CHAPITRE III
l'organisation du service de l'irrigation en Egypte, décrets, LOIS et règlements concernant les irrigations
Aspect général et intérêt de la question. — Les Français d'Egypte se sont peut-être trop exclusivement figuré que le problème de l'irrigation était uniquement un problème technique ; exécuter les grands travaux nécessaires, c'est une partie de la tâche, mais ce n'en est qu'une partie. Le problème de l'irrigation, on l'a bien vu, exige non seulement des canaux, des barrages, des digues, etc», mais aussi des règlements, une organisation d'ensemble : problème économique et législatif qui a une importance égale au premier, et auquel nos ingénieurs ont été souvent moins attentifs *.
Les ingénieurs anglais, qui depuis bientôt 20 ans font prévaloir en Egypte leur influence et leurs idées en matière d'irrigation, sont loin d'être restés inattentifs à cet ordre de nécessités. Et c'est une des raisons de l'autorité qu'ils ont conquise.
' 11 faut aussi dire et répéter qu*avec notre défiance de toute complication, de toute affaire, nous décourageons les meilleures initiatives des Français à l'étranger. Voici le jugement d'un homme qui ne peut pas être suspect de partialité à l'endroit des ingénieurs français : « Si on avait laissé les coudées franches aux ingénieurs français, leurs efforts auraient été sans doute couronnés par le même succès qui a couronné les efforts de leurs successeurs anglais ; mais leurs avis et leur action n'étaient pas soutenus par une autorité suffisante. » Arthur Silva Whitb, The Expansion of Egypt» p. 16.
n est vrai que les représentants de l'Angleterre en Egypte ont eu rintelligence de faire appeler sur la terre du Nil des ingénieurs de rinde * ; les MoncriefiF, les Brown , les Wilson venaient tous de rinde anglaise ; Willcocks, le plus énergique artisan de l'œuvre des irrigations égyptiennes, avait fait toute sa carrière dans le Service indien des irrigations ; il était même né dans l'Inde, sur un des canaux du vaste réseau d'irrigation de la vallée du Gange. Tous étaient ainsi préparés et prédisposés à comprendre tous les aspects de l'entreprise à exécuter; ils étaient habitués à savoir ce qu'est l'eau dans les pays oii l'eau est tout ; ils ne se sont pas contentés de faire terminer ou commencer les travaux dont nous venons de parler ; ils ont progressivement travaillé, selon un plan bien déterminé et avec une persévérance infatigable, à assurer, puis développer, puis préciser une organisation des irrigations autonome et, en vérité,
souveraine *.
* Eugène Aubin a bien caractérisé les ressemblances entre Flnde et l'Egypte : Les Anglais aux Indes et en Egypte, Paris, 2^ édit., 1900, p. 137. Dans: Public Works Ministry, Irrigation Branch, Report for r884» qui est en vérité le premier Rapport du Service anglais de l'irrigation, nous lisons ces lignes caractéristiques : « Notre éducation indienne nous a aidés à reconnaître la très grande similitude de certaines conditions naturelles entre l'Egypte et l'Inde septentrionale. Aussi n'y eutil^pas pour nous de difficultés à reconnaître les défauts de l'irrigation en Egypte ni à indiquer I03 grandes lignes des réformes à accomplir. Mais à un autre point de vue les difficultés étaient fort grandes. L'Egypte n'était pas une « table rase » sur laquelle on pouvait établir le système de canaux le plus parfait, mais un pays où toute vie dépendait d'un système complètement développé et très mauvais » (p. 4)- — C'est en mai i883 que Scott-Moncrieff fut nommé Inspecteur général de l'irrigation, et c'est lui qui demanda et obtint, grâce à l'appui de lord Dufferin, qu'on fit venir de l'Inde quatre ingénieurs comme inspecteurs auxiliaires ; les quatre premiers inspecteurs furent le major J.-G. Ross et W. Willcocks, qui arrivèrent en Egypte dès le mois de décembre i883, et le capitaine R.-H. Brown et E.-W.-P. Fostkr, qui arrivèrent en avril i884. — Et cette tradition est encore maintenant suivie ; la mort de Wilson ayant déterminé une vacance en 1900, on a fait venir de l'Inde un jeune ingénieur des irrigations, Williams.
' On pourrait ajouter que lord Gro.her (sir Evelyn Baring), qui a été toujours le si puissant et si intelligent protecteur du Service de l'irrigation, est lui aussi passé par l'épreuve préliminaire de l'Inde ; il y a séjourné en qualité de Ministre des finances avant d'être appelé à représenter au Caire les intérêts de Sa Majesté Britannique.
Avant la mainmise des Anglais sur les irrigations en Egypte: débuts de la législation des eaux. — Il est juste de reconnaître que, même avant les événements politiques de 1882 qui devaient introduire en Egypte la domination de l'Angleterre, le besoin d'une législation spéciale concernant les eaux s'était fait confusément sentir ; et des mesures diverses avaient été prises et avaient déjà une orientation et un caractère très significatifs. Nous résumerons brièvement tout ce qu'il est nécessaire de rappeler pour que la situation actuelle soit bien comprise.
Mehemet-Ali, en 1808, avait aboli, par un acte d'arbitraire souveraineté, tous les titres privés de propriété, aussi bien dans les territoires tributaires dits kharadjieh que dans les territoires oushurieh ; il avait déclaré le Gouvernement propriétaire non seulement de tous les fonds, mais même de l'usufruit ; presque tout le territoire cultivé et habité de l'Egypte était ainsi mis dans la main d'un seul propriétaire et maître, qui s'engageait seulement à servir une simple pension viagère aux propriétaires dépossédés \ .
C'est grâce à ce dominium effectif que Mehemet-Ali put concevoir et réaliser son grand dessein de substituer l'irrigation à l'ancienne submersion, et qu'il put introduire les cultures nouvelles, canne à sucre et coton.
Tant que dura la domination de Mehemet-Ah, c'est-à-dire pendant près d'un demi-siècle*, toute l'œuvre complexe des
* Voir J.-G. Me. GoAN, Egypt as it is. London, Paris et New- York, Cassell Peler el Galpin, S. D. (probablement 1877). Ghap. ix. Agriculture, p. 176-184. Voir au sujet de l'histoire et des vicissitudes de la propriété foncière en Egypte : Yacoub Aktin-Bey (aujourd'hui Pacha), La propriété foncière en Egypte, LeGaire, imp. Nat., i883, in-8, 348 p. ; et une note de Kamel Gali, Essai sur l'agriculture de l'Egypte, p. 129. — Dans les Godes des Tribunaux mixtes d'Egypte précédés du règlement d'organisation judiciaire, Alexandrie, Garrière, 1896; petit in-8, C77 p., voir Gode civil au chap. iv, Des servitudes, art. 5a, 53 et 54, les 3 articles essentiels concernant les eaux, au point de vue de l'irrigation, p. 36.
^ Mehemet-Ali mourut le 2 août 1849.
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irrigations et des cultures put être poursuivie sans interruption. Mehemet-Ali s'était assuré le concours d'ingénieurs frahçais d'un très haut mérite, tel que Linant de Bellefonds et Mougel. Ceux-ci étaient chargés des ouvrages techniques. Quant aureste, exécution et surveillance des digues et des canaux, distribution des eaux, etc., le pouvoir le plus arbitraire et le mieux obéi y pourvoyait ; et la corvée mettait à la disposition de ce pouvoir tous les bras nécessaires. A quoi bon dès lors une législation spéciale concernant les eaux ? L'usage que chacun pouvait faire de Teau du Nil dépendait, comme tout en Egypte, de la volonté du souverain.
Mais les successeurs de Mehemet-Ali héritèrent de son pouvoir sans hériter de son autorité. De plus, les Européens, en s*immisçant de plus en plus dans les affaires politiques, financières et économiques de l'Egypte, rendaient de moins en moins forte l'influence effective du pouvoir central.
Et tandis que cette autorité centrale diminue, on sent de plus en plus, d'une manière au moins inconsciente, qu'elleestindispensable pour le développement et la marche normale du système des irrigations. Il faut substituer à l'intervention toute-puissante, arbitraire et capricieuse, du gouvernement khédivial, un organisme central qui assure un fonctionnement sage et régulier de toutes les activités qui coopèrent à l'utilisation des eaux du Nil.
Cette œuvre commencée il y a trente ans s'est peu à peu précisée; elle n'est pas encore achevée.
On crée, en Egypte, dès 1871, des Conseils d'agriculture et des Conseils d'étude ; mais comme la distribution des eaux n'est encore réglée que dans les canaux principaux et non point dans les innombrables artères secondaires, les conflits surgissent de toutes parts : la nécessité d'une centralisation plus effective se fait sentir ; on crée un Ministère des Travaux Publics qui comprend spécialement pour l'irrigation un Service d'inspection. Quant à la réglementation proprement dite, elle ne date que de 1881, mais elle va tous les jours se précisant. Le décret du 25
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janvier 1881 définit le rôle de l'Etat en ce qui concerne les travaux à exécuter sur le Nil et sur ses dérivations*.
Les créations faites et les mesures prises sous Vinduence des Anglais* — Le bombardement d'Alexandrie date de juillet 1882, et, dès i883, le Service de Virrigation, V Irrigation Department, est créé au Ministère des Travaux publics ; en réalité, c'est une sorte de nouveau Ministère qui est constitué ; dès 1884, est publié le premier rapport annuel du Service de l'Irrigation * ; et les dimensions croissantes de ce Rapport annuel indiquent la prépondérance croissante du Service'. La création
* On trouvera le texte intégral 'de ce décret aux Notes et pièces Justiû- CativeSy L. — A. Chélu, Le Nil, le Soudan, l'Egypte, fournit d'abondants renseignements sur les faits que nous venons de résumer.
^. De 1880 à 1883, il n'y avait môme pas eu de compte rendu publié du Ministère des Travaux Publics, ainsi qu'en fait foi le compte rendu publié à la fin de i88a. Compte-rendu des exercices i88i-i88!i, p. a. Comme nous l'avons dit plus haut, le Service de l'irrigation fut réorganisé par C.-C. Scott-Moncrieff, nommé Inspecteur général de l'irrigation en mai i883. Le premier rapport auquel nous faisons allusion est signé de M oncrieff et porte comme titre Public Works M inislry. Irrigation Branch, Report for i884- Il est naturellement en anglais, ce qui est important, si l'on songe à la date à laquelle il a été publié. Il ne faut pas s'étonner de l'expression Irrigation Branch. En réalité, on disait au début The Irrigation Officers (Public Works Ministry, Irrigation Report for i885, p. 3) ; et non pas The Irrigation Department : cette expression officielle ne s'est pour ainsi dire constituée que peu à peu. En 1888 le rapport annuel porte encore pour titre extérieur Public Works Ministry, Irrigation Report for the Year 1888, mais en haut de la page 3 nous lisons Report of the Administration of the Department of Irrigation for the Year 1888. C'est l'année suivante que pour la première fois le titre extérieur est le suivant: Report of the Administration of the Department of Irrigation for the Year 1889. Le même titre est adopte en 1891 et en 1892. Enfin, en 1893 on lit Report of tlie Administration of the Irrigation Department for 1893. Ce ne sont pas là des détails oiseux ou insignifiants ; cette marche progressive n'est pas le fait du hasard ; les mots servent d'étiquettes exactes à la réalité.
3 Voici le titre du dernier rapport annuel de l'Irrigation Department : Public Works Ministry, Report on the Administration of the Irrigation Department for 1897, Cairo, 1898, in-8, a48 p., a caries. A partir de Tannée 1898, le rapport du Service de l'irrigation se trouve englobé dans un Report plus général, et dont il constitue d'ailleurs la partie essentielle et la plus considérable : Ministry of Public Works, Report upon the Administration of the Public Works Department for 1898, by sir W.-E. Gar>tin, etc. Cairo, 1899, in-8, 243 p., pi. et cartes, etc., etc.
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de \ Irrigation Department a été, il faut le reconnaître, une très utile mesure : Teau est bien plus importante en Egypte que l'instruction publique : elle mériterait même, à elle seule, tout un Ministère. En réalité, si le Service de l'irrigation ne porte pas le nom de Ministère, il faut constater que le nom seul lui manque. A partir de i883, l'histoire de ce Service et l'histoire même des irrigations se confondent.
En 1888, la crue du Nil fut insuffisante, et les cruels inconvénients de la situation apparurent avec plus de netteté. Sous l'influence de ce fait géographique, l'œuvre fut hâtée. Le 13 avril 1890 fut pubhé un décret qui détermina définitivement les droits de propriété et organisa véritablement l'usage et la distribution des eaux en Egypte. L'article i" du décret déclare que tous les canaux font partie du Domaine public, et seront entretenus aux frais de l'Etat. Deux articles importants (art, 1 1 et art. 1 4) se résument en un principe qui peut être ainsi conçu : Lorsqu'une rigole n'est pas assez large pour alimenter la terre d'un des fellahs, le pouvoir central a le droit de faire élargir la rigole et par conséquent de diminuer la terre d'un autre propriétaire ; inversement, lorsqu'une rigole est regardée comme nuisible, le pouvoir central a le droit d'en décider la suppression ^ .
^ Voir le texte des articles ici visés et de tout le décret du la avril 1890 aux Notes et pièces JustiûC&tives, M, — Notons en outre le texte des articles de deux lois françaises non abrogées et qui permettront de faire la comparaison avec les prescriptions des décrets égyptiens: Loi du ag avril i845 : « Article pkemier. — Tout propriétaire qui voudra se servir pour l'irrigation de ses propriétés des eaux naturelles ou artificielles dont il a le droit de disposer, pourra obtenir le passage de ces eaux sur les fonds intermédiaires & la charge d'une juste et préalable, indemnité. Sont exceptés de cette servitude les maisons, cours, jardins, parcs et enclos attenant aux habitalions ». — Loi du II juillet 18^7 : « Article premier. — Tout propriétaire qui voudra se servir pour l'irrigation de ses propriétés des eaux naturelles ou artificielles dont il a le droit de disposer pourra obtenir la faculté d'appuyer sur la propriété du riverain opposé les ouvrages d'art nécessaires à sa prise d'eau, à la charge d'une juste et préalable indemnité. — Sont exceptés de cette servitude les bâtiments, cours et jardins attenant aux habitations » II. de Lalande, Législation annotée du régima dos eaux, Paris, Rousseau, 1896, p. 107-108.
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En résumé, TEtat, représentant la collectivité, est propriétaire des eaux et de tous les travaux d art exécutés ; il est responsable de leur exécution. Il se charge de la répartition équitable de l'eau entre tous et surveille continuellement l'emploi que chacun en fait. Les délégués du pouvoir central, c'est-à-dire les inspecteurs d'irrigation, ont non seulement un pouvoir illimité de surveillance, mais un pouvoir d'intervention et parfois d'intervention sans appel. Il convient de lire le texte entier du décret pour se rendre compte du rôle qui est attribué aux inspecteurs d'irrigation : c'est pour eux une véritable charte d'investiture.
Tels étaient les principes posés. Il s'agit de savoir si les faits se sont bien accordés et s'accordent bien avec les principes alors édictés.
Nous avons deux moyens d'observer cette concordance, et deux ordres de documents à consulter ou de renseignements à recueillir : nous pouvons d'une part reconnaître les progrès de cette doctrine économique étatiste en matière de propriété de l'eau, en notant les décisions et les jugements des divers tribunaux ; nous devons, d'autre part, rechercher si les pratiques du Service de l'irrigation, les règlements qu'il impose, les idées dont il s'inspire, et le rôle que jouent les ingénieurs de ce Service deviennent de plus en plus des manifestations de cette tendance à l'organisation centralisée et pour ainsi dire despotique de l'eau.
Outre les faits que nous avons constatés nous-mêmes et les conversations et propos qui nous ont éclairé, deux recueils nous ont permis d'appuyer notre jugement définitif sur des documents nombreux et indiscutables : i'* en ce qui concerne la jurisprudence, rexcellent et récent répertoire de M. Milt. Lanlz' ; 2° en
^ Lantz (Milt.), Rt'pertoire général de la jurisprudence égyptienne mixte et indigène. Première partie : Jurisprudence de la Cour d'Appel mixte d* Alexandrie contenant par extraits, tous les arrêts rendus pendant les vingt premières années, 1875- 1895, et publiés dans le Recueil officiel de la Cour, Bulletin de législation et juris-
ORGAMSATIOy DU SERVICE DE L'IRRIGATION SgS
ce qui concerne les pratiques administratives du Service de Tirrigation, la collection des Reports annuels de ce Service*.
Les déclarations et indications de la Jurisprudence. •«-
Le second décret par nous cité est de 1890. C'est à partir de l'année 1892 que nous trouvons formulé, comme une vérité fondamentale, ce principe que « dans une matière qui, comme celle des irrigations, relève exclusivement de l'État, les déclarations faites par lui, sur la base de constatations opérées et d'avis émis par les pouvoirs compétents, ont incontestablement l'autorité d'une décision administrative que les tribunaux mixtes ne sauraient interpréter ou arrêter, alors surtout qu'il s*agirait de statuer sur la propriété du domaine public » '. On trouve une déclaration tout à fait équivalente dans un Arrêt de la même Cour d'Appel mixte d'Alexandrie du 11 février 1892 ; il y est dit encore : « dans une matière, qui, comme le service des irrigations, relève exclusivement du Gouvernement^. »
Nous ne pouvons ici qu'indiquer brièvement l'évolution visible de la jurisprudence. Nous nous contenterons de mettre en parallèle un Arrêt de la Cour d'Appel mixte de 1886 et de deux Arrêts de la même Cour de 1894 : s'il n'y a pas contradiction proprement dite entre les textes (et nous n'avons trouvéaucune contradiction de cet ordre), on conviendra facilement que l'esprit, et, si l'on peut dire, le ton des Arrêts, est sensiblement
prudence égyptiennes et codes annotés de M*> Borelli-Bky. Seconde partie : Jurisprudence des tribunaux indigènes et de la Cour de Cassation publiée dans le Recueil périodique : « Al-Kada» de M* Schiarabati, avocat au Contentieux de TÉlat, 1 894-1896. Bruxelles, Wcissenbruch, Paris, Marchai et Billard, Le Caire, iypolithographie Cadcménos et Dessyllas, 1897, in-4f ix -+- 806 p., 26 fr.
' Nous pourrions ajouter, comme sources d'information fort précieuses, le chapitre XIII de la Second édition do Willcocks, Administrative and Logal (p. fioo- 42a); et le chapitre xii, Duty of Water and Agricultural (p. 305-399).
^ Arrêt de la Cour d'Appel mixte d'Alexandrie du 21 décembre 1892, Recueil officiel des arrêts de la Cour d'Alexandrie, XVlil, p. 76. Voir Lantz, Répert., etc., n» 1619, P- '^^- ^'^^^ nous qui avons souligné les premiers mots cités. ■ ^ Arrêt du 11 février 1892 (Jiulletin de léfjislation et de jurisprudence égyptienne, IV. p. 118). Voir La:«T2, Report., etc, n^ 1^78, p. 168.
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différent ; on y parle tout autrement en 1886 et en 1894, du Service de l'irrigation, et l'on sent dans le texte de 1894 une conception beaucoup plus forte des servitudes qu'imposent les nécessités générales de l'irrigation.
Arrêt de la Cour d'Appel mixte d'Alexandrie du 16 décembre 1886: « S'il est vrai qu'aux termes de l'article II du règlement d'organisation judiciaire, les tribunaux de la réforme ne peuvent ni interpréter, ni arrêter l'exécution d'une mesure administrative, c'est à la condition que cette mesure a été prise dans un but d'utilité publique, dans l'intérêt général, conformément aux lois et décrets en vigueur et dans le cercle des attributions de l'agent qui Ta ordonnée.
«En conséquence, Tacte par lequel un ingénieur, chargé de procéder au règlement des eaux entre propriétaires voisins, ordonne la fermeture ou l'ouverture de certaines rigoles, peut ordonner ouverture à une demande en complainte de la part du propriétaire lésé » \
Deuxième et troisième paragraphes de l* Arrêt de la même Cour du 15 février 189^4 : « IL — L'article 54 du Code civil réglant la servitude de passage d'eau doit être interprété d'une façon large et favorable aux intérêts de l'agriculture. Le passage au profit du fonds le plus éloigné de la prise d'eau est dû, si ce fonds manque d'eau et ne peut la recevoir d'une façon rationnelle et pratique qu'au moyen de ce passage ; il n'est pas indispensable qu'il soit d'une façon absolue impossible de faire venir l'eau d'un autre côté ; il suffit que le passage demandé soit le seul moyen certain et pratique d'arroser les terres.
« III. — En présence d'une demande de passage d'eau, le propriétaire du fonds suivant ne saurait refuser le passage sous prétexte que la prise d'eau projetée serait amorcée sur un canal privé du moment qu'il ne s'en attribue pas la propriété » '.
* Recueil officiel des arrêts de la Cour d'Alexandrie, XII, p. 54. Voir Lartz, Répert., n» 2998, p. 39.
^ Bulletin de législation et jurisprudence égyptiennes, VI, p. i53. Voie Lantz, Réperl., n« 35 1, 45-46-
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Auire Arrêt de la même Cour du même jour, 45 février 189^: «Le caractère public d'un canal ne se prouve pas par des témoignages mais par les soins du gouvernement et du Service de Tirrigalion » ^
Nous avons montré, en d'autres études sur Torganisatiori des irrigations notamment des irrigations dans le Far-West Américain, qu'une des idées qui se retrouvent le plus généralement dans les lois et règlements concernant l'usage et la propriété de l'eau était celle-ci : C'est l'usage de l'eau, c'est-à-dire le travail effectif qui crée et qui maintient le droit de propriété ; — avec ce principe complémentaire plus ou moins explicitement exprimé : il n'y a pas de propriété sans travail utile *. — Ces idées apparaissent aussi de plus en plus dans la jurisprudence égyptienne.
Les décisions et les pratiques du Service de Virrigation. — Rien ne saurait mieux montrer quelle attitude nouvelle a été adoptée et quelles initiatives ont été prises par les ingénieurs anglais du Service de l'irrigation que ce récit tiré du livre très célèbre de sir Alfred Milner, England in Egypl. C'est avec un orgueil visible et non déguisé que Milner raconte le fait suivant:
« Dans l'année mauvaise de 1888, quand la crue du Nil fut exceptionnellement pauvre, il y eut un vaste territoire dans la province de Girga qui fut. menacé, comme bien d'autres dans la Haute-Egypte, d'une privation totale de l'eau d'inondation. Le flotdu canal qui arrosait ordinairement ce district spécial était à un niveau tel que l'eau ne pouvait arriver jusqu'à la surface des champs, et que plusieurs milliers d'acres semblaient condamnés à une stérilité absolue. Un cri de désespoir s'éleva dans toute la contrée. Qu'y avait-il à faire? L'un des inspecteurs anglais des irrigations qui se trouvait par hasard sur
* Idem. y VI, p. i53. Voir Lantz, Répcrl., n» 1620, p. i85.
^ Voir en particulier ce que nous avons dit au sujet de la législation des États de Colorado et d*ldaho dans Les Irrigations de la (c région aride » des États-Unis, Annales de géog., IV, 1894-1895, p. a8.
les lieux se détermina promptement à jeter une digue temporaire à travers le canal. L'idée était hardie, le temps était court, le canal était large; et, quoique le niveau fût plus bas que de coutume, le canal roulait encore un volume d'eau considérable dont la vitesse d'écoulement était très rapide. Naturellement aucun préparatif n'avait été fait pour une œuvre dont la nécessité n'avait jamais été entrevue. Mais l'inspecteur ne devait pas être arrêté par la perspective de cette tentative quasi désespérée. En tout cas la main-d'œuvre ne devait pas lui manquer, car la population, qui voyait la famine la regarder en face, n'avait pas besoin d'être contrainte pour donner avec bonheur son concours à une entreprise, présentant même de très faibles chances de salut.
«L'inspecteur ramassa hâtivement les meilleurs matériaux qui étaient à sa portée, il fît transporter son lit sur le bord du canal et, nuit et jour, ne quitta pas le théâtre des opérations jusqu'à ce que le travail fût achevé. Et le plan réussit. A la surprise de tous, il se trouva que la digue fut assez solide pour résister au courant. L'eau fut élevée au niveau voulu, et le pays fut eiffectivement arrosé.
« La joie et la gratitude de la population ne connurent pas délimite; il fut décidé de faire des prières d'actions de grâce dans la mosquée, du chef-lieu de district, et l'événement fut considéré comme étant d'une telle importance générale que le Ministre des Travaux publics se fît un devoir spécial d'assister à la cérémonie. Mais l'enthousiaste population ne se contenta pas de la présence des hauts dignitaires indigènes. Elle insista pour que le fonctionnaire anglais y assistât lui aussi. Elle ne consentait pas à célébrer sa délivrance par une cérémonie d'actions de grâce sans avoir parmi elle l'homme qui en avait été l'artisan. Chacun sait combien profond est le préjugé qui existe
dans les contrées musulmanes contre la présence d'un chrétien dans la mosquée. Dans les grandes cités d'Egypte, visitées par les touristes, ce sentiment s'affaiblit, mais, dans les districts de la campagne, il est aussi fort que jamais. Dans ces districts c'est une chose incroyable qu'un chrétien puisse être présent à une cérémonie religieuse, et plus qu'incroyable qu'il y soit présent sur les instances des croyants musulmans eux-mêmes. Mais, dans le cas particulier, le sentiment universel de gratitude et d'admiration fut plus fort que le fanatisme le plus profondément enraciné. Pour la première fois, sans aucun doute, dans l'histoire de cette contrée, il fut permis et même demandé avec insis-
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tance par les indigènes à un Anglais et à un chrétien de prendre part à une manifestation solennelle d^une foi habituellement exclusive et intolérante »^
La citation est longue, mais elle nous parait significative. Il faut bien croire que ce fait a été regardé comme ayant une portée singulière, puisqu'un homme de la valeur d'Alfred Milner, jadis sous-secrétaire des finances en Egypte et dont on connaît les destinées présentes, y insiste avec une telle complaisance. Cela prouve déjà que les autorités anglaises, loin de jamais songer à blâmer une initiative grave et même hardie d'un de leurs agents en prennent toute la responsabilité avec une imperturbable fierté.
Examinons maintenant le fait en lui-même. Hâtons-nous de déclarer que nous ne songeons certes point à le critiquer ; nous admirons profondément cet acte de hardiesse inspiré par l'unique désir de sauver tout un district d'une situation très critique. Nous savions déjà et aous savons aujourd'hui officiellement ' que l'auteur de cette entreprise improvisée et heureuse n'était autre que l'ingénieur Willcocks : nous aimons à l'imaginer, surveillant ces travaux hâtifs, gouvernant toute cette foule d'Arabes, avec cette autorité nette, vigoureuse, irrésistible et pourtant douce aussi, que tout dans sa personne parait si bien représenter et exprimer: le corps est maigre et élancé, d'une taille supérieure à la moyenne ; la tête, allongée, est extraordinairement énergique ; l'œil est clair, le regard est à la fois dominateur et bon. Willcocks était bien l'homme capable de concevoir et d'exécuter un pareil dessein. Mais, à tout prendre, la question présentait de graves difficultés et non pas au
* A. MiLNFR, England in Egypt, Ldndon, Arnold, 1893, p. 3ia-3i4- 3 Dans rinlroduclion qu'il a écrite pour la Second Edition de Willcocks, le major Brown nous dit en cfTct que « le héros do riiisloire racontée dans le livre de MiLNKR » est bien Tauleur de V « Egvptian Irrigation », voir p. xviii.
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seul point de vue technique. L'eau apportée par le canal devait, en principe, aller encore plus loin et était destinée à arroser aussi d'autres territoires situés au delà du point qui fut choisi pour rétablissement de la digue. La digue une fois établie, l'eau s'est trouvée arrêtée, et pour ainsi dire définitivement confisquée au profit du district en question, et au détriment des terres plus éloignées. En réalité, là crue a été si basse que ces terres plus éloignées n'ont pas été frustrées de la quantité d'eau sur laquelle elles pouvaient compter, puisque, même sans la digue construite en amont, le niveau dans le canal serait toujours resté trop bas. Mais au moment où Willcocks a pris son énergique décision, — et c'est bien là ce qu'il importe de considérer — la crue n'était pas achevée, et l'on pouvait toujours espérer un subit accroissement qui, déterminant un débit normal et moyen, eût été capable de satisfaire à tous les besoins culturaux des terres riveraines et cela sur toute la longueur du canal. Construire une digue, c'était nettement sacrifier tous les territoires situés vers l'aval, c'était accumuler toute l'eau, toutela richesse disponibles sur une partie des terres, plutôt que de laisser toutes les terres sans eau. Encore un coup, nous ne blâmons pas une pareille détermination, mais on conviendra qu'elle était audacieuse. Un agent subalterne du Service de l'irrigation a pris sur lui de faire, — si l'on peut employer une pareille expression en parlant de l'eau, — de faire la part du feu, et de décider, d'une manière autoritaire, définitive, et en somme arbitraire, que toute l'eau d'un canal serait concentrée sur une partie du territoire à arroser. A supposer même qu'un seul propriétaire d'un seul champ eût dû être par ce moyen privé d'eau radicalement et sans espoir, n'était-il pas extraordinaire de faire exécuter une pareille mesure sans avoir obtenu son consentement préalable ? Et bien entendu on ne s'est point occupé ni d'obtenir, ni même de demander le consentement des propriétaires d'aval. En vérité des mesures tout à fait analogues sont prises, on se le rappelle, en bien d'autres oasis d'irrigations dans les cas d'extrême sèche-
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resse : dans la huerta de Valence les syndics ont le pouvoir discrétionnaire de concentrer ainsi toutes les eaux des canaux sur une partie des terres, afin de sauver au moins une partie des récoltes. Du moins ces syndics sont élus par tous les propriétaires de la huerla, et le pouvoir discrétionnaire qu'ils possèdent dans ces cas extrêmes a été non seulement consenti mais voulu par l'ensemble des propriétaires.
Il semble, par ailleurs, résulter de cette comparaison naturelle entre le régime et la réglementation adoptés dans les centres d'irrigation du type Valence, et les pratiques qui ont été introduites et propagées en Egypte par les ingénieurs du Service de l'irrigation que les analogies deviennent de plus en plus nombreuses et manifestes entre l'Egypte contemporaine et ces centres précédemment étudiés. C'est là précisément ce que nous nous proposions de montrer: c'est ce que nous voulions laisser apparaître jusqu'à l'évidence par l'examen critique du fait sur lequel nous avons insisté longuement et à dessein. Et c'est enfin ce qu'un petit nombre d'autres faits brièvement indiqués vont tout à fait confirmer.
Les rotations d'été et les rotations permanentes» — Le régime des rotations d'été est organisé d'année en année, avec une rigueur de plus en plus précise. Vers les mois d'avril, mai, juin, c'est-à-dire durant la période qui précède la nouvelle crue, les eaux sont de moins en moins abondantes. On établit alors
une sorte de «roulement»: successivement et à tour de rôle,
l'ensemble des riverains de tel canal ou de telle portion de canal reçoit l'interdiction de prendre l'eau du canal: cette interdiction est généralement maintenue pendant une semaine : puis viennent une ou deux ou trois semaines durant lesquelles toute liberté est laissée de puiser l'eau dont ils ont besoin : c'est le plus souvent au bout de deux semaines de liberté que revient la semaine de prohibition.
A ce régime de rotations d'été, on a récemment ajouté un
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régime de rotations qui s'applique en hiver, au printemps et en automne, c'est-à-dire tout le reste de l'année : de là le nom anglais qu'on lui donne : permanent rotations. C'est une innovation de fraîche date ; les rotations permanentes ont été inaugurées en 1897 seulement; et jusqu'en 1899, ®^'®^ n'ont été expérimentées que dans le Delta ^ . Mais le système tend à se généraliser de plus en plus. C'est pour éviter les infiltrations qui se produisent avec une intensité et une gravité particulières lorsque les canaux de drainage sont trop remplis, qu'on interdit de temps à autre les arrosages sur certaines terres durant une semaine ; les canaux de drainage peuvent ainsi se vider ; l'écoulement a le temps de se produire ^
Quoi qu'il en soit, les rotations sont imposées aujourd'hui toute l'année dans le Delta, et elles le seront bientôt durant toute l'année dans toute TEgypte. Le régime de surveillance, garantie d'une distribution méthodique et précise de l'eau, va ainsi se précisant chaque jour.
Dans la pratique, les difficultés de ce régime sont assez grandes. A l'époque des rotations permanentes, les machines à vapeur sont seules soumises au repos forcé durant un nombre de jours déterminé : les saquiefis et les chadoufs peuvent continuer à travailler ; on considère en effet que la quantité d'eau qui est puisée dans les canaux par ces appareils traditionnels et un peu primitifs n'est pas assez grande pour être, à ce moment de l'année, l'objet d'une sévère réglementation. Mais à l'époque des basses eaux et des rotations d'été, appelée couramment (( le temps des rotations », le Service de l'irrigation exerce une surveillance très active; ni les saquie/is, ni les cliadoufs ne peuvent alors fonctionner, et ils sont soumis a l'observation du
* Report on the Administration of the Irrigation Department for 1897, Cairo, 1898, p. 8 et 9.
^ Report on the Administration of the Irrigation Department for 1896, Caire, 1897, p. 7 et 8.
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même temps de repos que les machines à vapeur. Il faut encore considérer que les grands propriétaires, seuls propriétaires de machines éleva toires à vapeur, ou les chefs de culture, dépendant de grandes Administrations, savent en ce cas utiliser le bakhchich pour faire fonctionner les machines même durant la semaine d'arrêt. Aussi bien la situation est excessivement critique. G*est. à cette époque de Tannée que de fréquents arrosages sont nécessaires pour la culture du coton qui vient d'être semé, et le volume d'eau attribué à chaque feddan de coton par le Service de Tirrigation, soit 25o à 3oo mètres cubes par tour d'arrosage, est, de l'avis de tous les ingénieurs du Delta que j'ai pu interroger, complètement insuffisant; ils estiment qu'environ 600 mètres cubes par feddan sont nécessaires pour chaque arrosage. Or, le coton, nous l'avons vu, est la grande culture rémunératrice sur laquelle comptent les propriétaires et les Administrations ; et pour assurer une belle récolte de coton, tout semble non seulement permis mais légitime : il faut avoir de l'eau en quantité suffisante, quelque risque que l'on courre, par ailleurs. Et si, même en faisant travailler nuit et jour les machines à vapeur durant les semaines où l'arrosage est permis, on n'arrive pas à donner aux terres ensemencées le volume d'eau jugé nécessaire, on est tout naturellement entraîné à, violer la règle de rotation durant la semaine qui suit. De plus, les grandes exploitations commencent à être distribuées et organisées de telle manière qu'elles aient accès sur deux ou trois canaux différents ; or les canaux importants ne sont jamais simultanément fermés; ils sont au contraire fermés à tour de rôle; dès lors, par une disposition habile des canaux et des rigoles de distribution, les chefs des grandes exploitations peuvent toujours faire puiser en un point donné l'eau indispensable e\ la porter sur les terres qui en ont besoin. Les règlements de rotation, respectés par les petits, sont souvent violés par les grands. Et si l'observation de ces règlements est déjà maintenant difficile à assurer parce
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que la quantité d'eau calculée pour chaque terre et pour chaque culture est estimée insuffisante, la tâche ne sera-t-elle pas encore plus difficile dans l'avenir ? Il est important, en tous cas, d'indiquer non seulement que cette réglementation est actuellement appliquée, mais que par la force des choses elle doit aller en se développant, en devenant plus précise, plus minutieuse, et nous serions presque tentés de dire plus tracassière.
Les lois et règlements concernant les machines élévatoires à vapeur. — Si l'on veut se rendre compte de la marche des idées, en matière déréglementation, depuis 1881, on n'a qu'à comparer les mesures aujourd'hui appliquées avec les mesures prévues par l'article 9 du décret du 8 mars 1881, concernant rétablissement des machines élévatoires :
« Pour cause d'utilité générale en cas d'étiage exceptionnel, ou quand le débit d'un canal deviendra notoirement inférieur aux besoins des cultures qu'il dessert, les Services des Travaux publics [c'était avant la création du Service de TirrigationJ pourront, par mesure générale applicable à tout un canal ou à un seul bief d'un canal, ordonner l'arrêt momentané des machines élévatoires ou fixer une marche réduite de celles-ci, en tenant compte, s'il y a lieu, de l'importance relative des appareils et des terrains qu'ils arrosent, sans qu'en pareil cas le Gouvernement puisse encourir aucune responsabilité pour dommages causés aux cultures. »
Ce qui était prévu, en 1881, comme mesure exceptionnelle à prendre dans un cas particulier, est devenu aujourd'hui la règle coutumière.
Ce premier acte, l'acte fondamental, a été interprété dans le sens le plus strict par les règlements subséquents et les pratiques adoptées.
Les machines élévatoires, actionnées par des locomobiles à vapeur, soit sur place soit de loin grâce à un ingénieux sys-
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tème de transmission*, élèvent des volumes d'eau que Ton ne saurait comparer aux volumes d'eau élevés par les anciennes machines ; aussi l'établissement des machines à vapeur loin d'être favorisé et propagé par le. Service de l'irrigation est redouté. — Uy a déjà dans le Delta beaucoup trop de machines à vapeur : tel est le sentiment du Service ; et que ferait-on si les machines se multipliaient? — Il devient de plus en plus difficile d'obtenir l'autorisation nécessaire pour établir une nouvelle machine, et bienheureux sont les propriétaires qui se sont avisés de demander de telles autorisations, il y a quelque dix ans I Même les machines antérieurement établies sont soumises non seulement à la surveillance dont nous parlions au paragraphe précédent mais à ce que l'on pourrait appeler une vérification périodique du rôle qu'elles doivent jouer : on vérifie en effet si le propriétaire d'une machine à vapeur possède toujours une propriété qui soit en rapport avec la puissance de la machine ; si la propriété diminuait d'étendue, la machine à vapeur devrait être ou réduite, ou supprimée. — J'ai vu, moi-mcmCi près de Benha, dans le Delta, le fait suivant: Une propriété de 5ooo feddans appartenait jadis à un des princes de la famille khédiviale, Abbas-pacha; cette propriété possédait une grande pompe à valeur dont les tuyaux avaient 27 pouces de diamètre. A la mort d'Abbas deux de ses enfants en ont hérité; mais les héritiers n'ont pu ni s'entendre, ni même se supporter et l'on a dû partager la propriété. Comme chaque propriété ne comptait plus que 2 5oo feddans, aucune des deux n'a pu obtenir le droit de conserver la pompe de 27 pouces et d'en user. Même sur cette propriété princière.
' M. Sot'TER, ing('nicur français de T Administration des Domaines à Korachich, a installé un réseau de transmission électrique de la force produite par une machine à vapeur au centre de Tcxploitation, et a pu ainsi supprimer 9 locoraobiles à vapeur. Voir Obus \g Bulletin de l'Institul égyptien, 1896, la note de Souter présentée par PioT BKV, Transport élcclricpic de la force à grande distance.
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il a fallu démolir rinstallation de la grande pompe et la remplacer par deux pompes, qui ne pouvaient avoir chacune, au maximum, qu'un diamètre de i8 pouces; quand j*ai visité cette propriété, on était précisément occupé à établir Tune de
ces nouvelles installations à côté de la grande installation primitive délaissée et, de par la loi, mise hors d'usage. — On pourrait résumer d'un mot la situation actuelle : la machine à vapeur est l'ennemie du Service de l'irrigation. Peut-être l'expression est-elle quelque peu outrée, mais la pensée qu'elle exprime est vraie : et l'on ne saurait en être surpris quand on comprend pourquoi une telle conception devait logiquement prévaloir*.
A la fin de 1882, il y avait sur les canaux et sur le Nil 2 206 machines élévatôires locomobiles représentant une force de 20071 chevaux, et 419 machines fixes représentant une force de 9882 chevaux*. En 1900, il n'y avait encore sur les canaux et sur le Nil que 3 353 machines élévatôires locomobiles représentant une force de 29828 chevaux, et 622 machines fixes représentant une force de 11 678 chevaux \ L'augmentation en nombre et en force totale est incroyablement faible, parce qu'on fait tout pour la ralentir.
Autres mesures et autres faits. — Nous aurions encore à signaler beaucoup d'autres mesures et d'autres faits qui compléteraient cet exposé. — La corvée a été officiellement supprimée, mais cela ne veut pas dire que la participation aux travaux d'intérêt public ne soit pas encore imposée de force ; il ne
^ Voir rintéressantc discussion qui a été soulevée au Conseil législatif sur les machines et chaudières à vapeur, Journal officiel, n» 24, 3 mars 1900.
^ Nous avons pu arriver à cette évaluation en nous appuyant sur le tableau de la p. 54 de : Ministère des Travaux Publics, Compte rendu des exercices i88i-i88a.
3 Nous appuyons cette seconde évaluation sur les chiffres dos a tableaux : Appendix IX, Détails of Water-Lifling Machines in Upper Egypt, et Appcndix X, Détails of Water-Lifting Machines in Lower Egypt, dans W. Willcocks, Egyptian Irrigation, a. édition, p. 476 et 477-
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saurait d'ailleurs en êlre autrement. Si ce travail est souvent imposé moyennant salaire, il est encore en bien des cas exigé gratuitement ; quand il s'agit par exemple d'exécuter les travaux de protection des villages contre l'inondation, les travailleurs sont rassemblés, bon gré, mal gré, et surveillés par des Arabes qui tiennent à la main la fameuse courbache et savent encore la manier ; (des fellahs assez nombreux essaient d'échapper à cette corvée véritable en se sauvant). De grands faits, qui intéressent absolument tous les habitants de l'Egypte, comme la crue annuelle du Nil, comme l'utilisation de cette eau pour les irrigations, impliquent une participation de plus en plus précise de tous aux énormes travaux indispensables. Et la suppression officielle de la corvée ne doit pas sur ce point nous induire en erreur * .
De même il ne faudrait pas croire que l'eau du Nil fût distribuée gratuitement en Egypte ; en réalité, tous paient l'eau d'irrigation, sinon d'une manière directe, du moins d'une manière indirecte. Car l'impôt foncier est énorme, il est fixé d'après la valeur locative des lerres et il est égal au tiers de cette valeur locative : si l'Etat n'était pas censé faire payer de la sorte tous les travaux d'intérêt général qui assurent la distribution de l'eau, cet impôt serait injuste et scandaleux et non plus seulement exorbitant.
Enfin l'on devrait encore insister sur l'autorité que prennent de plus en plus les petits ingénieurs des irrigations, les ingénieurs des villages, qui sont le plus souvent indigènes. Ce sont les dernières ramifications de ce Service, qui, comme l'eau du Nil, s'efibrce d'introduire son influence et de faire sentir son action jusque dans les villages les plus insignifiants et les plus éloignés. Ils constituent le réseau administratif qui surveille le
* En 1900 par cxemplo la corvée a encore représente un total de i 543 900 journées de travail.
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réseau des canaux et des rigoles, et qui comme ce réseau embrasse toute l'Egypte. Et si ces fonctionnaires derniers ne s'efforcent pas toujours d'imiter les exemples d'impeccable honnêteté que leur donnent leurs chefs supérieurs, ils n'oublient jamais d'imiter les habitudes autoritaires qu'entraîne presque forcément une pareille organisation de l'eau sur un aussi vaste territoire I A ne considérer que les règlements, l'ingénieur indigène peut déjà de sa propre autorité, et à la seule condition d'en référer à l'ingénieur de la moudirieh, imposer à tout cultivateur une amende et un jour d'emprisonnement. Il n'est pas besoin d'ajouter que ces sous-ofïîciers d'un genre particulier dépassent souvent la consigne qui leur est donnée et les pouvoirs qui leur sont conférés. Ils tendent de plus en plus à mettre en échec les autres autorités du village. Ils ont cet avantage de relever d'un Service « plus homogène que tout autre » qui a la mission d'être autoritaire, et qui, nous l'avons vu, ne manque pas à sa mission. C'est une nouvelle preuve à l'appui de notre thèse : l'eau du Nil a créé l'Egypte et la recrée tous les ans; le Service de l'irrigation, discret, silencieux, mais très agissant et partout présent, en surveillant la distribution de l'eau du Nil, est aussi en train de recréer l'Egypte, ou mieux de créer une Egypte nouvelle.
La faible crue du Nil en 1900 et les résolutions du Service de l'irrigation. — La crue du Nil en 1 900 a été exceptionnellement basse, plus basse qu'elle n'avait jamais été observée depuis qu'il y a sur le Nil des nilomètres * . Le Service de l'irrigation, pour éviter un grand désastre, a dû prendre des mesures exceptionnelles ; et cette année 1 900 a permis de constater expérimentalement quelles deviennent de plus en plus les
^ Sur les caractères de cette crue, voir p. 5 1 1-5 [3 les indications précises, contenues dans le document officiel qu'on trouvera aux NoteS et pièces justlûcatives^ Nn
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tendances et la lactique du Service : les faits très récents que nous allons raconter en sont Tillustration concrète la plus significative.
Nous donnons textuellement et en entier aux Notes et pièces Justificatives, N, le rapport du sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics, sir William Garstin, tel qu'il a paru au Journal officiel du Caire \ C'est un document d'une importance capitale. Il est écrit avec celte dignité flegmatique qui n'abandonne jamais les Anglais même dans les circonstances les plus critiques. Il mérite une lecture attentive.
S'il est permis d'en résumer le sens général en deux phrases, en voici la conclusion pratique : toute l'eau était réservée pour la culture du coton au détriment des cultures alimentaires, riz et maïs ; le riz était radicalement sacrifié ; le maïs était abandonné à son sort.
A coup sûr, les cultures de colon sont les plus rémunératrices, et, de plus, ce sont celles qui tiennent la première place dans les préoccupations et dans les intérêts de toutes les grandes exploitations capitalistes de l'Egyptç. Or, à la situation de ces exploitations, comme les Domaines de VElat, la Daïra Sanieh, etp. ^ sont étroitement liés les intérêts du Trésor môme ; mais
* Journal officiel du gonvernemenl égyptien, a'i janvier 1900. J'ai été, je crois, le premier en Europe à faire connaître et à publier ce document, voir : La faible crue du Nil en 1900 et les récentes mesures prises en Egypte par le Service des irrigations, Revue d'économie politique^ juillet 1900, p. 6 '42 -660.
^ L'Administration des Domaines de l'État a été constituée, sous la direction de trois commissaires (un Vnglais, un Français et un Indigène), pour surveiller, gérer et liquider les terres données comme garantie d'un emprunt do 8 5ooooo livres sterling consenti par MM. Rothschild. Cotte Administration s'est trouvée au début à la tète d'une superBcie à peu près égale au septième de l'Egypte cultivée. L'Administration des Domaines do l'Etat a dû principalement sa fortune au rôle prépondérant et à l'infatigable énergie du commissaire français, le seul d'ailleurs qui ait fait partie de la commission depuis l'origine jusqu'à nos jours (E. Bouteron). Voir tous les renseignements utiles dans E. Bouteron, J. Gibson et Mohamed-Ghekib- Pacha, Administration des domaines de l'Etat égyptien. Compte général des opérations eflcctuécs du a6 octobre 1878 au 3i mars 1898. Paris, imp. Chaix, 1898, in-4>
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il ne s'ensuit pas que le fellah puisse se nourrir de coton ; et que deviendrait la population de la Basse-Egypte, si toutes les cultures alimentaires étaient condamnées à périr ? L'Etat Egyptien, représenté parle Service de l'irrigation, s'est-il bien rendu compte qu'il risquait ainsi d'amener le peuple égyptien à la famine ? Il a pourtant été averti. Le Conseil législatif, qui est le corps officiel indigène, tout naturellement chargé de défendre les intérêts des indigènes, a vivement protesté contre les décisions prises. Il convient de lire le procès-verbal de la séance du 28 février 1900, tel que l'a publié le Journal officiel * :
« Le gouvernement, dit l'un des membres, Hassan bey Abdel Razek, a-t-il voulu par cette exception interdire au cultivateur de profiter de la rotation pour l'arrosage des terres charaki * de crainte que ceux des villageois qui ont cultivé une partie de leurs terres en coton et qui désirent destiner l'autre partie à la culture du maïs ne négligent l'irrigation de la culture du coton pour procéder à l'ensemencement du mais, ce qui causerait préjudice au rendement du coton ? Le gouvernement a tort de vouloir agir ainsi, car le fellah a moins besoin de colon que de maïs qui forme sa principale nourriture et celle de sa famille.
« Si donc le gouvernement tient à sauvegarder le rendement du coton seulement, sans s'inquiéter de la nécessité dans laquelle se trouve le fellah d'avoir du maïs chez lui, il fera preuve d'imprévoyance,
127 p. La Daïra Sanich, que dirige maintenanl W. Willcockp, est également une grande Administration de biens cédés par l'État comme garantie d'emprunts. V. A. Chklu, Le Nil, le Soudan, l'Egypte, p lao et suiv. ; v. encore, si l'on veut des renseignements plus récents, un bon article de tète dans le Journal du Caire, i3 février 1899.
* N<» 28, du 12 mars 1900, p. 870-372.
* Les terres de l'Egypte se divisent en terres raï, c'esl-k-dire submergées dirccteemnt par les eaux du Nil au moment de la crue, et en terres charakiy c'est-à-dire soumises à l'irrigation proprement dite, partant, arrosées par le moyen de machines élévatoires ou d'instruments.
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car il sait pertinemment cjue le fellah privé de sa nourriture en maïs n^aura pas suffisamment de force pour s'occuper de la terre cultivée en colon et avoir un bon rendement malgré l'abondance des eaux...
« Et si l'on soutient qu'il était d'usage, il y. a quinze ans, d'arroser la culture du maïs par les eaux de la haute crue, la réponse sera facile à trouver, car à cette époque le coton cultivé était en minime quantité, de sorte qu'au commencement de la haute crue les eaux coulaient dans les canaux et les fellahs en usaient pour l'ensemencement du maïs. Mais, à présent, le coton cultivé est en plus grande quantité et les eaux de la haute crue sont d'abord utilisées pour cette culture, ce qui occasionne du retard pour l'ensemencement du maïs.
(( En un mot, tout fellah, lorsque son tour viendra pour l'arrosage de ses terres, pourra en profiter à sa guise, c'est un droit comme les autres. S'il contrevenait au système de rotation, il subirait les peines édictées dans les règlements spéciaux établis à cet effet, et, de cette façon on peut se dispenser du projet actuellement à l'étude et qui n'a aucune raison d'être... »
Il convient d'ajouter que le Conseil législatif est purement consultatif, et comme il n*a aucun pouvoir législatif effectif, on lui a démontré que ses protestations n'étaient pas fondées : en tout cas, on n'a guère paru en tenir compte. Le Journal ojffîciel du i4 mars 1900 * a publié une réfutation ofllcielle de la thèse du Conseil législatif, sous ce titre : i\ote sur le projet de décret concernant les charaki, par W.-E. Garstin.
Quoi qu'il en soit, la solution adoptée aurait eu de terribles conséquences si le Nil n'avait pas démenti les prévisions très pessimistes faites parle Service même de l'irrigation. La crue n'a été ni aussi faible ni aussi tardive que sir William Garstin le prédisait dans le document cité plus haut.
Dès le mois de juillet 1900, dans notre article de la Revue
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d'Économie politique, nous discutions les craintes de sir William Garstin, et nous les estimions exagérées. Il est certain que la calamité a été moins grande qu'on ne le redoutait \ Le major Pcake, avec a ooo prisonniers derviches, a travaillé à couper le sadd sur le Nil Blanc, et a mené cette opération avec un succès inattendu '; de ce chef, la crue du Nil s'est trouvée certainement augmentée. Bref, le Nil, tout en étant en juillet beaucoup plus bas qu'en 1899, semblait tendre à se rapprocher du niveau qu'il avait atteint l'année précédente ; la différence entre le niveau de 1899 et celui de 1900 allait s'atténuant, comme le prouvait le tableau résumé suivant, que nous avions dressé dès cette époque, à l'aide de renseignements divers' :
* Outre les mesures dont on vient de lire l'exposé, le Service de l'irrigation a pris quelques mesures d'ordre plus spécialement techniques ; sur la proposition du major R.*H. Brown par exemple, on a établi sur la branche de Damiette une digue Appelée Sadd (V. une lettre de R.-Il. Brown, Inspector gênerai of Irrigation, lettre n» i4 du 3 janvier 1900, dans Journal officiel^ 30 janvier 1900, n» 8, p. 97). Mais nous ne' voulons naturellement insister ici que sur les faits et les considérations d'ordre économique.
2 On ne saurait trop louer l'intelligente énergie du major Peakk-bey. Voir le long télégramme envoyé de Khartoum le 27 avrif 1900, par sir William Garstin à lord Chômer, publié dans le Journal officiel du 28 avril 1900, et dans V Egyptien Gazelle du 3o avril. Voir aussi Note on the Soudan, by sir William Garstin, Gairo, 1899, et le résumé qu'en a donné H. Schirmer dans la Bibl. de 1899 des Annales de géog., n° 729 ; The « Sadd » of ihc White Nile dans Geographical Journal, XV, mars 1900, p. 234-:<39, 5 photographies ; M. Zimmkhmann, Chronique géographique. Annales de géographie, IK, i5 mai 1900, p. 380-281 ; le chapitre The swamps of the Upper ^ilc and their elTcct on the water-supply of Egypt dans le livre de Ëwart S. Grogan and Arthur H. Sharp, From the Cape to Cairo, London, 1900 ; et pardessus tout l'important dossier remarquablement illustré (i3 cartes) que constitue le Livre bleu déjà cité. Despatch from His Majesty's Agent and Consul-General at Cairo inclosing a Report as to Irrigation Projects on the Upper Nile, etc., by sir William Garstin, July 1901. — On appelle sadd ou sedd ou sudd, ces amas de roseaux qui s'accumulent sur les hautes branches du Nil et qui encombrent par endroits complètement le lit du fleuve et de ses ailluents. Le Professeur Schweinfurth, réminent explorateur et botaniste, s'est tout spécialement occupé des plantes qui constituent ces masses végétales, et qu'il a été l'un des premiers à reconnaître et à décrire.
'^ Hernie d'économie politique, juillet 1900, p. 665.
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