‹ L'irrigation, ses conditions géographiques, ses modes et son organisation dans la Péninsule Ibérique et dans l'Afrique du NordChapitre 39 sur 58 · AUX KILOMETRES · texte numérisé non relu

AUX KILOMETRES

d'Assouan

900 en 1899

de Rodah

en 1900 •n 189g

io,3

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du Barrage (1)

Qu'on consulte maintenant la figure 63 qui représente le niveau des eaux du Nil à Assouan durant les mois d'août, septembre et octobre 1900, et l'on y verra, sous la forme grapbique, la suite immédiate du tableau précédent ; la crue très retardée se manifeste brusquement pour atteindre au milieu d'août une cote très élevée, puis les eaux descendent jusqu'au milieu de septembre ; durant la seconde moitié de septembre une recrudescence passagère delà crue survient qui ajoute à ces faits hydrologiques de 1900 un nouveau trait singulier ; et cette singularité apparaît nettement sur la figure 63, soit par la comparaison avec les courbes des crues de certaines autres années, soit

1 II s'agit ici du barrage qui est situé à la Pointe du Delta, un peu en aval du Caire. — L'île de Rodah, dont le vieux nilomètre est très célèbre, est située au contraire un peu en amont du Caire. N'ayant pu nous procurer les cotes du Nil à Rodah pour le mois de juillet, nous avons indiqué les cotes du nilomètre le plus voisin, de celui du Barrage.

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par la comparaison avec la courbe de la crue moyenne de 20 années (1873-1892) l.

mètres

Fig. G3. — Crues du Nil à Assouan, du mois d'août à la fin d'octobre : la crue de igoo comparée aux crues de quelques autres années.

Il nous importe avant tout de constater ici la signification et la portée de cette réglementation exceptionnelle de l'année 1900.

1 Les cotes des nilomètres sont toujours indiquées en pics et en kirats. Il ne faut pas confondre le pic employé comme mesure de longueur par les architectes, et le ic employé pour les échelles des nilomètres; le second est plus court que le premier; il est égal seulement à om,54.

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Ainsi que l'annonçait la Note du Service de l'irrigation publiée le 2/i janvier, l'interdielion des cultures charaki devait tout naturellement prendre fin dès que Là nouvelle crue se sérail produite. C'est effectivement le 27 juin qu'a paru à l'Officiel un arrêté déclarant que cette interdiction « cesserait le 23 juillet 1900 ». Les mesures exceptionnelles prises par le Service de l'irrigation contre le maïs ont donc duré jusqu'à la fin juillet ; durant toute cette période, le pauvre fellah, qui avait le droit d'arroser sa terre durant trois ou quatre jours par mois, ne pouvait user de l'eau que s'il avait semé du coton ; il ne pouvait absolument pas disposer de cette même quantité d'eau, s'il avait l'intention de la consacrer au maïs.

Il va sans dire d'autre part que même après la suppression de l'interdiction des cultures charaki, le système des rotations a continué à être rigoureusement appliqué. Il est vrai que les programmes successifs, annoncés par le Service de l'irrigation, ont été mis en vigueur un peu plus tard qu'on ne l'avait d'abord prédit ; mais dans l'ensemble le projet élaboré a été exécuté comme il avait été prévu '. Durant les mois de juin et de juillet les plantations de colon elles-mêmes n'ont pu être arrosées qu'une fois tous les 28 jours. Néanmoins les efforts si ingénieux qu'a tentés le Service de l'irrigation pour sauvegarder cette précieuse culture industrielle ont abouti, on doit le reconnaître, à un heureux résultat ; en cette année si défavorable et si dure pour l'Egypte et pour les Egyptiens, la récolte de coton a été malgré tout satisfaisante2.

L'anné 1900, qui est une date dans l'histoire du Nil, marque

1 Journal officiel, Supplément du n° 23, 28 février 1900; Supplément du n° 2!\, 4 mars ; Supplément du n° 25, 5 mars; n° 23, 26 mars, p. 45i ; u° 37, 5 avril, p. 53o ; n° 44> 28 avril, p. 65G ; Supplément du 11" i5, 3o avril; Supplément du n° 48, 7 mai ; Supplément du n° 4i)> 9 mai, etc.

2 Voir Report upon the Adiu. of the Pub. Works Dep. for 1900, Gairo, IQOI, p. ij.

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une date caractéristique dans l'histoire du Service de l'irrigation.

En fin de compte le besoin s'est fait sentir d'organiser avec précision la distribution des eaux ; on a compris que le régime ancien de la libérale diffusion de l'eau ne pouvait convenir à cette situation nouvelle qu'avaient créée la transformation, l'amélioration et la multiplication des cultures dans toute l'Egypte et surtout dans la Basse-Egypte. L'on a ébauché, puis précisé, puis établi une réglementation générale qui prévoit de plus en plus tous les détails et qui assure de plus en plus l'action et le respect de l'autorité croissante de 1 organe central, — grand pourvoyeur et grand distributeur d'eau, — le Service anglais de l'irrigation1. C'est encore l'eau du Nil, bienfaisante, mais inconstante et irrégulière, qui est la cause géographique responsable de l'établissement et des progrès de cette organisation étatiste.

1 II viendra un temps où l'on imposera à chaque propriétaire Tordre des cultures à suivre ; déjà il est interdit de faire produire du coton à une terre plus d'une fois tous les trois ans.

RESUME ET CONSE< )LENCES

Ce que n'a pu et ne pourra jamais modifier le Service de l'irrigation, ce sont les conditions géographiques initiales de la a allée du Nil et de l'Egypte. L'eau des crues pourra être plus habilement distribuée, plus rigoureusement employée, mais il convient de ne jamais oublier que cette eau de la crue ne représente jamais tous les ans le même débit: c'est un fait périodique, mais irrégulier, et l'irrégularité du phénomène, sa variabilité sont dignes de retenir ici l'attention d'une façon particulière. Car les très grandes différences entre la crue d'une année et la crue de l'année suivante peuvent créer un véritable danger pour ceux qui auraient disposé de l'eau du Nil d'après le débit moyen. Si le débit annuel du Nil était constant comme celui d'une source, il n'y aurait aucun inconvénient (bien au contraire) à poursuivre jusque dans le détail l'utilisation possible des moindres parcelles de ce volume permanent et constant. Mais, si ce volume est irrégulier, il est à craindre qu'une utilisation trop habile, trop heureuse, trop complète du volume d'eau supérieur ou égal au volume moyen, n'entraîne — le jour où ce volume sera inférieur au volume moyen — une situation économique critique et désastreuse.

On se trouverait dans la situation d'un industriel qui calculerait ses dépenses et son train de vie d'après le maximum de ses recettes. Qu'advient-il de cet industriel l'année où ses recettes se trouvent sensiblement diminuées ?

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L'eau du Nil suffit à peine aujourd'hui aux besoins des hommes qui sont établis sur ses bords, et ce serait une erreur de croire que cette eau du Nil pourra suffire dans l'avenir à des besoins indéfiniment croissants.

11 importerait, non pas de vouloir atteindre la plus grande extension de la zone irriguée, ni la production la plus intensive, mais de chercher cette limite, cette mesure dans l'extension des cultures et dans la production qui correspondraient à l'exploitation la plus sage et à la mise en œuvre normale du souverain agent de fertilité et de prospérité, le Nil. — Il doit y avoir, pour les terres de l'Egypte, un maximum de récoltes correspondant à un minimum d'épuisement, comme il y a, pour une machine, un maximum de rendement, correspondant à un minimum d'usure: la vitesse de la machine, qui assure un effet normal de cet ordre, s'appelle la vitesse de régime. Ceux qui président à la transformation économique de l'Egypte par le développement des irrigations ne devraient jamais perdre de vue cette conception fondamentale de la vitesse de régime.

C'est un lieu commun qu'en Egypte toutes choses sont immobiles etimmuables. Il nous semble au contraire qu'il est au monde peu de pays où les modifications économiques, géographiques et historiques soient à l'heure actuelle aussi profondes et aussi rapides. Dans le domaine des irrigations, que de transformations depuis Mehemet-Ali ! Et nous pouvons même dire : que de transformations depuis quinze ans ! Le travail précis et clairvoyant de J. Barois date de 1887 l; l'ouvrage capital de Willcocks, — historien et avocat des transformations nouvelles, dont il fut l'un des plus actifs initiateurs, — date de 18892:

1 J. Barois, L'Irrigation en Egypte (extrait du Bulletin de la Direction de l'hydraalique agricole). Paris, imp. Nat., 1887, ' vo'- (texte) in-8, 1 43, p., 1 vol. (planches) in-8, 22 planches ou cartes.

2 Willcocks, Egyptian Irrigation, cité plus haut. — On peut rappeler encore ici l'intéressante communication faite le 22 février 1887 par W. Willcocks luimême à l'Institution of Civil Engineers, de Londres, et les discussions qui l'ont suivie (Voir les Proceedings de cette Société, Paper n° 2219, 69 pages).

RÉSUMÉ ET CO VSÉQl E ^ CES 4ig

l'utile volume de A. Chélu, riche en renseignements et en documents de toutes sortes, est de 1891 1 : l'ouvrage général de Buckle) dale de 1S0.V: el malgré cela la seconde édition de YEgyptian Irrigation de \\ . \\ illcocks (1899) a eu ' |,1',M'("l et la valeur d'un livre nouveau, tant les faits ont marché plus vile que les livres ! Bien mieux voilà qu'on parle à présent de faire coopérer les parties les plus lointaines du bassin du Haut- Nil à l'arrosage méthodique de la terre des Pharaons. — Quel sera cependant l'avenir de ces grandioses transformations? Il serait téméraire de le prédire dès maintenant avec exactitude.

Quoi qu'il en soit, le Fayoum devrait être considéré, et, si je puis dire, interprété comme un champ d'expériences pour loi île l'Egypte, Haute et Basse. Aujourd'hui qu'on agite la question de multiplier indéfiniment les réservoirs et les barrages, le Fayoum peut représenter l'idéal que poursuivent certains. — Le grand barrage du Delta, celui qui est situé en aval du Caire, à la bifurcation des deux branches de Rosette et de Damiette, ne peut, malgré tous les efforts tentés, retenir qu'une toute petite partie de la crue du Nil : il donne au Delta un bénéfice d'eau, à coup sûr important, mais insignifiant par rapport au volume total apporté annuellement par le Nil: le Fayoum, au contraire, offrant un territoire plus petit, arrosé par un émissaire beaucoup plus faible, s'est prêté plus aisément aux expériences humaines. Les hommes qui rêveraient d'utiliser toute l'eau du Nil en irrigations et de ne plus en laisser parvenir une goutte à la Méditerranée, peuvent contempler leur rêve comme réalisé, ou à peu près, dans le Fayoum. De plus en plus, l'irrigation au Favoum a été substituée à l'inondation, et un volume d'eau de

1 A. Ghéi.U, Le Nil, le Soudan, l'Egypte, cité plus haut.

- R.-B. Buckxf.y, Irrigation Works in India and Egypt (Indian Public Work.9 Department). London, Spon, 1893 (nombreuses cartes et planches).

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plus en plus petit parvient jusqu'au Birket Karoun. De plus en plus on étend le champ des terres irriguées, et on convertit les terres hautes en terres de culture.

Quel est le résultat? Nous l'avons précédemment indiqué: le Fayoum, tant célébré, n'est plus digne de son antique splendeur. Les terres basses perdues par les infiltrations dues aux irrigations des terres hautes ont été envahies par les sels et perdent tous les ans de leur fertilité. Des hectares de terre près du Birket sont laissés en friche.

Pourtant le Fayoum est merveilleusement doté de limon et d'eau. Les environs de Medinet témoignent par leur fertilité de ce que peut être la terre du Fayoum, l'ancien « nome d'Arsinoë». Malgré ces environs immédiats, le Fayoum n'est pas ce qu'il devrait être. — Le sort du Fayoum attend-il toute l'Egypte, ou du moins la Basse-Egypte? C'estlà la question.

Par ailleurs, rien ne montre aussi bien que l'histoire des irrigations en Egypte au xixe siècle comment l'utilisation de l'eau en vue de l'irrigation proprement dite exige et détermine nécessairement une intervention centrale étatiste et une direction autoritaire, à défaut d'une solide organisation collective.

Le pouvoir absolu et souverain de Mehemet-Ali a été le facteur indispensable de la mise à exécution des grands projets dont cet homme a été l'initiateur. Grands projets qui ont fait l'Egypte moderne, qui ont enrichi l'Egypte à coup sûr, qui l'ont merveilleusement transformée, mais grands projets qui ont aussi entraîné de très dures conséquences pour le peuple de l'Egypte. Le grand pacha d'Egypte a usé et abusé de la corvée, et c'est parce qu'il disposait du temps, de la force vive et de la vie même de ses sujets qu'il a pu créer ce nouveau mode d'utilisation de l'eau du Nil.

Ses successeurs ont eu le même pouvoir arbitraire et capricieux, et comme ils l'ont fait servira la satisfaction de fantaisies personnelles et à des labeurs égoïstes, l'obligation de la corvée,

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qui ne pouvait guère être plus lourde que sous Mehemet-Ali, mais qui était moins destinée aux besoins collectifs du pays, a été supportée avec plus de difficulté : et naturellement les fellahs tâchaient de plus en plus de s'y soustraire.

C'est alors que sont arrivés les Anglais en Egypte: leur énergie à poursuivre les desseins grandissants de la Greater Britain, leur perspicace volonté de tenir l'Egypte par l'eau et d'y réorganiser l'irrigation, et leur persévérance à imposer toutes les conditions qu'exigeait l'entreprise, comme à soutenir tous les agents qui en étaient les collaborateurs, ont suppléé, en attendant une réglementation précise et régulière, à l'absence de toute organisation : cette cohérence dans les efforts et celte protection toute-puissante des agents anglais, voilà le pouvoir non officiel mais effectif quia été le véritable héritier du pouvoir arbitrairede Mehemet-Ali '. Pouvoir central qu'impose d'ailleurs une tache aussi gigantesque que la prévoyante répartition de ce flot annuel du Nil. Et les vastes projets d'irrigation n'ont retrouvé un regain de vie que lorsque force, cette agissant au nom de la collectivité, a été de nouveau reconstituée.

D'autre part, il faut le reconnaître, les Anglais étaient le seul peuple européen capable d'assez d'audace pour jouer ainsi dans un pays qui n'était pas le leur et qui ne devenait pas leur officiellement, le rôle capital de grands distributeurs d'eau, c'està-dire de souverains dispensateurs de fertilité et de richesse.

Il est bon de rappeler encore une fois l'influence qu'a eue la domination anglaise dans l'Inde sur les affaires d'Egypte. L'Inde a fourni aux Anglais cette expériencepremière qui fait apprécier la valeur dominatrice de l'eau. Et c'est l'Inde en effet qui a

1 Pour connaître les ambitions anglaises dévoilées sans détour, il faut lire le livre si remarquable de Arthur Silva White, The Expansion of Egypt under Anglo- Egyptian Condominium, London, 1899; nous en avons donné des citations caractéristiques dans notre étude : De quelques formes spéciales de la pénétration anglaise en Egypte, (Juestions diplom. et coloniales, i5 avril IQOI, voir p. '»(>7-'i7<>

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fourni tous les premiers ingénieurs anglais du Service de l'irrigation.

Nos ingénieurs français ont dépensé et quelques-uns dépen sent encore sur la terre d'Egypte l'inappréciable effort de leur dévouement désintéressé ; ils ont semé à profusion les idées fécondes et les ingénieux desseins : ils ont même fait de grandes œuvres, ils n'ont pas fait une œuvre \ Il leur a toujours manqué d'avoir auparavant vécu dans un pays où l'eau esttout. C'étaient d'industrieux ingénieurs des Ponts et Chaussées, théoriciens calculateurs et praticiens habiles: mais ils n'étaient et ne pouvaient être que les hommes des grands barrages et des gros œuvres de maçonnerie. Ils n'étaient pas, ils ne pouvaient guère devenir des organisateurs despotiques de l'eau.

Les Anglais qui arrivaient de l'Inde se trouvaient, par habitude et par expérience, encore plus que par nature et par tempérament, tout préparés à cette conception d'un Service de l'irrigation tout à fait indépendant et fortement centralisé. À cela ils ont donnéleurs premiers soins, leur premier effort. Avec les idées économiques dites libérales qui ont si longtemps régné sans partage dans nos Ecoles officielles, un Français ne pouvait

1 Au cours de cet ouvrage, je parle, ce me semble, avec assez d'indépendance des travaux et des actes des Français en Egypte pour avoir le droit de signaler — avec un très vif regret — les jugements injustes et partiaux qui sont trop souvent portés en certains livres anglais sur l'œuvre de civilisation et sur le fécond labeur scientifique dont l'Egypte du xixe siècle est redevable à la France. Ne voulant rien avancer sans preuves à l'appui, nous citerons en exemple deux ouvrages par ailleurs très remarquables : Alfred Milner, England inEgypt, London, Arnold, 1892, in-8, vm-448 p. (ce livre a été traduit en français) ; les renvois aux passages les plus significatifs contre la France ou les Français d'Egypte ont été rassemblés par l'auteur lui-même au mot France dans son Index, p. 440 ; voir dans le livre notamment p. 71 et 4i5- 4a8. — W. Fraser Rae, Egypt To-Day, Tbe First to the Third Khédive, London, Bentley, 1892, in-8, 33i p. ; voir p. 1 64 , 175, 176, et surtout p. i44; parlant ici de l'Administration des Domaines qui a dû toute son organisation et la bonne marche de. ses affaires à l'activité de M. E. Bouteron (voir plus haut), W. Fraser Rae dit: « On ne trouverait nulle autre part une organisation plus absurde (proprement plus contraire à l'esprit des affaires, unbusinesslike) que celle des Domaines de l'Etat, si ce n'est dans l'île de Laputa. »

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concevoir ce rôle futur du Service souverain de L'irrigation que comme une usurpation de pouvoir. L'Angleterre, prétendue pallie des idées libérales, quia toujours eu Le talent d'accréditer dans le monde les théories qui pouvaient le mieux servir ses intérêts, ne s'est jamais piquéede Libéralisme envers les peuples étrangers, et elle n'avait point de tradition gênante pour s'implanter en Egypte et y devenir la maîtresse du Nil, la maîtresse de l'eau.

Aujourd'hui les eapitalistes anglais , les entrepreneurs anglais et les ingénieurs anglais ont associé leurs efforts pour doter L'Egypte d'un réservoir d'un milliard de mètres cubes d'eau au-dessus d'Assouan. D'Assouan, ou va lancer pour ainsi dire L'eau du Nil dans les provinces que l'on voudra arroser et sur les points précis que l'on voudra fertiliser. Ce grand barrageréservoir d'Assouan qui va être incessamment inauguré est à la fois le couronnement de l'œuvre commencée il y a 20 ans, et le symbole le plus expressif de l'inllucnce conquise et exercée par le Service de l'irrigation.

Les eaux du Nil, surabondantes au temps des Pharaons, ne peuvent satisfaire que très difficilement à tous les besoins nouveaux '. On est passé, par suite de cette transformation de l'emploi que l'homme a fait des eaux, d'un type de région aride où l eau est abondante à un type de région où l'eau exige une scrupuleuse distribution, où l'eau ne peut être suffisante que si elle est très bien répartie? L'Etat, représentant de la collectivité, doit s'occuper et s'occupe en effet avec une précision de plus en plus grande de la répartition de l'eau entre tous et surveille continuellement l'emploi que chacun en fait.

1 \Y . Wii.i.oooks déclare que « :i ooo millions » de mètres cubes supplémentaires seront d'abord nécessaires rien que pour répondre aux besoins des terres actuellement cultivées, « afin d'assurer effectivement l'irrigation pérenneaux surfaces qui sont aujourd'hui destinées à ce mode d'irrigation » ; voir Egyptian Irrigation, 2. édit., p. w\[. lu c'est ce véritable besoin d'eau nouvelle qui donne un intérêt -1 actuel aux. projets de grands travaux sur le Haut-Nil.

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L'Egypte pharaonique répondait au typede Grenade. L'Egypte moderne répond de plus en plus au type de Valence.

Et l'influence des conditions géographiques est telle que les hommes s'acheminent inconsciemment vers les formes économiques qui peuvent, seules, les protéger contre la misère et la ruine; malgré les dimensions de l'Egypte, malgré les difficultés d'une organisation générale, malgré l'absence de traditions historiques touchant cette matière, malgré le courant naturel des idées modernes européennes qui inspirent le gouvernement égyptien, malgré la dissemblance du système politique actuel et des systèmes anciens, — nous trouvons, nés d'hier en Egypte, un régime et une organisation qui sont tout à fait analogues, dans leur objet et dans leur effet, au régime et à l'organisation des eaux dans la vieille huer ta de Valence.

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