EFFECTIVEMENT
irriguée
Canal de Taustc
— Impérial
— de la rive droite du Delta. .
— d'Urgcl
Totaux
Hectares
90 OOO
Hectares 6 OOO
52 OOO
Hectares
Enfin en certaines vegas les conditions naturelles qui tendent à faire disparaître les fortes organisations collectives sont encore d'un autre ordre. Dans la huerta de Tortosa (à la tete du delta de l'Ebre) presque toutes les eaux destinées à l'irrigation sont obtenues à l'aide de norias qui puisent dans un soussol goryé d'eau*". Il est loisible aux cultivateurs d'établir autant de norias qu'il leur est nécessaire, et la noria n'est jamais à sec ;
1 A. Llaurado, ouv. cité, II, p. /| 3 7 .
2 La nappe d eau se trouve à une profondeur qui varie entre 5 et 7 mètres. Voir A. Llaurado, ouv. cité, II, p. 4o3.
P ÉNIN S UL E IBÉRIQUE
chaque propriétaire a sa ou même ses norias. A quoi servirait dès lors une organisation collective de la propriété et de la répartition de l'eau ?
Littoral méditerranéen, du Delta de l'Ebre au cap de Creus.
Si nous suivons la côte méditerranéenne vers le Nord au delà du Delta de l'Ebre, nous rencontrons des cours d'eau qui sont d'autant plus abondants qu'ils viennent de plus loin et de plus haut, de la chaîne même des Pyrénées. Et peu à peu les irrigations comportent une organisation de moins en moins compliquée : elles finissent même par ne plus être organisées par les soins des hommes, tant les pluies et les eaux de ruissellement suffisent au développement de la végétation naturelle et des cultures !
Campo de Tarragona. — Les importantes et belles huertas dont l'ensemble porte le nom de Campo de Tarragona sont arrosées par une série de petits cours d'eau dont les plus importants sont le Francoli et le Gayà ; les eaux sont abondantes et permettent des cultures très variées : oliviers, arbres fruitiers de toute espèce, vigne, blé, avoine, maïs, chanvre, légumes, et chacune de ces cultures jouit d'arrosages multiples ; les arbres reçoivent un arrosage tous les quinze jours de mars à août, les haricots sont arrosés tous les huit jours de mars à juin (première récolte) et de juillet à septembre (seconde récolte) : le chanvre reçoit sept arrosages de mai à juillet... et tout est à l'avenant. On sent ici qu'on n'a pas à compter avec l'eau; la distribution s'opère sans difficulté, et la réglementation est réduite au minimum.
Llobregat. — Le Llobregat est un cours d'eau de 190 kilomètres qui jusqu'à Molins de Rey, à 17 kilomètres de son
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embouchure, coule dans une vallée étroite laquelle ramasse et économise toutes les eaux.
Depuis le xivc siècle, une chaussée en pierres sèches et un canal d'une quarantaine de kilomètres détournent les eaux nécessaires à l'alimentation et aux irrigations de Manresa : on estime à i 192 hectares la surface irriguée: mais ce ne sont pas les eaux qui manquent ; on accorde aux terres au minimum un tour d'arrosage par semaine : et une partie des eaux après avoir traversé la ville ou en la traversant font marcher des fabriques : faut-il s'étonner qu'il n'y ait pas là pour les eaux une organisation spéciale et indépendante ? C est l' ayunlamienlo lui-même (conseil municipal) qui est en grande partie chargé de l'administration du canal.
\u point où le Llobregat débouche sur le littoral, il est utilisé par les fabriques et par les moulins très anciens de Papiol et de Molins de Rcy. Au commencement de ce siècle,quelques propriétaires habitant Barcelone (à 5 kilomètres au Nord de l'embouchure du Llobregat) ou les villages de la banlieue eurent l'idée de construire un canal qui utiliserait les eaux à leur sortie des moulins et des fabriques : ainsi fut construit le canal de la rive gauche du Llobregat appelé canal de la Infanta. Ce canal peut avoir au maximum un débit de /1 200 litres par seconde, alors que le débit détiage du Llobregat est toujours supérieur à ce volume ; c'est dire que la saison sèche n'a aucune influence sur le débit du canal de la Infanta ; les cultures et les fabriques qui dépendent de ce canal ont à toute époque de l'année l'eau qui leur est nécessaire. Ici encore l'organisation des irrigations se réduira à un tableau de distribution et à une administration rudimentairc ; le règlement du 8 janvier 1802 ne comporte effectivement ni tribunal ni jury des eaux '.
1 Nous n'avons pas à raconter l'histoire ridicule du canal de la rive droite du Llobregat ; celte histoire est un témoignage de l'insigne méconnaissance des condi-
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Le cas spécial du Canal de Moncada. — A peu de distance du Llobregat, le Rio Besôs débouche dans la mer (à environ 5 kilomètres au Nord-Est de Barcelone). Une des principales et des plus anciennes dérivations du Besôs est le canal qui alimente Moncada. Pour des raisons diverses, filtration des eaux ou remblaiement du lit, le volume d'eau du canal avait considérablement diminué à la lin du siècle dernier ; on commença alors à creuser ces galeries souterraines, connues sous le nom de las minas de Moncada et qui étaient destinées à retrouver en faveur du canal le débit nécessaire. Aujourd'hui les eaux fournies par les minas sont divisées en deux parts, l'une qui alimente toujours la ville et les irrigations de Moncada, l'autre qui assure l'alimentation de Barcelone. Ces diverses péripéties ont réduit les eaux de Moncada au strict nécessaire, et, par une conséquence naturelle, nous trouvons en vigueur à Moncada des Ordonnances du 22 mars 18^2 qui reproduisent dans toute sa rigueur le régime de Valence; il y a jusqu'à un Tribunal conservador qui est destiné à juger sommairement et verbalement tous les conflits et délits se rapportant au régime ou à la police des irrigations. — C'est là comme une contreépreuve, qui manifeste clairement en cette zone plus arrosée, que tous ces faits économiques dépendent avant tout des conditions naturelles.
Divers cours d'eau pyrénéens. — Plus au Nord encore, le Ter, qui arrose le petit Ampurdân, le Fluviâ, qui arrose le grand Ampurdân et le Rio Muga servent beaucoup plus à faire marcher des fabriques et des moulins qu'à alimenter des canaux
lions naturelles initiales dont peut être capable une Administration ; on a creusé un canal et toutes ses ramifications sans s'être préoccupé des eaux qui devaient l'alimenter : l'État a dû racheter à l'entreprise particulière les travaux exécutés, puis chercher après coup quelles eaux pourraient être amenées jusqu'à ces travaux afin que ceux-ci aient au bout du compte quelque utilité. (Voir A. Llaurado, II, p. 4GO-475.)
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d'irrigation1 ; les cultures les plus importantes, vignes, oliviers et céréales, sont d'ordinaire suffisamment arrosées par les eaux de pluie, et surtout par les eaux des très nombreuses et grandes norias.
Comme pour marquer au pied même des Pyrénées que les irrigations sont là chose superflue, les petites plaines de Figueras, de Vilabertran et de Yilasacra sont situées au-dessus d'une nappe abondante qui se rencontre à peu près partout à une profondeur de 1 à 3 mètres ; de toutes parts s'aperçoivent les longues perches de ces appareils élémentaires de puisage que l'on appelle les puarancas (et qui ressemblent aux cigognes des jardiniers de Gênes ou aux chadoufs des Egyptiens). A Vilasacra, l'eau de la nappe filtre et sourd même à la surface, assurant l'irrigation sans aucun secours, sans aucune intervention du travail humain.
Au delà des Pyrénées, dans cette dépression encaissée entre la grande chaîne et les Cornières, reparaît le type caractérisé de steppe: c'est la plaine du Roussillon2. Là de très ancienne date aussi se sont développés, dans les petits bassins du Tech et de la Tct, de magnifiques systèmes d irrigation avec organisations originales cl autonomes'. Et nous pourrions suivre
1 Les environs de Gérone sont arrosés au moyen d'un petit canal qui est la propriété de la ville; mais les eaux sont prises par les moulins et déjà dans le premier quart de ce siècle Jaubert de Passa écrivait: « Ainsi donc un fleuve et un canal d'arrosage traversent inutilement la plaine de Gérone » (I, p. 4o) ; car « en 1808, les fermages des seuls moulins ont, dit-on, produit à la ville 26000 livres catalanes, ou plus de G9 000 francs » (I, p. 4i). On voit que nous n'avons pas a insister ici sur ces petits bassins secondaires, où l'irrigation proprement dite est insignifiante ou nulle.
2 Voir D1' Fines, Climatologie du Roussillon, A/tn. Bureau central Météorologique, I, p. B.o,3 — B.202.
•5 Alfred Picard et C. Colson, résumant dans le t. IV de leur Traité des Eaux les données d'une statistique des Associations syndicales existant en France au itr janvier 1887 (statistique publiée dans le Bulletin de l'Hydraulique agricole), constatent que sur 200 Associations remontant à l'ancien régime, il y en a 1C0 qui appartiennent aux Pyrénées-Orientales (p. 89).
1 2 S P È Y 1 N S U LE IBÉ II IQV E
au delà des Pyrénées et dans toute la France méditerranéenne jusqu'aux vallées des Hautes-Alpes la distribution géographique de ces types d'organisation comme nous l'avons fait dans l'Espagne sèche. Mais nous réservons cette étude : car ces territoires ont subi de telles vicissitudes historiques que les faits géographiques y ont été trop souvent altérés et déformés.
Pour ne parler ici que du Roussillon, si voisin de l'Espagne, et dont le sort a été si souvent lié à celui des pays transpyrénéens, nous pourrions, en invoquant l'exemple du célèbre canal de Perpignan, appelé Ruisseau de las Cariais, montrer à quel point les perturbations politiques ont modifié une vieille organisation économique (Voir aux Notes et Pièces justificatives, D, Note sur le « Ruisseau de las Cariais » de Perpignari).
Cinquième groupe. — Les centres d'irrigation des provinces méridionales.
Au point de vue des irrigations, nous devons examiner les trois régions que nous avons précédemment distinguées : la dépression même du Guadalquivir, le chapelet des hautes plaines de la montagne, la frange des plaines littorales méridionales.
Bassin du Guadalquivir. — Les steppes s'avancent, nous l'avons dit, jusque dans le haut bassin du Guadalquivir ; et l'csparto couvre une partie des versants septentrionaux de la Cordillère Bé tique. Mais il n'y a insuffisance de pluies dans ce fond d'entonnoir de la dépression du Guadalquivir que durant l'été et seulement sur la rive gauche du fleuve; il convient d'ajouter qu'au pied des chaînes calcaires comme la Sierra de Cazorla (Jurassique) ou la Sierra Jabalcuz (Crétacique) les sources sont nombreuses, et quelques-unes ont un fort débit.
Descendre la vallée du Guadalquivir, c'est rencontrer des
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territoires de plus eu plus faciles à cultiver, qui exigent de moins en moins le travail humain. Et dès Andujar on s'en aperçoit vite : la terre dite para sembrar (pour semer) rapporte beaucoup moins que les olivettes ; elle demande plus de travail et donne moins de profit ; on l'appelle couramment tlerra calma et on ne se donne plus grand'peine pour l'arroser et pour rendre intensive la culture des céréales.
Dans le haut bassin du Guadalquivir, quelques réseaux d'irrigation sont encore organisés, à Cazorla, à Ubeda, etc., c'est-àdire dans le voisinage des dernières steppes. Et ces réseaux sont régis par des syndicats qu'élisent tous les propriétaires ; ces syndicats qui sont en temps ordinaire peu actifs recouvrent en temps de sécheresse une efficace autorité ; ils attestent d'une manière intermittente le caractère collectif des intérêts qui là encore dérivent de l'eau.
Ailleurs l'organisation spéciale des irrigations a disparu complètement; les eaux ont un débit assez constant pour qu'il importe uniquement d'en assurer la distribution. Dans la province de Jaén à Alcaudete, dont les environs sont très fertiles1, les eaux sont fournies par des sources, L'ayuntamiento (conseil municipal) possède la Fuente Almiinia, et fait lui-même la distribution des eaux. Les eaux de source sont ainsi fréquemment propriété communale, et l'eau est administrée selon le même mode que toutes les autres propriétés communales.
Enfin plus bas dans la vallée et plus loin vers l'Ouest, les précipitations sont assez fortes et assez heureusement réparties de l'automne au printemps, pour que les habitants ne se soucient même plus d'organiser des irrigations : toute la plaine de Carmona, riche plaine de céréales, à l'Est de Séville, est une plaine sans irrigation ; les norias à manège sont nombreuses et suffisent à tous les besoins.
1 M. Willkomm signale très justement le contraste qui existe entre les environs immédiats de Jaén, bien cultivés et fertiles, et la steppe de Jaén qui s'étend plus à l'Est (Grundzûge, etc., p. 277).
Brunhes. (J
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A Palma del Rio, sur le Gcnil, la huerta est arrosée non plus par le moyen de norias ordinaires, mais par le moyen de grandes roues verticales à palettes et à pots, dont les palettes sont mues par le cours d'eau lui-même, et dont les pots déversent leur eau à un niveau sensiblement supérieur à celui du cours d'eau. A Palma del Rio on compte 20 de ces grandes roues dont plusieurs ont 9 mètres de diamètre. En dehors de Palma, nous ne connaissons en Espagne qu'une roue semblable, près de Palma, à Ecija. Et nous n'en avons vu d'autres du même type que bien loin de là, dans le Fayoum (voir p. 344 et fig. 48 et 49).
Le courant naturel de la rivière ne suffisant pas à mettre les roues en mouvement, la rivière est coupée par de petits barrages simples qui créent des chutes de 1 mètre ; à chaque roue correspond un petit barrage ; et à chaque roue et à chaque barrage correspond une petite zone d'irrigation assez peu étendue. Dès lors le petit nombre de propriétaires de chacune de ces zones s'entend aisément pour l'entretien de cette curieuse installation hydraulique. Et il n'est pas besoin à Palma del Rio d'une entente plus générale entre tous les cultivateurs de la huerta.
Hautes plaines de la montagne. — La plus importante et la plus célèbre de ces hautes plaines est sans contredit celle de Grenade, dont les irrigations sont aussi fameuses que celles de Valence. Il subsiste, en fait, quelques traits de ressemblance entre Valence et Grenade ; mais, en dépit des apparences, en dépit des opinions traditionnelles, un examen sérieux, approfondi, révèle qu'on aurait tort d'assimiler le régime de ces deux grandes vegas historiques.
A Grenade, il n'y a pas à proprement parler de régime, parce qu'il y a plusieurs régimes et plusieurs systèmes qui se mêlent et se contredisent. Une partie des eaux d'irrigation sont aguas pdbllcas (eaux publiques), elles s'appellent encore aguas cornu-
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nés, ou aguas de zona : celles-ci sont inséparables de la terre ; mais une autre partie des eaux est aguas prlvadas (eaux privées) ; c'est dire que ces eaux peuvent être vendues librement avec ou sans la terre. — L'ordre de distribution des eaux, le roulement est irrégulier : tantôt il est fixe pour chaque terre, quelle que soit la culture ; tantôt il dépend de la culture. — La périodicité des arrosages pour une même terre varie selon les saisons. — En somme pour la distribution des eaux dans la vega de Grenade, on trouve juxtaposées toutes les combinaisons imaginables.
Ce désordre, et nous pouvons dire cette anarchie, ne date pas d'aujourd'hui ; elle existait déjà au xve et au xvie siècles. En 1571, moins d'un siècle après la conquête de Grenade par Isabelle et Ferdinand (1/192), Philippe II ne crut devoir mieux faire que de confier au licencié Loaysa la mission de fixer sur le papier l'ensemble bizarre des coutumes, des droits et des usages : c'est l'origine de ce document qu'on appelle YApeo (arpentage) de Loaysa, et qui par sa composition était bien fait lui-même pour donner une juste idée du désordre qui régnait dans l'organisation de la vega de Grenade1.
Ce document était destiné à noter et à rassembler toutes les conventions, tous les faits et toutes les servitudes se rapportant aux irrigations. Il devait constituer une sorte de fondement autorisé pour l'interprétation des faits à venir. Mais ce volumineux manuscrit n'a guère contribué à régulariser la situation embrouillée. De plus le seul et unique exemplaire de l'Apeo, lequel appartient à l'Ayuntamiento de Grenade et est déposé dans les archives de ce corps municipal, n'a pas été intégralement conservé ; des gens intéressés ont fait disparaître un certain nombre de feuilles... Des recherches que j'ai faites à Grenade en avril 1900 2, il résulte qu'il n'existe effectivement qu'un
1 On trouvera quelques extraits de YApeo de Loaysa dans A. Llaurado, ouv. cité, II, p. i3i-i38.
2 Je tiens à remercier M. l'ingénieur Perals qui m'a si obligeamment aidé dans mes recherches.
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exemplaire du document j cet exemplaire, je l'ai eu entre les mains, et j'ai pu vérifier moi-même qu'il n'était pas complet.
Au point de vue administratif, il n'y a pour les eaux, à Grenade, presque rien de spécial. Il n'y a pas de tribunal des eaux, il n'y a pas de police répressive, il n'y a pas d'amendes. La cloche de la tour de la Yela à l'Alhambra continue à faire entendre au loin ses coups sonores, qui donnent le signal de l'ouverture des canaux d'irrigation ; mais il serait téméraire de conclure de cette tradition symbolique que les irrigations de Grenade sont subordonnées et astreintes à une organisation proprement dite.
Et pourtant la vega de Grenade ne le cède en rien pour sa beauté et sa richesse à la huerta de Valence 1 (fig. i3); les cultures y sont plus prospères que jamais, et elles se développent, multiples et soignées, jusque sur les hauts versants fortement ravinés de cet incomparable amphithéâtre (fig. i4)- La culture de la betterave, qui a été récemment introduite dans le bassin de Grenade, s'y propage avec grand succès. Or les discussions ou les conflits sont très rares. Quelle est la raison profonde de cette apparente contradiction entre l'anarchie administrative et la prospérité économique? Une cause géographique.
A l'époque de l'année où le débit des eaux s'amoindrit à Valence et à Murcie, c'est-à-dire à l'époque où surviennent les chaleurs estivales, les eaux sont abondantes et surabondantes à Grenade. La vega de Grenade est située au pied de la Sierra Nevada, au pied des neiges éternelles ; le Genil et ses affluents puisent à des sources intarissables. L'eau vive ne cesse jamais de couler clans la grande acequia du Generalife (fig. i5). Les chaleurs de mai, de juin et de juillet fondent les neiges, et les canaux de la vega coulent alors à pleins bords : au moment où
i M. Aymard (p. 271) évalue la superficie de la vega de Grenade à 36o 000 marjales, c'est-à-dire 19000 hectares (longueur maxima = 28 kilomètres; largeur maxima = 11 kilomètres).
Cliché de l'auteur, avril
Fig. i3. — La ville et la vega de Grenade; à gauche, le palais de l'AIhambra ; au premier plan, cultures irriguées des jardins du Generalife.
Cliché de l'auteur, avril iyoo
Fis. i'i. — Vega de Grenade. Les cultures sur les hauts versants de la vega. Vue prise de Huetor Santillan.
LES FAITS ÉCONOMIQUES i35
les cultures ont le plus besoin d'eau, l'eau ne manque pour ainsi dire jamais t. Pourquoi s'efforcer de préciser les droits de la collectivité vis-à-vis de chacun et les devoirs de chacun visà-vis de la collectivité, puisque l'intérêt individuel de chacun
Cliché de l'auteur, avril igoo.
Fig. i5. — La grande acequia centrale dans un des jardins du Generalife, près de Grenade.
échappe à toute crise, et que l'ensemble collectif de ces intérêts individuels est nécessairement satisfait2?
1 Lorsque les eaux néanmoins manquent en quelques points de la vega de Grenade, notamment à Santa-Fé, il subsiste une coutume traditionnelle qui est encore pratiquée ; on fait passer un mulet dans le Genil à Grenade, et si l'eau ne dépasse pas le sabot de l'âne, on doit la laisser couler tout entière dans la rivière à destination de Santa-Fé. C'est ce curieux droit qui est connu sous le nom spécial de l'Alquezare de Santa-Fé. Voir Miguel Garkido Atienza, Los Alquezares de Santa-Fé, Granada, imprenta de Francisco Reyes, i8g3, in-8, 71 p.
2 II faut noter que la vega de Grenade est en pleine transformation par suite de
Et de même si nous parcourons les autres centres d'irrigation de cette zone, ou les hautes vallées si riches et si bien cultivées des Alpujarras, nous ne trouvons que des exceptions au point de vue de l'organisation. Ou plutôt le régime est normalement autre, parce que les conditions géographiques sont réellement différentes1.
Plaines littorales du versant méridional. — Que les neiges fondues alimentent les cours d'eau ou que le climat soit plus humide comme dans le bassin du Guadalquivir, le résultat est le même : il n'existe pas de véritable organisation des eaux ; la même cause explique les mêmes effets. Les plaines littorales qui bordent vers le sud la Sierra Nevada profitent également des
l'introduction et du développement de la culture de la betterave. Depuis l'extension de cette culture, l'eau se fait de plus en plus rare en été ; et en corrélation directe avec ce fait, on constate que différents villages de la vega commencent à s'entendre pour préciser les dispositions trop vagues des Ordenanzas concernant les irrigations. * La haute vega de la si curieuse ville de Guadix, la ville des troglodyte, peut nous offrir un exemple caractéristique. D'après les documents manuscrits que j'ai pu parvenir à- consulter à Guadix même (Ordenanzas y reglamento aprobados porla Comunidad en Junta gênerai el 27 de Enero de 1878), la répartition des eaux paraît avoir été un peu plus compliquée à partir de cette date, parce que la cité a acheté pour « i3ooo ducados » le droit d'user des eaux de l'Acequia de Chirivaile; déplus il semble que le développement considérable des cultures de chanvre ait à un même moment créé quelque concurrence entre les différents propriétaires, qui désiraient tous avoir de l'eau pour cette plante regardée comme une des principales richesses de la vega. Bref, on avait organisé un système de répartition d'ailleurs assez général et qui ne commençait que « le 20 mars de chaque année depuis le lever du soleil » pour finir au i5 août ou au plus tard au 3i août. « Art. 5. Après cette époque, tout est laissé à la disposition du Syndicat jusqu'au 25 mars de l'année suivante. » Profitant d'ailleurs de ce temps d'abondance, une sucrerie, traitant les betteraves, vient d'acheter 100 litres par seconde du mois de septembre jusqu'au mois de janvier, c'est-à-dire pour la durée de sa campagne de fabrication. Il faut en effet constater que les anciennes cultures de la vega tendent à être remplacées de plus en plus par la betterave. Et depuis 5 ans, tous les cultivateurs ont de l'eau autant qu'ils en ont besoin. L'organisation, qui n'a jamais été très serrée, parait s'être relâchée. Guadix est en effet située au pied des versants neigeux de la Sierra Nevada, et comme le notait avec justesse il y a déjà plusieurs siècles Edkîsî : « Wadi Ach, ville de médiocre grandeur, ceinte de murailles, est abondamment pourvue d eau, car il y aune petite rivière qui ne tarit jamais » (EdrisI, Description de l'Afrique et de l'Espagne, trad. Dozy et de Goeje, p. 2^0).
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eaux abondantes de la montagne, et là non plus les irrigations n'entraînent pas ces types spéciaux d'organisation que nous avons ailleurs constatés.
Il n'y a pas de plaine irriguée où se fasse sentir mieux qu'à Motril l'influence des conditions géographiques. Motril est au centre dune petite plaine littorale qu'arrose le cours inférieur du Guadalfeo ; elle est encadrée par des montagnes calcaires, et la chaleur y est particulièrement ardente ; d'autre part le Guadalfeo qui prend sa source au pied du fameux Mulhacén y apporte durant tout le printemps et tout l'été un flot d'eau vive abondant ; ainsi se trouvent réunies deux conditions naturelles qui ne vont pas nécessairement ensemble : une grande chaleur et une grande humidité. Ce sont les caractères essentiels du climat tropical, et voilà comment dans cette région où le climat est exceptionnellement sec et méditerranéen, les cultures sont celles des régions tropicales : la petite plaine arrosée de Motril était autrefois consacrée au coton ; et même depuis le commencement de ce siècle on substitue au coton la canne à sucre.
Bien plus, cette culture tropicale a introduit dans ce coin de terre hispanique des habitudes et des usages qui viennent des pays tropicaux : les cultivateurs partent le matin à 8 heures quand la cloche sonne, et rentrent au coucher du soleil ; de midi à 2 heures ils mangent puis ils font la sieste ; enfin durant les heures de travail, ils ont droit le matin à 3 cigares et le soir à [\ cigares, c'est-à-dire à des repos équivalents au temps qui est nécessaire pour fumer ce nombre de cigares ; on se croirait transporté à Cuba. — L'accent même est un peu chantant et rappelle l'accent américain. — Le costume employé pour le travail agricole rappelle le costume de l'Amérique tropicale.
A côté de Motril, et dans le même groupe nous devons placer les vegas littorales voisines, celles d'Almunécar, de Vêlez Mâlaga (Rio Vêlez), de Màlaga (Rio Guadalhorce) : des eaux abondantes y sont pareillement procurées par la fonte directe
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des neiges ou par de nombreuses sources, telles que les sources de la Sierra de Mijas ; beaucoup de norias donnent aussi de très importants suppléments d'eau. Bref, dans toutes ces vegas on a tenté et on pratique avec plus ou moins de succès les mêmes cultures qu'à Motril : le coton (surtout autrefois), la canne à sucre, la pomme de terre douce (batata), etc. Dans les jardins de Mâlaga, on aperçoit des bambous, des bananiers, voire même quelques pieds de caféier ou quelques grands figuiers gommiers {Ficus elaslica, Ficus religiosa, etc.). — Et certaines régions du littoral, comme les terres du bas Guadalhorce, sont sont si marécageuses que l'on y a planté des eucalyptus.
Partout, ici et là, nous trouvons des irrigations ; nous pouvons même noter qu'il existe entre les propriétaires une certaine entente plus ou moins vague au sujet de ces irrigations ; mais ici non plus que là, il n'existe aucune organisation qui puisse être comparée à celle de Valence.