‹ L'irrigation, ses conditions géographiques, ses modes et son organisation dans la Péninsule Ibérique et dans l'Afrique du NordChapitre 34 sur 58 · TRAVAUX D'ART EN VUE DE L'IRRIGATION · texte numérisé non relu

TRAVAUX D'ART EN VUE DE L'IRRIGATION

plans du réservoir d'Assouan n'ont été qu'exceptionnellement communiquées et distribuées; bref les nouveaux travaux, qui intéressaient cependant au plus haut point toute l'Egypte, semblaient avoir été décidés et traités comme une affaire privée.

C'est aussi presque comme une affaire privée que la question se présenta et fut résolue au point de vue financier. Il n'y a pas eu de mise en adjudication publique. Un entrepreneur général, un (( contractor » anglais, John Aird, s'est offert à exécuter les deux grands travaux dont nous allons parler ; les fonds lui ont été assurés et fournis par un groupe de banquiers de Londres ' ; le capital engagé est de 2 millions de Livres (5o millions de francs). L'entrepreneur, John Aird, est payé au fur et à mesure par les banquiers sur la signature, sous le contrôle et par l'entremise de celui des ingénieurs du Service de l'irrigation qui a le titre et les fonctions de Directeur général des réservoirs 2, mais sans que le gouvernement égyptien intervienne directement dans l'affaire . Le Gouvernement s'est uniquement engagé vis-à-vis des banquiers, et doit leur rembourser le capital sous la forme de 60 versements semestriels de 78 61 3 Livres à partir du Ier juillet 1903 \

Ainsi le trait d'union essentiel entre le « contractor » exécuteur des travaux sur le Nil et le gouvernement de l'Egypte est à

Cairo, 1896 ; aucune nouvelle n'est plus donnée concernant les Nile Réservoirs. En 1898 seulement, dans le Rapport officiel annuel de lord Chômer, Report by II. Maj. Agent and Consul-General on the Finances, Administ. and Condition of Egypt and the Sudan in 1898, figure de nouveau une note brève de Sir W.-E. Garstin sur les travaux d'Assouan et d'Assiout.

1 Cvssel, Hirscii, Karl Meyer et Rothschild. C'est sir Ernest Gassel qui est venu en Egypte comme représentant et mandataire du groupe.

2 Ce titre de Directeur général des réservoirs donné à W. Willcocks durant la période des travaux préparatoires, a été successivement donné durant la période d'exécution à W ilson, mort en 1900, puis à A. Webb.

3 En faisant connaître ce curieux contrat dans les Annales de géographie du i5 mai 1899, j'avais parlé d'un remboursement du capital en dix annuités ; il ressort des faits aujourd'hui publiés que les conditions consenties par les capitalistes anglais étaient encore plus favorables au Trésor égyptien.

Londres. Cette entreprise, comme on le voit, mériterait encore d'être envisagée sous son aspect politique. Mais cela nous entraînerait trop loin, et ce n'est pas l'objet de ce livre1. Qu'il nous suffise d'ajouter que les Anglais n'ont point cherché à dissimuler ce caractère complémentaire, témoin les manifestations et cérémonies qui ont accompagné la pose de la première pierre delà digue d'Assouan par le duc de Connaught \

En quoi consistent ces projets actuels, barrage-réservoir d'Assouan et barrage d'Assiout? — Bien peu de personnes, même en Egypte, en étaient informées, lors de mon voyage de mission en 1899. Les uns croyaient que l'on exécutait le barrage proposé par Willcocks comme conclusion de son rapport de 189/4. D'autres disaient au contraire que le projet Willcocks avait été complètement abandonné ; et comme Willcocks avait quitté peu de temps auparavant le Service de l'irrigation et l'Administration des Travaux publics, il semblait en effet que ce ne devait pas être de ses propres conceptions qu'il s'agissait alors, car pourquoi l'ancien directeur général des réservoirs en aurait-il laissé à d'autres l'exécution 3 ? En somme, les idées les

1 Nous avons indiqué en détail dans quelle large mesure l'affluence des capitaux anglais a servi la pénétration anglaise en Egypte : voir Jean Bkuniies, De quelques formes spéciales de la pénétration anglaise en Egypte, Questions diplomçiliques et coloniales, i5 avril 1901, III, Les Capitaux en Egypte, p. 46 1 -465.

2 Notons un fait particulier qui a une signification générale : Quinze jours après avoir posé la première pierre du barrage, le duc de Connaught a profité de son voyage pour poser encore la première pierre d'une église ritualiste à Assouan (27 février 1899). Les Anglais savent toujours associer aux intérêts des affaires etau souci de la diffusion de la langue le zèle de la propagande religieuse. Certains Français, au contraire, en Algérie notamment, affectent d'une manière officielle de dédaigner les manifestations catholiques et la religion catholique : c'est ainsi qu'au commencement de l'année IT)00, lors de l'inauguration à Biskra du monument du cardinal Lavigerie, le Secrétaire général du Gouvernement, représentant le Gouverneur général d'alors, et le Préfetde Constantine s'abstinrent ostensiblement d'aller à l'office solennel célébré à l'église, et qui était évidemment aux yeux de tous, musulmans et catholiques, une des parties essentielles du programme officiel des fêtes. Ajoutons que les représentants de la France en Egypte et dans le Levant ont toujours lait preuve d'une intelligence beaucoup plus avisée des intérêts français.

■! Willcocks est maintenant à la tête d'une grande administration, analogue à l'Administration des Domaines de l'État : la Daira Sanieh.

Cliché de l'auteur, l'<\ rier 1899.

Fig. 57. — La première pierre de la grande digue du barrage-réservoir d'Assouan.

La photographie a été prise huit jours après la pose officielle de la première pierre.

Cliché de L'auteur, février 1899.

Fig. 58. — Premiers travaux du barrage d'Assiout.

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