette oasis voisine de la vallée du Nil toute Teau dont elle bénéficie.

Au reste le barrage d'Assiout comporte comme œuvre annexe et complémentaire un régulateur et une écluse à la tête du canal Ibrahimieh, travaux qui sont aussi très avancés.

Les travaux d'Assiout vont être également achevés au milieu de cette année, 1903 \

Telles sont les grandes lignes de ces œuvres, dont la première surtout a une importance exceptionnelle. Le réservoir d'Assouan constitue Touvrage le plus considérable en ce genre qui ait été jamais construit. Et ce sera une entreprise colossale que de régler avec sagesse la distribution d'un milliard de mètres cubes d'eau sur une contrée qui s'étend en aval jusqu'à plus de 1000 kilomètres du barrage! '- — Dans l'intéressante et brève monographie de W. Willcocks : The Nile Réservoir Dam at Assuân and Afler^, c'est à juste titre que l'auteur s'exprime

^ Les Anglais ont, en outre, entrepris et exécuté, dans la Haute et dans la Basse- Egypte, un nombre considérable de travaux de second ordre, tel que par exemple ce Régulateur de Nazlet £1 Abid (province de Minia) qui vient d*èlre construit en 1899 et 1900. La simple énumération de ces travaux serait beaucoup trop longue, et ce n'est pas ici le lieu dé les mentionner : nous renvoyons à la collection des Rapports sur Tirrigalion ; on y trouvera de précieuses monographies techniques. On nous permettra du moins de signaler parmi les ouvrages exécutés un des plus importants, le barrage de décharge de Kochechah, c'est-à-dire le grand travail en maçonnerie pour réchappement des eaux du bassin de Kochechah (entre Beni-Souef et Ouasta, Moycnne-Égyptc). Voir Major R. H. Brown, Kosheshah Basin Escape, Middle Egypt, and the Basins between Assiout and Kosheshah which discharge their contents through it, (Professional Papers of Ihe Corps of Royal Engineers, Occasional Paper Séries, 189a, vol. XVIII, paper II, in-8, aa p. et planches I-X). Voir aussi Gouvernement égyptien, Ministère des travaux publics. Projet d'irrigation pérenne et de protection contre l'inondation en Egypte. Le Caire, Impr. nat., 1894, in-4. Appendice II, p. 19-30.

^ London, Spon, 1901, avec i3 planches hors texte, dont plusieurs figuraient déjà d'ailleurs dans la a® édition de l'Egyptian Irrigation. Pour tous les détails techniques, nous renvoyons bien entendu à cet ouvrage, écrit par un homme si compétent.

TnAVAUX D'ART EN VUE DE L'ÏRBIGATJON 887

ainsi : « La digue d'Assouan est un travail d'un type qui est sans précédent sur notre terre. Si ce travail réussit, il marquera une date dans la construction des digues. Il doit y avoir des sites sur les rivières torrentielles des régions arides ou semi-arides de l'Afrique du Sud, de l'Australie et de l'Amérique du Nord où des digues de ce type, dont Assouan offre le spécimen unique, répondraient à des besoins depuis longtemps reconnus » * .

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